‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 69 sur 124 · DISCIPLINE DU HAREM · texte numérisé non relu

DISCIPLINE DU HAREM

distincts, enveloppés chacun dans une enceinte spéciale, mais compris dans la même forteresse (pi. II).

Vapadàna ou salle du trône ressemblait, par sa disposition et son architecture hypostyle, à un temple grec. Le roi occupait dans le tabernacle la place de la statue divine. La salle de Suse couvrait près d'un hectare; les portiques, les escaliers, les enceintes se doîveloppaient sur une superficie dix-huit fois plus considérable, divisée par un pylône. En deçà du pylône, un escalier géant qui conduisait de la place d'armes au niveau d'une vaste esplanade ; au delà, rayonnant de sa couronne d'émaux, noyé dans les ramures d'un jardin suspendu, l'apadàna où défilèrent les ambassadeurs de tous les États de la Grèce.

Bien séparés de l'apadàna, se groupent autour d'une cour intérieure les appartements particuliers du souverain : salle d'audience, chambres de repos, pièces affectées à la chancellerie, à la maison militaire, aux gardes, aux chents. Comme l'apadàna, elle est précédée de degrés aux proportions gigantesques qui relient directement la porte fortifiée de son enceinte particulière à la place d'armes. La demeure privée du roi, reconnaissable aux dispositions du plan, aux dégagements et au formidable donjon qui la protège, occupe l'angle sud-est de l'Acropole.

En persan moderne, cette partie du palais est désignée sous le nom de b/roxn (extérieur), par opposition à Vandeinnm (intérieur), réservé aux femmes d'une manière exclusive. L'anderoun d'un chah de Perse, comparable pour son étendue et la densité de sa population féminine à une véritable ville, comprend les palais des reines et un nombre considérable d'habitations pour les concubines de deuxième ordre, les postulantes aux faveurs royales et une armée de servantes. Le maître de ce département est moins le roi que le grand eunuque. L'anderoun, muré, cadenassé, clos comme ne le fut jamais une prison, ne pouvait s'étendre que sur le seul emplacement demeuré libre au nord-est de l'Acropole, entre la salle du trône à l'ouest et la maison du roi au sud. Il était ainsi protégé par les bâtiments du biroun et de l'apadàna. Sortait-on de l'anderoun par \a porte de l'ouest', on accédait directement dans les jardins de l'apadàna; se dirigeait-on vers le sud, on traversait le biroun. Outre les deux baies fortifiées de la demeure du roi et de la demeure des reines dont il vient d'être fait de nouveau mention, on retrouve sur le plan général de l'Acropole (pi. II) la tète du pont qui débouchait sur une place de Suse et mettait l'acropole en communication avec la ville (p. 230 à 234). Je me bornerai à cet ensemble topographique; il suffira à l'intelligence du texte. J'ajouterai pourtant, afin de répondre à cette objection, que a les palais perses devaient être construits sur un type

1. Celle porlp, dont la découverte amena bientôt celle des archers (voy. J. Dieiilafoy, A Su'ie, p. 288 à 293, et i»p. p. 280, noie 3, et p. 358), s'élevait entre la façade sud de l'apadàna et les pylônes, dans la muraille qui fermait à l'est le jardin planté devant la salle du trône (p. 353, note 3).

uniforme, que le plan des édifices susiens, commandé par les exigences de la poliorcétique, est spécial. On retrouve sans doute, à Suse comme à Persépolis, des appartements affectés aux rois, aux reines, des salles réservées aux grandes solennités, mais dans nu groupement fort différent^.

Dès le début du livre d'Esfher il est parlé du jardin du bitlnin-. Aucun philologue, aucun exégète ne s'est inquiété du mot bithàn, pourtant bien particulier.

Bit/idn apparaît ici pour la première fois et sera employé une seconde à l'occasion du repas donné par Esther au roi et au grand vizir ^ Le souverain, se sentant pris de vin, sort un instant et va respirer à l'ombre des jardins du hit/idn, puis il regagne le harem. Dans les autres parties du récit les appartements parcourus ou habités sont désignés, sans crainte de redites ni de monotonie, sous le nom uniforme de bêth (maison), suivi de déterminatifs appropriés : be'th du roi, béth des femmes, béth de la royauté, béth d'Haman. Bithdn est donc un terme architectonique, répondant dans la pensée du narrateur à un monument bien spécial, utilisé dans un sens précis et des cas déterminés.

Quand on a interrogé deux années durant l'âme du Memnonium, il est impossible de ne pas reconnaître dans le Bithdn de la Bible l'apadàna susien.

Comme l'apadàna (pi. 11), le bithdn était assez bien isolé des appartements affectés au souverain et aux reines pour qu'on pût y introduire sans inconvénient un nombre d'hommes considérable; comme l'apadàna, le bithdn, seul de tous les édifices du palais, s'élevait au milieu d'un paradis \ Comme les jardins de l'apadàna, les jardins du bithdn étaient précédés d'un vestibule immense, capable de contenir tous les convives d'Akhachvéroch ; comme les jardins de l'apadàna (p. 353, note 3; p. 375, note 1), les jardins du bithdn - °' ^ étaient dans le voisinage immédiat du harem. Comme l'apadàna, le bithdn était hypostyle^ — fait essentiel à noter en Perse — et dallé de marbres de couleur* (p. 352). Enfin, comme le bithdn, il jouait un rôle spécial dans la vie des rois de Perse et le cérémonial de la cour achéménide. Ce sont des analogies trop étranges pour être fortuites. D'autant que les palais de Nimroud, de Khorsabad, de Parsagade, de Firouz-Abàd, de Hatra (fig. 222), de Ctésiphon (fig. 223), de Machita (fig. 227), de Rabbat-Ammon et d'Eïvan-Kherka', pas plus que ceux de Persépolis, qu'ils soient construits sous les Assyriens ou les Perses, sous les Achéménides, les Parthes ou les Sassanides, ne répondent pas dans leur ensemble à la description, faite par la Bible, du palais d'Akhachvéroch.

Vers la fin du repas donné dans le vestibule du Jardin du bithdn, Akhachvéroch s'étant enivré est mordu par une fantaisie à la Candaule et donne l'ordre d'amener

1. Dieulafoy, Art antique de la Perse, vol. II, p. 22 à 20. — 2. Chap. i, g o. — 3. Chap. vu, § 7.

4. Les cours intérieures des palais susiens étaient trop restreintes et closes de trop hautes murailles pour qu'on put espérer y faire grandir des arbres. Tout autre était la situation de la terrasse comprise entre la façade sud de la salle du trône et les pylônes. Elle se prêtait merveilleusement à la plantation de ces poroiZis et de ces jardins suspendus qui avoisinaient toujours la demeure des Grands Rois (p. 3o3, note 3).

3. Chap. I, t; 0. — 0. Id., id. — 7. Dieulafoy, Art anl. de la Perse, vol. V.

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