REMPARTS DE BABYLONE
Bien autrement redoutables que l'enceinte de Dour-Charyoukin paraissent avoir été les fortifications élevées par Nabuchodonosor autour de Babylone.
Les descriptions enthousiastes des auteurs classiques, le lyrisme des scribes chaldéens laissent entrevoir des ouvrages formidables. Ce n'était pas une capitale, mais une province vaste comme le département de la Seine qui était enveloppée par les remparts : des champs, des jardins irrigués par l'Euphrate, la ville des hommes, l'Acropole royale, Borsippa la cité des dieux.
Les ennemis mettaient-ils le siège devant Babylone, les généraux chaldéens chassaient les bouches inutiles — l'antiquité était barbare aux heures de péril national, — et, restés seuls avec la garnison, trouvaient dans la culture des terres et dans les approvisionnements arrachés aux expulsés, des vivres assez abondants pour narguer la famine, quelle que fût la durée du blocus.
Le ravitaillement indéfini de sa capitale étant ainsi résolu, Nabuchodonosor donna aux remparts des dimensions inexpugnables et caressa le projet de créer au centre de la monarchie un asile inviolable contre lequel viendraient se briser les adversaires les plus opiniâtres. Il avait compté sans la ruse, la trahison, les négligences des chefs et des soldats, aveuglés par la force des murailles, gênés par l'immensité des ouvrages.
Cyrus, Darius, Xerxès s'emparèrent de la cité d'Ilou et montrèrent la vanité des espérances de ses défenseurs.
Il ne reste rien ou presque rien des remparts de Babylone. Les rois de Perse démantelèrent la place ' pour n'avoir pas à en recommencer périodiquement le siège ; les siècles et les Arabes ont achevé l'œuvre des Achéménides.
Hérodote et, à plus forte raison, les généraux d'Alexandre, dont Strabon, Quinte- Curce, Diodore de Sicile furent les échos lointains, ne virent pas l'enceinte de Nabuchodonosor dans son intégrité. Officiers et historiens jugèrent de sa masse à la masse énorme des débris, mesurèrent peut-être la largeur de la muraille et son développement, mais durent s'en rapporter aux souvenirs plus ou moins légendaires, plus ou moins diffus des habitants quand ils voulurent parler de la hauteur.
On conçoit combien il était difficile de prendre un parti dans une cause aussi mal instruite.
La ville était-elle entourée d'une ou de deux enceintes? Telle est la première question à résoudre.
Dès l'époque d'Achchourakhêiddin (Asarhaddon), les inscriptions parlent de deux murs dont les noms : « Imgur-Bel » et « Nivitti-Bel » reviennent sans cesse dans les textes de Nabuchodonosor'.