‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 65 sur 124 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le livre à'Esther. — Histoire d'Estlier. — Explication du mot Powim. — Ohjeclions présentées contre l'authenticité du livre; leur réfutation. —Identification du plan du palais d'Akhachvéroch décrit dans la Bible et'du plan de l'Acropole de Suse. — Bithdn. — Chaar du roi. — Hlaison de la royauté. — Costume royal. — Emblèmes de la souveraineté. — Conclusion.

Dans la bataille acharnée qui se livre depuis plus d'un siècle autour des livres saints, les adversaires se portent des coups si furieux que parfois leurs traits dépassent le but et tombent inertes au delà des lignes ennemies.

Sous les tentes d'Israël comme dans le camp des chrétiens on a voué un culte jaloux aux annales du peuple de Dieu. On ne discute pas le livre où sont consignés, sous la dictée de lahvé, l'histoire de l'univers et des volontés célestes accomplies par Israël. Nul ne doit ternir l'éclat de l'arche sainte.

D'autre part, quelques rationalistes tout aussi passionnés, tout aussi dogmatiques, heurtent le vieil édifice de la tradition et, dans leur ardeur de néophytes, dans leur désir de confesser leur foi négative, lancent le même anathèmc sur le possible et l'impossible, le connu et l'inconnu.

L'éclair jaillit du choc des nuages chargés d'électricité contraire, la véi'ité naîtra-t-elle un jour de cette lutte à outrance entre les religieux et les rationalistes ?

Ceux-là déduisent une preuve éclatante du caractère sacré de la Rible, des prophéties réalisées; pour ceux-ci, la prédiction est devenue le signe manifeste de l'apocryphe, car l'homme ne saurait être doué du don de seconde vue. Tels sont les deux points de départ des écoles opposées. Comme la conviction ne se propage pas, de notre temps surtout, par contagion ou épidémie, les philologues des deux camps se sont attachés à démontrer la fausseté ou la véracité du texte par une exégèse sévère des faits historiques et des phénomènes grammaticaux. Chaque chapitre, chaque verset ont été passés au crible d'une analyse rigoureuse; les erreurs d'histoire ou de géographie, les fautes contre le bon sens et la méthode, les exagérations ou les invraisemblances, les différences dialectales, notées et relevées, avec un soin méticuleux. Des efforts aussi laborieux ne devaient pas rester stériles. Pourtant bien des arrêts seront revisés, parce que l'exégèse d'outre-Rhin surtout, un peu trop confinée dans le domaine des études philologiques, ignore parfois les civilisations qu'elle critique et a la fâcheuse tendance de rejeter sans examen suffisant les événements connexes à un fait controuvé. Quels auteurs anciens, quels historiens classiques résisteraient à un pareil traitement? Les fables et les oracles qui environnent les premières années de Cyrus ne sont pas défendables : faudra-t-il nier l'existence d'Astyage, de Crésus et du fondateur de la monarchie perse? Darius ne dut pas le trône à un étalon : rejetterons-nous en bloc les histoires d'Hérodote? El Jeanne d'Arc!

Transportez-la dans Samarie ou Jérusalem. L'humble fille des champs revêt le harnais de guerre, bat l'armée assyrienne et lui inflige de honteuses défaites. Livrez cette histoire si poétique de la délivrance de la patrie par les mains d'une vierge à plusieurs générations d'aèdes sémitiques, puis attachez les exégètes à ce nouveau chapitre de la Bible avec son cortège d'apparitions, de voix, de prophéties et d'invraisemblances réahsées. Ils en rendront bon compte.

On ne contredit pas sans danger des auteurs vieux de deux ou trois mille ans qui vécurent à des époques voisines des événements qu'ils racontent. La critique la plus aiguisée et la plus sûre est un outil imparfait quand elle s'exerce à travers tant de siècles accumulés. Prenons garde de tout détruire au nom de la science. Les progrès de cette même science nous forceront peut-être à reconstruire les parties de l'édifice le plus péniblement renversées. Erreurs d'hier, vérités d'aujourd'hui. Telles les histoires d'Hérodote mises naguère fort au-dessous de VAnabase ou des romans de Ctésias et prisées très haut depuis l'étude récente des textes et des monuments originaux de la Perse antique. Il n'est pas jusqu'aux vieux poètes qui ne bénéficient des conquêtes de l'archéologie moderne. M. Schliemann a peut-être retrouvé l'emplacement d'Ilion. des rives lointaines de l'Ulœus s'élèvent des voix pour affirmer que l'auteur de VOdyssée avait sur la géographie de l'Asie ancienne des clartés qu'on lui avait contestées, et qu'Hésiode, bien que prenant, lui aussi, le Pirée pour un nom d'homme, ne faisait pas sans quelque raison de Memnon un prince susien et le roi d'un peuple noir (p. 37).

La fable la plus absurde, l'idée la plus ridicule, pas plus que la conception la plus sublime ne sauraient germer sans semence. L'homme observe, déduit, imite, perfectionne, use en cela de ses facultés maîtresses et n'invente jamais dans le sens absolu du mot. L'invention naît de la somme infinie d'inGniment petits. C'est parfois la branche de corail, l'île madréporique s 'élevant au-dessus des flots, mieux encore la perle sécrétée par le mollusque autour d'un corps étranger introduit sous son manteau. Sans grain de sable, pas de perle; sans un fait primordial, sans une sensation venue du monde extérieur, pas d'idée.

Aussi bien le rôle de l'historien des sociétés primitives est-il de découvrir le noyau central et réel de chaque fable et de l'isoler, dût-il briser la perle avant de l'atteindre; mais nier l'existence du grain de sable, pour se dispenser de le découvrir, est un procédé trop barbare ou trop adroit. En écartant de parti pris les récits légendaires, on se prive « delà partie la plus vraie et la plus importante de l'histoire. Un roman est à sa manière un document quand on sait dans quelles relations il est avec la société où il fut écrit ' ». Ainsi devons-nous traiter la Bible, conçue dans un milieu particuUer, imprégnée de saveur locale, faite de traditions qui prirent naissance

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