‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 73 sur 124 · Chap. v,§ 1. — 2. Chap. i · texte numérisé non relu

Chap. v,§ 1. — 2. Chap. i

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iloiit elle fait partie qui ne se rapporte à la maison de Ut royauté et à la ntaimii du roi. <Ju'on en juge : 1" le hiroun du palais fl'Artaxerxès se développe autour d'une grande cour extérieure ; T j)ar une de ses faces il confine à Vanderoun ; 3" la salle d'audience, celle que la Bible appelle maison de la 7'oijaulé, occupe un des côtés de la cour intéiùeure du biroun; 1° la salle d'audience s'élève en face de la porte qui met en communication le hiroun et Vanderoun. J'ajouterai que la maison de la royauté on salle réservée aux audiences journalières était aussi distincte du bithàn ou apadàna affecté à la tenue des grandes assises de la couronne que les gigantesques cellas de Persépolis pouvaient l'être des salles hypostyles ménagées dans les petits palais de Darius ou de ses successeurs. Il est toujours dangereux de chercher des termes de comparaison entre l'Europe et la Perse, entre le xix'' siècle et l'antiquité. Sous le bénéfice exprès de cette réserve, j'assimilerais la maison du roi aux appartements privés, la maison de la royauté au cabinet de travail, et le hithdn à la salle du trône d'un souverain moderne.

Le chroniqueur est si précis, il est si bien pénétré de son double rôle d'annaliste et de cicérone, qu'on ne saurait s'égarer en sa compagnie. Précis, il l'est au point de se complaire dans les particularités topographiques les plus étrangères à son récit. Nous ne saurions trop nous en féliciter, car l'auteur de la meghillnh connaît aussi bien le palais de Suse que le cérémonial de la cour achéménide, et profite de tous les incidents pour faire étalage de sa science.

Raconte-t-il la démarche de la reine auprès d'Akhachvéroch, il spécifie qu'Esther vint dans la cour de la maison du roi, celle qui est à Vintérieur ^ afin de bien prouver qu'il a présentes à la mémoire les positions relatives et les communications du harem et de la maison du roi. Nous montre-t-il Haman piétinant dès l'aurore devant la demeure de son maître, il l'arrête à l'entrée particulière de la maison du roi. Le favoi-i habite la ville; il a franchi, grâce à sa haute situation, la porte de l'enceinte générale, le chaar du roi, mais ne peut pénétrer plus avant, sans être mandé par le souverain. Le chroniqueur résume la situation par un seul qualificatif : « et Haman vint dans la cour de la maison du roi, V extérieure ' ». On retrouve sans cesse le scribe méticuleux qui, en désignant les mois, place encore leur numéro ordinal à côté de leur nom particulier. Cette cour extérieure de la maison du roi n'est autre que la place d'armes de l'Acropole susienne. Elle est comprise entre la porte fortifiée du hiroun, les murs de la citadelle et l'escalier de l'apadâna. Comme dans le jialais d'Akhachvéroch, elle est en communication directe avec la grande porte de l'enceinte générale ou chaar du roi.

A-t-on remarqué qu'il n'est jamais ([uestion du hithdn on apadàna, séparé de la demeure des monarques susiens par l'immense quartier réservé aux femmes, tant

i. Clirip. VI, !) 4.

INS[GNES ROYAUX. 383

que l'annaliste parcourt la maison du ro/?Mais vient-on à pénétrer dans l'appartement d'Esther, et l'on sent aussitôt le voisinage du hithiin et des jardins dont les exti'èmes ramures ombragent les constructions occidentales du harem.

« ...Et le roi se leva, dans sa colère, du festin de vin (offert par Esther dans sa propre maison au roi et au grand vizir) et se dirigea vers le jardin Axxhithân ' — »

'< ...Et le roi revint du jardin du hithnn à la salle du festin de vin" »

Un dernier coup d'œil sur le plan du Memnonium permettra de suivre Akhachvéroch dans cette promenade à travers les jardins du bithân et de constater qu'en sortant de chez la reine il entrait effectivement dans le paradis de l'apadàna.

La superposition des plans, déduits, le premier de la lecture attentive de la meyhillali, puis des itinéraires de la favorite, d'IIanian et du roi ; le second de l'étude des ruines, ne saurait être plus parfaite. La Bible en main, essayez de reconstituer les grandes divisions du palais d'Akhachvéroch, et vous serez conduits à tracer un monument ayant les plus complètes analogies avec l'Acropole d'Artaxerxès Mnémon.

Le bithdn, ses jardins et son vestibule hypèthre occuperont très loin de la maison du roi la place de l'apadàna, du paradis qui l'environne et de la grande plate-forme qui précède les pylônes; le harem confinera par une de ses faces aux jardins du hithdn^ par l'autre à la maison du roi; la cour intérieure de la maison du roi, limitée par la maison de la royauté sur celui de ses côtés qui fera face à la porte de la maison des femmes, s'identifiera forcément avec le hiroun; la cour extérieure de la maison du roi correspondra à la place d'armes, et \n. porte du roi à la porte unique de l'enceinte générale.

Les fouilles de Suse ne confirment pas seulement les descriptions archi tectoniques de la meghillah, mais le récit dans ses moindres détails.

Lorsque Esther se présente dans la cour intérieure de la maison du roi, Akhachvéroch est assis sur son trône, et en signe de pai'don il incline vers la favorite le sceptre d'or qu'il tient à la main. Une scène analogue est représentée sur les murs des palais persépolitains. Là aussi, le roi, assis sur un trône élevé, tient une longue canne (fig. 186) — le sceptre, — insigne de la puissance souveraine^ qu'hériteront plus tard les grands dignitaires du clergé chiite.

Le trône peut-être, dans un pays où grands et petits s'accroupissaient sur des tapis, et certainement le sceptre d'or' étaient, avec le diadème bleu rayé de blanc (p. 384, note 3) et le clavus blanc de la tunique pourpre que décrivent les historiens* et que porte Darius sur la mosaïque de Pompéi, des privilèges somptuaires de la royauté. D'autre part le vêtement, la coiffure, les bijoux, les armes, étaient communs au roi et aux premiers de ses sujets. Les immortels eux-mêmes portaient la couronne'

{. Chap. vn, § 7. — 2. Chap. viii, §8.-3. Xénoph., Cyrop., VIII, S III, 6, § IV, I et § VII, 6 : « Ce n'est point le sceptre d'or qui conserve la royauté ». — 4. Id., id., VIII, § III, 4. Quinte Curce, liv. III, § 3.

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et la robe médique : Hérodote nous l'avait ajtpris, Susc l'a confirmé (p. 289, note o, et p. 291). Aussi bien la description du triomphe de Mordekbaï me sendjlo-t-elle aussi vraisemblable que bien observée. Le roi de Perse décernait réellement les récompenses décrites dans les derniers versets du chapitre vi.

« ...A l'homme que le roi veut honorer il faut apporter un costume royal que le roi a portée amener un cheval que le roi a monté, donner une couronne que le roi a coiffée, remettre les habits à un seigneur de la cour pour en revêtir l'homme que le roi veut honorer ' »

« Aux hommes que les rois de Perse veulent honorer ils offrent une robe médique, c'est-à-dire la robe de cour, et une couronne d'or », nous apprennent de leur côté les historiens grecs '.

« Khalatrd pouchid », dit-on encore à la cour de Nasser eddin Chah, quand un fait pai'eil se présente. Lift. : « Il a revêtu le klialat », c'est-à-dire la pelisse de cachemire déjà portée par le Chah et donnée comme supi'ème récompense aux fidèles serviteurs. Tel est le cas de Mordekbaï, khalatrd mipouched , il revêt le khalat, mais pour cela ne s'habille pas en roi, car s'il revêt une robe médique bleue et coiffe une couronne d'or indistinctement portées par les seigneurs et les gardes royaux" (p. 289, note 5, et p. 291), il ne passe pas la robe pourpre ornée duclavus blanc, il ne ceint pas le diadème bleu^ ni ne brandit le sceptre souverain (p. 383, notes 3 et 4). Et pourtant on remplirait plusieurs pages des critiques acerbes dirigées contre les invraisemblances que comporte le récit si exact du triomphe de Mordekbaï.

En revanche et bien que le Grand Roi fût peut-être le seul honune de son empire à s'asseoir sur une chaise élevée et à tenir à la main une haute canne, aucun de nos modernes exégètes ne songe à s'en étonner; les étudiants les plus ignorants comme les plus doctes professeurs n'usent-ils pas des mêmes sièges que leur souverain et n'ont-ils pas le même droit de s'appuyer sur un long bâton. On accorde même à Mordekbaï la permission de revêtir sans invraisemblance la robe du roi, car, au demeurant, l'habit militaire d'un empereur d'Allemagne ne diffère pas de celui de ses généraux, mais la couronne! Le dilemme se pose aussitôt : ou l'auteur du livre à'Esther est le narrateur ignare tl'une histoire apocryphe, ou c'est le cheval de Mordekbaï qui porte ou a porté la couronne sur la tête, et il n'est pas de torture qu'on ne fasse subira la syntaxe pour la rendre complice de cet expédient. La morale de ces faits se déduit en deux lignes : pour apprécier la densité relative des corps, il faut les placer dans le même milieu. L'agate qui tombe au fond de l'eau surnage le mercure.

1. Chap. VI, §7 et 8. —2. Hérodote, III, 20, 21, 84; VII, 37 et 1J6; Vlll, 118. Xénophon, Cijrop., VIII, §111, I. Elien, § 22 et .'12. L'accord est parfait entre les historiens profanes et l'annaliste sacré.

3. Il faut bien se garder de confondre le diadème, simple rnban noué autour des cheveux ou de la tiare, avec la couronne métallique qui est en Perse un simple bijou que le roi donne au plus humble de ses sujets (Hérodote, I. VIII, 118),

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