Dieulafoy, Art ant. de la Perse, vol. V, p
3. Les Efiyptiens, en emiiruiilanl aux Assyriens le modèle de ces grandes portes, avaient fait passer dans, leur langue la dénomination sémitique. Maspero, /. c, p. 32.
PALAIS DE MÉDll\ET-AlU)U. 171
on trouve tous les éléments originaires, mais ruinés, en Chaldée et en Susiane.
A le considérer au point de vue poliorcétique, le mmjadilou de Médinet-Abou est tracé et profilé de main de maître Les flanquements intérieurs sont irréprochables, et il est certain qu'une surprise ou une attaque de vive force auraient échoué devant un pareil ouvrage. Le soubassement incliné, si critiquable tant qu'il s'agit de forteresses de pisé, présente, au contraire, de multiples avantages quand il est construit en pierres de taille.
Il augmente la résistance, et l'épaisseur du rempart dans la zone dangereuse où les murs sont frappés par le bélier amortit le choc des engins de percussion, et renvoie contre les assiégeants les loui'ds projectiles que les défenseurs abandonnent du haut des hourds représentés à Médinet-Abou par les fenêtres androcéphales.
Grâce à l'intelligente disposition des crémaillères, au tracé des flancs et au profd des soubassements, l'assaillant était poursuivi sans trêve ni merci, frappé dans toutes les directions, atteint sous tous les angles.
Quels progrès accomplis depuis l'époque où les officiers des pharaons construisaient l'enceinte d'Abydos ou les ouvrages bastionnés de la deuxième cataracte!
Je ne parlerai pas encore des forteresses reproduites sur les bas-reliefs égyptiens. Elles figurent toujours des villes asiatiques et, comme telles, seront mises à contribution dans une autre partie de cette étude.
Les plaines de la Chaldée et de la Susiane, tour à tour conquises, envahies, saccagées par les races très diverses, nourrirent des populations essentiellement belliqueuses. ,
Négritos, Sémites, Aryens se disputèrent les riches alluvions des fleuves mésopotamiens, et les plateaux de l'Iran déployèrent les mêmes vertus militaires et succombèrent aux mêmes vices politiques.
De bonne heure ils surent se défendre, de bonne heure ils apprirent à combattre.
Les progrès de l'artillerie, les grandes guerres de l'antiquité classique et de la période romane améliorèrent quelques détails, introduisirent quelques perfec-tionnements mécaniques, mais modifièrent si peu la poliorcétique de l'ancien Orient que nos châteaux féodaux restèrent, jusqu'à l'invention de la poudre, les copies fidèles des acropoles royales découvertes sous les tumulus de la Chaldée et de la Susiane.
L'enceinte la plus ancienne que je puisse citer a été gravée sur la tablette que tient le roi Goudéa (fig. 139)'.
1. On trouvera (p. 261 et suiv.), dans la noiice métrologique qui termine le chapiire vni, l'inlerprétalion géométrique du plan de l'Acropole de Goudé.i.
En plan, elle affecte la forme d'un rectangle élargi sur un de ses côtés par une double crémaillère. Des tours placées aux angles, dans le voisinage des portes et sur les longs côtés du rectangle, divisent le périmètre en courtines d'une longueur égale à la portée dangereuse des arcs et des frondes. On ne signalerait pas un secteur privé de flèches dans tout le tracé ; les angles morts sont rares. Qu'il voulût attaquer les courtines, les flancs ou les saillants, l'ennemi ne trouvait aucun endroit où il pût se reformer avant de donner l'assaut, aucun emplacement qui ne fût fouillé par les projectiles de l'assiégé. Et pourtant les ingénieurs avaient usé des ouvrages accessoires avec une grande parcimonie.
Les grands problèmes qui se rattachent à la défense des places avaient donc été posés et résolus par les Ghaldéens dès l'époque de Goudéa.
On connaît les vices rédhibitoires des vieilles enceintes égyptiennes. Les fronts construits sur les rives du Nil n'abritent jamais qu'un petit nombre d'archers ou de frondeurs et sont impuissants à battre d'une manière efficace les angles morts et les secteurs privés de flèches qui correspondent à chaque brisure du tracé.
Les Ghaldéens corrigèrent ces deux défauts au moyen des tours et des crémaillères. La tour accuse trois progrès : 1° le flanquement latéral par le tracé; 2° la dénivellation du profil en long ou commandement; 3° l'allongement des crêtes réservées aux défenseurs (lignes de feu modernes). La suppression des angles morts et des secteurs privés de flèches résulte du premier; la possibilité de couvrir de projectiles les crêtes menacées est la conséquence du second. Désormais les efforts de l'ennemi, pour ne pas être vains, devront se porter sur des points désignés d'avance par le défenseur et renforcés en conséquence, car l'attaque d'une courtine serait impraticable ou bien hasardeuse si les deux tours flanquantes n'étaient pas renversées auparavant ou tout au moins rendues inhabitables.
Aussi bien, voit-on les béliers assyriens s'acharner d'abord sur les tours et, quand le bas-relief est assez développé, sur deux tours consécutives (fig. 70 et 82 ; p. 215 et 250).
La nécessité où se trouvait l'assaillant de ruiner les ouvrages flanquants avant d'aborder l'enceinte ne le dispensait pas d'ailleurs de faire le siège de la courtine demeurée intacte pendant la première période des opérations (fig. 64 et 65).
Dans l'hypothèse où l'on est toujours forcé de se placer en Assyrie et en Elam — de remparts bâtis en matériaux de terre crue, — le front rectiliyne chaldéen ou renforcé de tours, quoique très supérieur au front égyptien, présente encore des imperfections.
Un premier défaut tient à la nature des matériaux : les flancs GB,HA' (fig. 52) sont trop courts pour détruire dans leur totalité les angles morts GHMN des courtines. Le corriger eût été facile. Il eût suffi de donner aux tours plus de saillie
TUACÉ A CUÉMAILLÈHE.
sur le parement des courtines, mais en ce cas on eût été contraint d'augmenter la dimension des faces sous peine d'affaiblir la résistance des flancs et d'exagérer un second défaut aussi grave que le premier. Je veux parler des angles morts ABCD, A'B'C'D' qui précèdent les faces de toutes les tours.
En vérité il n'existait qu'un remède à cette situation : allonger les flancs et soutenir les faces de chaque saillant par le flanc d'un saillant immédiatement
FIG. 82. — ATTAQUE u'ilNE TOin PAR DEUX BÉLIERS. AGGERS PAVÉS. (BOTTA, K IlOrSllbad.'^
voisin (fig. o3); de telle sorte que l'ennemi, se présentàt-il de front ou s'avançât-il suivant les capitales, était atteint sous deux directions et forcé de se découvrir. Les tracés à crémaillère devaient naître de la réalisation pratique de cette pensée.
Si la crémaillère ne vaut pas le bastion moderne, au point de vue de la pure spéculation poliorcétique, on conviendra que dans l'antiquité elle résolvait d'une manière pratique le problème du flanquement par le tracé, puisque tout le terrain des
approches, sauf un rectangle ABCD d'une très minime superficie (fig. 39), était battu par les projectiles de la défense '.
L'Acropole de Goudéa comporte des crémaillères, mais elles ne sont pas réparties, comme à Susc, sur tout le périmètre de l'enceinte. Les ingénieurs les réservèrent pour renforcer le tracé et compenser l'afTaiblissement que faisait éprouver à la muraille l'ouverture de trois baies voisines. Grâce aux défenses multiples accumulées autour des portes, il régnait môme devant elles une zone inattaquable, propre aux formations oficnsives et aux retraites de la garnison (fig. 139).
Étant donnée la supériorité des redans sur les simples tours (p. 132), quelles furent les raisons qui s'opposèrent à la généralisation du tracé à crémaillère?
Si une forteresse est investie quelquefois, elle est habitée toujours, surtout quand elle comprend la demeure d'un prince ; et il faut bien en convenir, des rectangles se prêtent bien mieux que les polygones compliqués aux divisions intérieures. Enfin, à surfaces enveloppées égales, les périmètres les moins sinueux sont aussi les plus courts. Ce qui veut dire, en bonne arithmétique, que l'enceinte d'un même palais coûtait d'autant plus cher au trésor royal, était d'autant plus longue à parcourir, d'autant plus difficile à surveiller que l'on substituait un plus grand nombre de redans aux tracés rectilignes.
Aussi bien les fronts à crémaillère furent-ils d'un usage restreint chez les Chaldéens, tandis que l'exception assyrienne devint la règle en Susiane, où la vie du pays et l'existence de la monarchie dépendaient de la résistance des forteresses.
Les places de guerre assyriennes étaient de véritables acropoles, construites sur des plates-formes artificielles. La demeure du Patesi Goudéa ne faisait pas exception à la règle commune.
L'escalier de la terrasse, très bien indiqué sur le plan (fig. 83 et 139), se composait, comme le grand escalier de l'enceinte de Suse (p. 23o et suiv. et fig. 126), d'une volée droite suivie d'un palier et de deux volées divergentes séparées par une tour isolée. L'ensemble de l'ouvrage était compris entre deux tours massives de la muraille. Cette disposition rendait impraticable aux assaillants l'accès de l'escalier : les troupes assez audacieuses pour gravir les premières marches eussent été écrasées sous les gros projectiles ^
Néanmoins, comme un bon ingénieur doit se prémunir contre les surprises et les attaques de vive force, l'escalier n'aboutit pas à une porte ^ On devait s'engager sur la plate-forme de l'avant-mur, très rétrécie au débouché de l'escalier,
1. Leshourds, comme on ne lardera pas à le voir (p. 208), corrigent ces légers défauts du tracé.
2. Voir l'étude métrologique de l'Acropule de Goudéa (p. 261 et suiv.).
3. J'ai restitué en ponctué devant l'escalier (fig. 88) un chàtelet analogue à celui qui précède les portos de Dour-Charyoukin (fig. 88 et 89), mais cet ouvrage, dont on ne trouve pas l'indication sur le plan, peut être supprimé sans de graves inconvénients.
ACROPOLE DE GOUDÉA.
contourner des tours puissantes et se présenter devant une des baies de la forteresse (fig. 83 et 139). Alors même que l'entrée de l'escalier eût été forcée, les degrés escaladés, les premières tours franchies, le corps de troupe préposé à la garde des portes aurait eu le temps de fermer les vantaux, la garnison d'accourir sur les murailles, de couronner les tours et de massacrer les assaillants avant qu'ils se fussent rués dans l'intérieur de la ville.
Les documents fournis par le plan se rapportent au tracé (p. 261 et 262). La face des tours atteint 60 pieds (19°',20), leur distance d'axe en axe varie de 1 iO pieds (44"',80) à 155 pieds (49"',60); la longueur des courtines, de 95 pieds (38°',40) à 80 pieds (25°", 60); la largeur de l'escalier mesure 100 pieds (32 mètres). Dans le voisinage des baies, les tours reçurent 20 pieds (6", 40) de plus que les tours de l'enceinte. Du profil on ne connaît que l'épaisseur de la muraille (60 pieds ou 19", 60). Les hauteurs font défaut. Ce serait une lacune bien regrettable si les fouilles de Khorsabad et de Suse n'avaient fourni des éclaircissements nouveaux et certains sur le profil et les défenses accessoires.
Sauf les tours, qui sont trop massives (p. 173), l'Acropole de Goudéa présente un parfait modèle de la fortification antique. Puisque l'épanouissement des arts de la guerre est le critérium suprême de la civilisation, elle témoigne, au même titre que les statues du roi et les merveilleuses intailles chaldéennes, de la haute culture intellectuelle des très anciens riverains du Tigre et de l'Euphrate.
Après avoir décrit la forteresse du vieux Palesi chaldéen, il est à peine nécessaire de citer le plan reproduit sur les portes de Belawat ; en tout cas je ne m'attarderai pas à le décrire.
Au cœur de l'empire assyrien, Sargon II (Charyoukin) (780-760) avait édifié une ville que dominait la demeure du souverain. L'enceinte et les palais, construits d'un jet, ensevelis peu d'années après leur achèvement, ont été retrouvés sous les tumulus de Khorsabad. C'est à Botta, personne ne l'ignore, ((ue revient tout l'honneur de cette prodigieuse découverte.
La ville de Sargon, Dour-Charyoukin, occupait un parallélogramme presque carré. Deux côtés avaient 1 760 mètres, les deux autres 1 685 '.
Une muraille continue la défondait contre les insultes des armées étrangères. Le palais, bâti au-dessus d'une terrasse, était à cheval sur l'enceinte.
La muraille, protégée à la base par un soubassement en pierre de 1°',10 de hauteur, avait 24 mètres d'épaisseur. Des tours larges de 13", 50 et distantes d'axe en axe de 40", 50 prononçaient une saillie de 4 mètres sur le parement extérieur et divisaient le rempart en courtines longues de 27 mètres.
1 . Tous les chiffres et les renseignements élémentaires sont empruntés à l'ouvrage de Place, Ninive. Les figures 84 et 85 sont reproduites d'aprèsl'ouvrage de MM. G. Perrot et Chippiez {Histûire der.M. — Assyrie).