‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 98 sur 124 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Étages achéménides. — Élage séleiicide. — Élage partlie. — Étage sassanide. — Étage arabe. — État de l'Acropole pendant ces différentes périodes. — Détermination de l'âge des monuments. — Inventaire général.

Les fouilles ont révélé à Suse, outre l'étage élamite qui n'a pas été atteint, six étages de constructions répondant à des périodes historiques distinctes.

L'étage le plus profond est caractérisé par une fondation en gravier recouverte d'un double dallage de briques minces, très dures, ayant un pied de côté. Je l'ai atteint à la cote — 3'", 20, une première fois au-dessous de la fouille des lions (C, fig. 265), puis en R dans la fouille des archers et au-dessous de la fondation de la porte (p. 280, note 3). L'âge de cet étage se détermine, ainsi que

je l'ai dit, par des considérations multiples au nombre desquelles il faut citer

la découverte des inscriptions au nom de Darius fils d'Hystaspes (p. 279 et 284).

Le deuxième étage ou étage de l'apadàna règne sur tout le tumulus. 11 remonte à l'époque où Artaxerxès Mnémon construisit la salle du trône, refit ou restaura les fortifications et rétablit à Suse le siège de la monarchie (p. 279 et note 2). C'est de beaucoup le plus net et le plus régulier. Le dallage de la salie du trône, le chemin de ronde de l'avant-mur des enceintes intérieures et extérieures (p. 87, fig. 22, et p. I.i7. fig. 85), le dallage des cours, des terrasses l'accusent à la cote choisie à cause de sa fixité pour le 0 du plan à courbes de niveau (p. 107).

Le troisième étage n'a été retrouvé d'une manière certaine qu'à la cote + 1"',40, au-dessus de l'apadàna. Quelques dallages et des chambres dont les murs de brique cuite étaient directement appuyés sur les ruines des constructions achéménides ont fourni après leur déblaiement des statuettes d'Anaita 1" d'excellent style (fig. 307 et 308), des figurines (fig. 311), des intailles (fig. 376 et 377), des monnaies de Mithridate 1" et de Phraate II (fig. 320; voy. p. 330, col. I), un cylindre (fig. 348) et des antéfixes (fig. 382) qui dénotent une civilisation imprégnée d'hellénisme et répondant soit à la domination des Séleucides, soit à l'avènement des Parthes '.

Du quatrième étage ou étage parthe proprement dit il reste la nécropole (p. 446 et suiv.) et quelques maisons (p. 425, col. 1).

Entre la cote + 2 et + 3, suivant la région du tumulus, on rencontrait un inextricable lacis de murailles, derniers vestiges d'habitations très serrées et très nombreuses. Ces murailles s'appuyaient sans intermédiaire, sauf dans la région de la salle du trône, sur des substructions achéménides. Signe manifeste qu'elles couronnèrent, les premières, les ruines des quartiers fortifiés. C'est l'étage qui a fourni les poteries émaillées et les objets du culte mazdéen décrits ci-après ; c'est pendant qu'on traversait cet étage qu'affluaient les cachets sassanides (fig. 359 à 375), les fioles et les coupes de verre (fig. 290, 291 , 293 à 295, 298 à 303). Dans une maison juive (p. 434, col. I) on découvrit également à la cote -(- 2"°, 20 et encore posées sous une étagère maçonnée trois coupes couvertes d'inscriptions hébraïques antérieures d'un ou deux siècles à l'hégire (p. 433, col. 2) et de très nombreuses poteries (p. 444, col. i). Je désignerai ce cinquième étage sous le nom parfaitement justifié d'étage sassanide.

Le sixième étage, tout superficiel, est confiné dans le sud du tumulus. Il a été peu suivi et n'a fourni que des inscriptions coufiques du viii' et du ix' siècle (p. 436, col. 2) et des poteries très brisées (p. 431, col. 2).

Il résulte de ce simple énoncé que la salle du Irône était entièrement ruinée

i. L"époque où prédomine l'inlluonce des Grecs est très limitée Dès l;i mort de MiUuidate II (89 av. J.-C), bien que les rois partîtes continuent à porter le titre de philhellène, l'art s'abàlardit. Ce sont bien des modèles grecs qui sont encore copiés, mais ils le sont sans goût par des mains barbares. La belle période des Eucralidas, des Arsace et des Phraate est passée pour ne plus revenir. Les objets auxquels nous faisons allusion sont tous de la bonne époque. Quelques-uns remontent à l'an 230 et .300 même av. J.-C; aucun n'est postérieur à l'an 100. A ce sujet consulter : Dieulafoy, Art ant. de la Perse, vol. V, les Parthes, p. 39 à 43.

CHUTE DE L'APADANA. 421

deux siècles après le passage d'Alexandre, puisque les premières constructions élevées sur l'emplacement de l'apadàna remontent à cette singulière époque où l'Iran, oublieux de son passé, subit d'une manière très efficace l'influence artistique de l'Hellade (p. 420, note 1). A considérer l'état des matériaux renversés, on se convainc même que les ruines de l'apadàna avaient été très longtemps pillées et remuées avant d'être recouvertes. 11 serait donc difficile de placer la cbute de l'apadàna en deçà de l'an 250 ou 200 avant notre ère.

La densité de la population de Suse durant la troisième et la quatrième période s'accuse, a-t-on dit, par d'innombrables sépultures parthes (p. 426 et suiv.). Mais on conclura de l'implantation directe de la ville sassanide sur les ruines des édifices achéménides, du tumulus oriental et de la citadelle que les ouvrages défensifs, sous le règne des Séleucides et des premiers Arsacides, étaient encore habités par la garnison et bien qu'à moitié démantelés servaient d'appui ou de refuge aux troupes chargées de maintenir la Susiane sous l'autorité des dynastes grecs puis des premiers rois parthes.

C'est vers le commencement du premier siècle de notre ère, que l'Acropole semble avoir été définitivement déclassée en tant que forteresse.

Les murailles ruinées, après avoir servi de nécropole, furent envahies par la population, qui s'empara de la vieille forteresse et y construisit une nouvelle ville à l'abri des incursions des nomades arabes qui signalèrent la décrépitude de la monarchie parthe. On prit alors l'habitude de jeter par-dessus les murailles, comme cela se pratique encore en Orient, les balayures et les détritus. Ces décombres s'entassèrent dans les fossés, montèrent le long des murailles, semblables à des cônes de déjections. J'ai traversé plusieurs de ces cônes et j'y ai découvert dans un mélange confus de poteries brisées, de matériaux émiettés et de verres en éclat, tantôt des débris de statuettes accusant une époque barbare (fig. 310 à 313), tantôt des coupes, dos fioles de verre très délicates (fig. 290, 291 , 293 à 295, 298 à 303) embrassant à la fois la décadence parthe et la renaissance sassanide. C'est à la seconde partie de cette période que répondent les constructions si nombreuses classées dans l'étage sassanide.

Du sixième étage je ne dirai rien sinon que les objets rencontrés à la surface sont tous postérieurs à l'hégire et antérieurs au xi° siècle (p. 136, col. 2). La mort de Suse succédant à une longue agonie remonte à cette époque (p. 6i).

On serait porté à déterminer l'âge d'un monument d'après celui de la strate où il gisait. L'application rigoureuse de cette règle occasionnerait pourtant de graves erreurs. Que l'on considère par exemple les tombes très nombreuses de l'époque parthe creusées à toute profondeur dans l'épaisseur de la fortification achéménide (p. 426 et suiv.) : les matériaux qui coincent les urnes funéraires proviennent invariablement des édifices ruinés construits par Artaxerxès Mnémon, tandis que les monnaies et les ustensiles découverts dans ces mêmes urnes sont de trois et quatre

422 L'ACHOPOLE DE SUSE.

siècles postérieurs au règne de ce roi. S'enfonce-t-on dans un cône de déjections, on trouve aussi bien les mêmes objets sur le chemin de ronde à la cote 0, qu'à la hauteur de l'étage islamique à la cote -f *> ou + 7, que dans les fossés à la cote — 5 ou — 6. Les uns avaient glissé jusqu'au bas du cône, les autres s'étaient arrêtés au sommet. Certains fragments anciens ou modernes avaient roulé ensemble dans des crevasses comblées par les pluies ou avaient été entraînés jusqu'à la cote — 15 et — 18 et recouverts par des éboulements ultérieurs. Parlerai-je encore des anciennes constructions exploitées en guise de carrière et qui entrèrent, sous forme de matériaux, dans les murs d'édifices plus récents (p. 306, 308, 323, note 2).

Hormis les archers, les lions, les taureaux et les fragments signés pour lesquels il n'y a pas d'hésitation, on ne saurait donc se montrer trop prudent dans la détermination de l'âge des monuments susiens.

Je rappellerai d'abord que j'ai attribué les briques de revêtement engagées comme matériaux de construction dans les édifices élevés à une époque bien déterminée ù un étage historique antérieur. Tel est le cas des inscriptions élamites (p. 306 et suiv., fig. 188 à 191), des inscriptions achéménides émaillées ou gravées sur terre cuite (p. 304, pi. XII, et p. 307, fig. 102), des archers (p. 291, pi. VI), des monstres de terre cuite (p. 318, fig. 195), d'une scène d'offrande (p. 306, pi. XIII), des rampes d'escalier (p. 297, pi. VIII, IX, X); etc.

D'autre part on a découvert au-dessous des premières constructions élevées sur les ruines de l'apadàna un dé à jouer (fig. 235), une coupe faite d'une coquille de murex polie (fig. 305), un ivoire (fig. 316), deux petites urnes de terre, l'une rouge, l'autre noire (fig. 266), plusieurs vases de terre blanche (fig. 269 à 271), un sceau de calcédoine saphirique (fig. 250 et 350), une tète du dieu Bès, deux oudjas, un flacon (fig. 292) et un cornet de verre (fig. 304) avec une inscription cunéiforme, des fragments d'un vase d'albâtre (fig. 317). Voilà certes des objets à classer au nombre des monuments achéménides. Certains en possèdent des caractères indéniables, tous étaient intimement mêlés aux ruines de la salle du trône et recouverts par des édifices construits sous les Séleucides ou les premiers Arsacides (p. 420, note 1).

Dans les ruines des chambres de l'enceinte casematée (p. 2H, fig. 109 et L, fig. 265) apparurent au-dessous de la ville sassanide un autre oudj'u, plusieurs pointes de flèche, un fer de javeline, un trépied de bronze (fig. 326) ; un peu plus loin, une coupe de cristal vert foncé, une autre vert clair, une troisième urne de terre rouge (fig. 266), puis un fragment de cylindre en terre cuite portant le nom d'Artaxerxès (fig. 306) et divers fragments d'urnes d'albâtre portant le nom de Xerxès (fig. 318). Ce sont encore là, malgré la hauteur où ils ont été rencontrés (-|- Pà -|- 1",80), des objets du v' ou du iv' siècle av. J.-C, ensevelis bien avant l'époque où la population de Suse s'installa sur l'Acropole.

inventairiî: des monuments. 423

On peut encore rapporter à l'àge des urnes funéraires et vice versa les monuments ou les monnaies qu'elles recelaient et attribuer aux Sassanides ceux que contenaient les cônes de déjections bien datés par les pierres gravées et les monnaies perdues au milieu des détritus, mais il serait hasardeux de mener plus avant le classement chronologique. Aussi bien dans les autres cas et à moins d'exceptions motivées, ferai-je suivre mon appréciation d'un point d'interrogation.

Dans l'inventaire qui va suivre, inventaire général de tous les monuments découverts et exposés, j'ai eu recours, autant pour simplifier le texte que pour rendre ()lus aisées les recherches, à quelques simplifications typographiques. Après la description très sommaire de chaque objet on trouvera sur une même ligne : 1° l'indication du lieu et de la profondeur où l'objet a été découvert, profondeur rapportée au niveau du dallage de la salle du trône; 2" la provenance ne se rapportant qu'au dernier édifice oii il. a été eiiiployé avec cette mention « maçonnerie » s'il a été trouvé dans les matériaux, « parement » s'il était au contraire utilisé en revêtement du dit édifice ; 3" l'âge présumé ou certain de l'objet.

Le lieu de la fouille sera désigné par une lettre A, B, etc., répondant aux mêmes lettres du plan (fig. 265); la profondeur, par un chiffre affecté du signe + ou — .11 sera facile de déduire de cette cote la profondeur réelle de la fouille au moyen du plan à courbes de niveau (pi. Il) qui donne pour chaque point déterminé la hauteur du terrain naturel par rapport au plan de comparaison.

Quant aux grandes divisions chronologiques entre lesquelles j'ai réparti les monuments, elles répondent aux dates suivantes :

Epoque ou étage élamite (répondant aux derniers rois d'Ansan Sousounka, de 700à.6:)0 av. J.-G.

— ou étage achéménide de 550 à 330 av. J.-C.

— dite de Darius ou 1"^'' étage, s'étendanl depuis la construction jus-

qu'à la ruine des premiers palais de 520 à 450 av. J.-C.

— dite d'Artaxerxès Mnémon ou 2= étage, s'étendant depuis la recon-

struction des palais jusqu'à la veille de l'expédition d'Alexandre, de 400 à 350 av. J.-C.

— séleucide ou 3" étage, comprenant les premiers princes parthes. . de 330 à 100 av. J.-C.

— partheou 4" éta.ne de 100 av. J.-C. à 260

— sassanide ou 5'-' étage de 200 à 650

— islamique de G50 à 1100

Je suivrai dans l'inventaire l'ordre des salles où les objets sont exposés actuellement, en épuisant pour chaque salle une série avant d'en entamer une autre.

La paroi des salles qui répond à la colonnade est dite paroi Est, celle qui répond à la cour, paroi Ouest, et par conséquent celle des archers, paroi Nord; celle du lion et du taureau, paroi Sud.

J'ajouterai que tous les objets découverts dans les fouilles, dont les dimensions ne sont pas données dans le texte ou rapportées sur les dessins, sont reproduits en grandeur réelle.

PREMIÈRE SALLE — Première Section

Paroi Nonn. — Bas-relief des archers (p. 280 et suiv., fig. 100 et lOi, pi. IV el V). I\. — :f'",40. Fondation de la porte {maçonnerie). Époqxc de Darius /'''.

Pabois sud et ouest. — Bas-reliefs des lions (p. 27;j

V^^uh/Ht£J

FIG. 2G5. — PLAN DE l'aCKOPOLE AVEC l'iNUICATION DES TnAKCIIÉES.

et suiv., fig. lo2, pi. III). C. — O'n.SO. Pylônes du palais {parement). Époque dWrtu.rer.vès Mnémon.

Paroi est. — Rampe d'escalier, deux fragmonis (p. 297 et suiv., fig. 173, 174, 17;), 177, pi. VllI et IX). M. -+- 0",I0. Mur de soutènement {maçonnerie). Époque d'Artaxerxés Mnémun. Dalles de revêtement (p. 298 et suiv., fig. 176, pi. X). Comme ci-dessus. Outre ces dalles, je signalerai un carreau trouvé dans le fossé Est qui longe la salle du trône. 11 se distingue des autres par

son coloris et le dessin. Sur un fond bleu lurquoise très intense se détachent deux cercles concentriques jaunes dits vieux genre. J"ai exposé sur le même panneau le merlon archaïque décrit à la page 302 (fig. 178, pi. XIII) et 5 petits merlons (p. 304, pi. XIll), dt'i-ouverts dans les ruines au-iiessus du mur des arclters. Fouille li. Litre décorative (p. 304 et 30;i, fig. 180, pi. Xllli. G. — 2'". Mêlée aux terres. Époque aehémi'nide. Trois briques intactes provenant d'un lion allongé (p. 280). K. — 0'",:U). l'orte {purewent} id.

Paroi est. — Litre décorative émaillée sur terre cuite (p. 30j). C. — 0°',30. Pylônes {maçonnerie). Époque de Darius 1''. Litre émaillée sur fritte (p. 303). Se distingue des rudeulures des archers et des lions en ce que les triangles blancs de ces dernières sont remplacés par des triangles jaune paille. F. + 0'°,30.

Dans les terres. Époque aehémàiide. Litre décorée de marguerites. A". -I- 0"",20.

Porte {parement). Époque d' Artaxerxès Mnémon.

Paroi est. vitrine CUBIQUE. — Urne, faïence bleue, à col étroit, 0'",40 de hauleur(pl.XlI).L.-+-2'°.

Epoque sassanidc.

Urne faïence bleue, col évasé, 0™,:)1 de hauteur. L. + 2'",3:i.

Époque sassanide.

Une autre semblable, 0"°,2o de hauteur, trouvée dans les mêmes cirronstances. Urne faïence verte, 0'",28 de huuleur (pi. XVI, fig. 1). G. -h 0"',;i0. Epoque parthcl Coupe à rebord incurvé, 0", 10 de hauteur.

Faïence d'un beau bleu foncé très rare, décorée de flammes de pyrée (pi. XVI, fig. 2).

Cette coupe était destinée à.

reccvoirl'eau bénite ou zaotra (p. 398). L. -h 0°',70.

Épo<iue sassanide.

Bassinfaïence grise, •m,!.'-,; 0"',30.'J de diamètre, rehaussé de dessins bleus rappelant des croissants lunaires ou màhrous (p. 398, n. 1) et des caractères cunéiformes. Porté sur trois pieds, il est percé d'une ouverture au raccordement du fond el du rebord. C'est certainement un objet appartenant au culte mazdéen. Je n'ai pu l'identifier (pi. XII). I. -(- l'",3;i. Époque sassanide.

Autel faïence bleue irisée. G'", 195 de hauteur (pl. XVI, fig. '.]). Ce modèle, orné à chaque angle d'un merlon et, dans le créneau, d'une tète de bœuf, est un simple objet de piété. L. -j- 1"',80. Epoque sassanide.

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