‹ L'Acropole de SuseChapitre 133 sur 171 · I. Appien, VIII · texte numérisé non relu

I. Appien, VIII

FîESTITliTION DES ENCEINTES DR CONSTANTINOPLE. 197

avant-murs susiens, sont également reproduites sur les bas-reliefs et signalées par de nombreux étages de meurtrières (fig. 59 et 124).

Les abris voûtés présentaient un double avantage :

1° Leur élévation au-dessus du sol les mettant à l'abri des atteintes des hélépoles et des béliers, on pouvait, sans danger de ruine, ouvrir à hauteur d'appui de larges meurtrières et, au niveau du sol, des archères très plongeantes, afin d'obtenir pour les défenseurs un tir presque vertical. Les ingénieurs arrivaient ainsi à battre le terrain compris entre le pied du mur et la portée maximum des armes de jet et par conséquent à supprimer les derniers angles morts que le tracé n'aurait pas détruits. Les archères ne sont pas représentées sur les bas-reliefs assyriens, parce que leurs dimensions étaient trop réduites — il en est d'ailleurs de même des meurtrières qui refendaient les merlons reproduites sur les grandes frises susiennes, — mais leur existence est rendue manifeste par l'encorbellement de l'étage supérieur, encorbellement nuisible et inexplicable s'il n'était pas utile à la défense '.

2° Chaque étage de casemates exhaussait de 3 à 4 mètres les tours et les remparts sans charger les fondations ni compromettre la solidité des ouvrages. Le dernier portait une terrasse où prenaient place, outre les archers et les frondeurs, les soldats préposés à la manoeuvre des quartiers de rocs et des torches dirigés contre les machines des assaillants.

Malgré les immenses avantages des abris voûtés, il eût été imprudent de livrer aux ennemis maîtres des enceintes inférieures des abris contre les projectiles des retranchements supérieurs. Aussi bien Assyriens et Élamites substituèrent-ils, dans bien des cas, des hourds mobiles aux mâchicoulis. Les hourds composés de rondaches d'osier et d'une légère charpente placée en surplomb devant les créneaux sont figurés sur les bas-reliefs. Il en sera parlé plus longuement à propos des parapets susiens (p. 209).

Les enceintes décrites jusqu'ici enveloppaient les villes et les palais. Outre les grandes places de guerre, les Assyriens construisaient des forts habités seulement

I. Voir p. 214 et suiv. Philon (1. I, § 38) et l'Anonyme de Byzance {Stratégiques, I. XII, § 3) recommandent de bâtir )es créneaux sur trois assises en encorbellement; ce dernier emploie même le mot uitoEXEçapi, que l'on peut traduire par mâchicoulis. Les bas-reliefs assyriens, les peintures susiennes, égyptiennes, et celles d'Herculanum, les médailles tyriennes, quelques vieux châteaux du moyen âge, reproduisent ou présentent des dispositions identiques. VioUet-Le-Duc (Dict. arrh., llounn et Mâchicoulis) a pu constater qu'à ces encorbellements correspondaient des mâchicoulis, lien était certainement de même dans l'antiquité. Tel est l'avis du général Cosseronde Yiilenoisy {Essai Idstonque sur la fortification) et du commandant du génie De Rochas {Polior ce tique des Grecs, p. 51, note 1), bons juges en la matière. D'ailleurs Philon (l. c.) dit expressément" que l'on fait surplomber les créneaux pour mieux frapper les ennemis qui s'approchent des murs ». Comment les eùt-on mieux frappés si les créneaux n'eussent été percés de meurtrières ti;ès plongeantes prises dans les encorbellements"? S'il n'en eût été ainsi, la saillie des créneaux aurait au contraire caché le pied de la muraille, compliqué la construction, rompu l'équilibre et eût été de tous points nuisible. Enfin il est bien prouvé aujourd'hui (p. 209 et fig. 58, 59, 66, 72, 110, 111 et 112) que les Égyptiens et les Assyriens connaissaient les hourds. Or les mâchicoulis ne sont que des hourds maçonnés.

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par la garnison. N'ayant plus à tenir compte des exigences du souverain ou des convenances de la population civile, ils se préoccupaient alors des seuls intérêts de la défense.

Ces ouvrages (fig. 55, 82, 90, 1 1 4, 1 18, 124, 125), établis sur plan circulaire, présentaient, de ce seul fait, des avantages considérables. La suppression des secteurs privés de flèches, Tuniforniité absolue du profil et du tracé les rendaient d'un abord d'autant plus difficile que le point d'attaque était plus indéterminé. La forteresse proprement dite reposait sur un demi-tore protégé par des obstacles excavés. De telle sorte que le profil comprenait un ou deux fossés dont l'escarpe était couronnée d'un parapet, une fausse-braie, un soubassement convexe, un avant-mur surmonté d'une ou deux murailles semblables à celles déjà décrites. Les bas-reliefs assyriens et égyptiens consacrés à la représentation des forts circulaires usités depuis Suse jusqu'à Kadech (fig. 118) suffisent à reconstituer les grandes lignes de ces ouvrages.

La double enceinte assyrienne puisait dans le tracé circulaire et surtout dans le soubassement convexe un surcroît de force et de résistance.

Que pouvaient la mine et la sape contre des montagnes de terre? Comment accrocher des mineurs, faire avancer des tortues, des béliers ou des tours sous les projectiles lancés par les archers, et lutter contre les frondeurs, les quartiers de rocs qui dévalaient en bondissant le long des talus de la forteresse ? Les hommes et les bois, indistinctement écrasés, roulaient, entraînés par les avalanches de pierre.

Il ne restait à l'assaillant que la ressource des aggers. Des chaussées convergentes, commencées en deçà du premier fossé, étaient conduites jusqu'au pied d'une courtine et des deux tours consécutives (fig. 82). Mais au prix de quels eff"orts et de quels dangers, quand une garnison aguerrie obéissait à un chef courageux et habile !

La nuit, en quelques heures, une sortie anéantissait les travaux de plusieurs semaines, culbutait les machines, ruinait les espérances des ennemis. Puis la garnison se retirait derrière ses remparts et savourait, indifférente aux projectiles qui ne la pouvaient atteindre, la confusion des assiégeants.

Les causes qui s'opposaient à la vulgarisation du profil des forts circulaires étaient pourtant nombreuses :

r On ne pouvait songer à emprisonner une ville ou un palais derrière un terrassement à peu près inaccessible, car c'eût été compromettre la forteresse que de préparer un escalier ou un chemin de char sur les flancs arrondis du tumulus.

2° Le profil normal, exhaussé de la hauteur du tore, élargi de la profondeur de la rue du rempart, acquérait une superficie trop considérable pour que son application devînt pratique dans tous les cas.

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