‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 67 sur 124 · I. Hérodote, liv. I, § 99. — 2. Id., liv. UI · texte numérisé non relu

I. Hérodote, liv. I, § 99. — 2. Id., liv. UI

ESTHEH ET PHÉDYME. 369

dos coursiers et des princesses est passif, strict et limité au point que le mage Gaumata peut hériter les femmes de Cambyse sans que les plus nobles s'étonnent de ne jamais voir la figure du nouveau maître '.

A ce propos je signalerai l'accord bien significatif du livre biblique et des histoires d'Hérodote-.

Dès qu'Otanès soupçonne le successeur de Cambyse d'usurper la souveraine puissance, il interroge sa fille; Mordekhaï s'adresse de même à sa pupille quand il veut arracher à la mort le peuple d'Israël. L'intérêt est grave, solennel. Il s'agit de la mainmise par un intrigant sur l'empire de Cyrus ou du salut du peuple juif. Les intermédiaires sont, dune part, la princesse Phédyme, fille d'Otanès, femme du roi, (( qui était par sa naissance et sa richesse l'égale des premières des Perses » ; d'autre part, Esther, une Juive élevée au rang d'épouse favorite.

Écoutons d'abord Hérodote. Otanès désire savoir si le successeur de Cambyse est un fils de Cyrus ou le mage condamné jadis à perdre les oreilles, et comme le cérémonial de la cour de Perse permet au roi de se soustraire à tous les regards, il en est réduit à consulter sa fille, en situation, semble-t-il, d'éclaircir le mystère. L'action s'engage^ :

Premier message d'Otanès à Phédyme. — « Ton mari est-il bien Smerdis fils de Cyrus? »

Réponse de Phédyme. — « Je n'ai jamais vu ni Smerdis ni mon royal époux. )> Deuxième message. — » Si tu ne connais pas Smerdis, consulte Atossa, c'est-à-dire la sœur du roi présumé. »

'< — Je ne vois et ne puis voir Atossa. »

Troisième message. — « 0 fille, ton devoir, née comme tu l'es, est d'accepter le péril auquel ton père te commande de t'exposer. ... La nuit, cherche les oreilles de ton mari. S'il en a, sois convaincue que tu habites avec Smerdis fils de Cyrus ; s'il n'en a pas, crois que c'est le mage Smerdis. »

— u En obéissant, répond Phédyme, je cours un (jrand danger, car si le roi n'a pas d'oreilles et me surprend à les chercher, il me fera périr. N'importe, f obéirai. » Et, ajoute Hérodote : « Lorsque vint le tour de Phédyme d'aller auprès du mage — car tour à tour les femmes des Perses vont trouver leur époux, — ... elle reconnut que l'homme n'avait point d'oreilles. »

Ouvrons la Bible.

Pas plus qu'Otanès, Mordekhaï n'a accès dans le harem; il communique avec sa pupille, comme le chef des conjurés avec sa fille, par l'intermédiaire des eunuques ou des servantes.

1. Hérodote, liv. III, § G8 ot tiO. — 2. M. Oppert avait déjà signalé ce passage si intéressant des histoiies d'Hérodote, loc. cit. — 3. Hérodote, ch. m, § 08.

;nO L'ACROPOLE DE SUSE.

Premier message. — L'eunuque Hathak informe la reine du danger couru par les Juifs et lui transmet de la part de Mordekhaï l'ordre de se rendre auprès du l'oi pour implorer leur grâce.

— Esther fait répondre à son tuteur que sous peine de mort nul ne peut approcher (lu roi, et que depuis trente jours elle n'a pas été mandée auprès de son souverain.

Deuxième message. — « Comme nous, tu es en danger. Si tu dois périr, mieux vaut te sacrifier pour le salut commun. Sais-tu, lorsque tu as ceint le diadème des reines, si tu n'étais pas destinée à sauver tes frères d'un péril de mort? »

— « Toi et le peuple, jeûnez pendant trois jours,... alors j'irai chez le roi... et si je dois mourir^ je tJioirrrai^. »

Hérodote me dispense de tout commentaire.

Car si la Bible dit, quelques versets plus haut : « Lorsque c'était le tour d'une jeune fille d'entrer chez le roi" », « Et lorsque ce fut le tour d'Esther d'être amenée au roi^ », l'historien grec répond : « Lorsque vint le tour de Phédyme d'aller auprès du mage, car tour à tour les femmes des Perses vont trouver leur époux.... »

Il est donc invraisejnblahle ^ mais certain que les femmes n'avaient accès auprès du roi que les soirs où elles étaient requises. A moins d'un ordre exprès du souverain, elles prenaient leur service à tour de rôle et il leur était interdit de demander une audience, mieux vaut dire, une entrée de faveur dans la chambre du maître.

Hérodote répond en même temps à une critique bien inattendue, quand on sait combien il est facile aux femmes d'Orient, malgré leur claustration matérielle et leurs voiles épais, d'entretenir des rapports avec l'extérieur.

Esther et Mordekhaï, nous dit-on, qui vivaient l'un sur la place de Suse, l'autre au fond du harem, ne pouvaient communiquer ensemble. Oui oserait, après cette judicieuse remarque, parler encoi'e de la couleur locale du récit !

Et l'eunuque de la reine, à quoi donc eût-il servi? Comme ses pareils, passés et futurs, Hathak devait l'essembler à l'arme célèbre que son propriétaire destinait à défendre nos institutions sociales et même à les combattre.

Il reste à expliquer le délai de près d'une année qui s'écoule entre le mois de Nizan où la condamnation des Juifs a été publiée et le 13 Adar, jour fixé pour leur massacre, puis encore l'énorme butin que se promettait Haman après l'anéantissement de ses ennemis, l'autorisation donnée aux Hébreux de se ruer sur les Perses, et la terrible vengeance tirée par les Juifs de leurs oppresseurs.

L'exégèse allemande confesse ne pas comprendre le but d'PIaman quand il promulgue les ordres d'exécution onze mois à l'avance et elle met au compte de l'imagination du romancier cet avis prématuré. Je me demande d'autre part l'intérêt

Page 1