‹ L'Acropole de SuseChapitre 125 sur 171 · ENCEINTES COMBINEES · texte numérisé non relu

ENCEINTES COMBINEES

Dès une très haute antiquité les Assyriens se prémunirent contre ce très grave défaut en groupant les deux enceintes dans un espace restreint et en donnant aux murailles un commandement considérable sur les avant-murs (fig. 56, 58, 63, 68, 82, 90, 92,93, 118, 125, 131, 132).

Ainsi comprise, la seconde enceinte présentait d'immenses avantages.

Avant l'assaut elle aidait à la défense éloignée et permettait d'accabler l'ennemi sous une masse double de projectiles. Quand les tours de l'avant-mur s'écroulaient et que la courtine minée s'abîmait dans le fossé, elle permettait à la garnison de lutter sans péril contre les colonnes d'assaut, et de limiter l'occupation du chemin de ronde en empêchant l'ennemi de circuler sur les secteurs non conquis.

Le siège recommençait, mais dans des conditions bien plus périlleuses parce que l'assaillant, en prise à des attaques de face et de flanc, devait se mouvoir sur un terrain très étroit, défoncé par les mines, encombré par la chute des murailles.

Il était déjà difficile de conduire le bélier au contact de l'avant-mur, combien plus devant la seconde enceinte à travers et au-dessus des ruines. Et quand le beffroi avait gravi la brèche, une prise d'eau noyait les approches, une contre-mine préparée à loisir engloutissait l'engin et ses défenseurs '.

Toute l'antiquité était si bien pénétrée de ces deux principes — cohésion et gradation croissante de défenses — que depuis Ecbatane% Sardes', Kadech (fig. 118) et les villes d'Assyrie jusqu'à Carthage* et Byzance (fig. 95), les ingénieurs s'appliquèrent, quand ils eurent à construire des enceintes multiples, à trouver dans les unes la sauvegarde des autres.

Les généraux de Nabuchodonosor, pas plus que leurs prédécesseurs et leurs successeurs, n'eussent émietté des défenses sur une zone large de cinq kilomètres. Ils posèrent Nivitti-Bel sur Imgur-Bel, suivant en cela l'exemple des Assyriens et des Élamites.

Imgur-Bel, immense soubassement crénelé, est la cuirasse de la ville dont parle Hérodote ^ le Trpoxsi/iojAa des poliorcé tiques grecs.

Nivitti-Bel est Yanne^ le renfort, pour employer les expressions des scribes assyriens, qui sert à la défense d'Imgur-Bel au moment décisif de l'assaut.

Les fouilles de l'Acropole de Suse confirment pleinement cette explication et lui ôtent tout caractère conjectural. Fossé immense, avant-mur, chemin de ronde, et casernes casematées, muraille, donjon s'étagent autour des palais susiens en

1. C'était un usage constant de noyer le turiain que devait parcourir l'hélépole (Vitruvo, 1. X, i6), ou, faute d'eau, de le miner ou de le couvrir de grosses pierres (Végèce, IV, 20. ;Enéas, Défcn. ilcs pL, § XXXII, 4. Cf. Pliilon, 1. m, g .39, et 1. IV, § 43).

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