DALLES ÉMAILLÉES
et grise le bleu. Il semble que le sujet, découpé dans une feuille de papier, porte une ombre colorée sur le fond turquoise du panneau.
A Khorsabad et dans les fouilles assyriennes on n'a pas découvert seulement des briques émaillées sur leurs tranches, on a exhumé des carreaux peints à plat. Ces carreaux, égarés dans les décombres, ne faisaient pas partie d'un grand ensemble architectural. Quelques exemples empruntés à des monuments plus modernes feront comprendre le rôle qu'ils remplissaient dans la décoration.
Depuis le xvr siècle les Persans ont contracté la coutume vicieuse d'habiller leurs édifices de dalles carrées, émaillées sur une face. Cette pratique s'introduisit quand les architectes multiplièrent à l'excès les briques vernissées dont leurs prédécesseurs et leurs maîtres avaient usé avec une si sage parcimonie. Il fallut trouver une formule économique, et les revêtements minces furent substitués aux matériaux engagés dans la maçonnerie. Comme il n'est pas déciment assez tenace pour fixer des pellicules de terre sur un mur extérieur, de grandes taches lépreuses, occasionnées par la chute des carreaux, envahirent les façades dès le lendemain de leur achèvement. Juste punition du crime artistique commis par les novateurs. Pareil anathème ne doit pas frapper les carreaux employés dès le xu" siècle à l'intérieur des édifices, carreaux sertis dans les boiseries ou engagés dans la décoration des mihrabs, des tombeaux et des cénotaphes. Ce sont alors des faïences à reflets métalliques, disposées en croix ou en étoiles comme à Véramine, Yezd, Kachan; des faïences bleu de Sèvres rehaussées de vermiculages blancs et de reliefs dorés sertis de rouge. Travail précieux, posé avec des soins particuliers à l'abri des injures de l'atmosphère et des mains iconoclastes. Ces joyaux diffèrent par leurs saillies, leur coloration, leur support, des faïences plus grossières liées aux maçonneries extérieures'. La môme remarque s'applique aux faïences de l'époque de Chah-Abbas où se dessinent en relief des personnages, des frises de fleurs et d'oiseaux indignement pastichés depuis quelques années. Sur eux aussi s'étalent des couleurs que ne caressèrent jamais les rayons directs du soleil'.
Les caractères spéciaux des belles plaques persanes signalent les carreaux de Nimroud.
Le sujet se complique, l'échelle des personnages dimina(\ l'émailleur lutte d'imagination avec le sculpteur en bas-relief. A peine dirait-on une peinture assyrienne, grecque plutôt, si l'on s'en rapportait à la gamme jaune et brune, d'où les bleus sont exclus. Je rattacherai à la même école les plaques de faïence blanche à dessins bruns découvertes dans le palais d'AssournazirpaP. Après les Égyptiens,
1. Jane Uieulafoy, /« Pcî-sp, la Chahh'e, la Susiune, p. 148 et suiv. et 204.