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LES RACES HUMAINES DE LA PERSE

Les peuples de la Perse, qui ont joué dans le monde un rôle si considérable, sont très peu connus des antliro|tologislcs. Malgré les soigneuses observations du commandant Duliousset, Klianinoir pouvait encore écrire, en terminant son mémoire sur V Ethnographie de la Perlée :

« Les points solidement acquis à la science paraissent comme des îlots dans cet océan de faits vagues et douteux. J'ai tâché de réunir dans cette partie tout ce que l'on sait de positif sur le caractère pliysique des peuples de race iranienne, et ce tableau, aussi complet qu'il m'a été possil)le de le faire, n'a d'autre mérite que d'indiquer les nombreuses lacunes que les voyageurs futurs auront à combler. »

En dépit de la modestie de l'auteur, le livre a d'autres mérites. Néanmoins il faut bien reconnaître que nos connaissances à ce sujet non seulement manquent de précision, mais qu'elles sont, de plus, encombrées d'erreurs capitales.

Je ne puis songer à résoudre entièrement le problème compliqué des races de la Perse actuelle; je me considérerai comme satisfait si les renseignements nouveaux que j'apporte peuvent, en s'ajoutant à ceux de mes devanciers, jeter quelque lumière sur ce coin obscur de l'histoire naturelle de l'iiomme.

Les parties méridionale et occidentale de la Perse ont été peu visitées par les voyageurs. Leurs observations et les idées générales qu'ils en tirent s'appliquent surtout aux habitants du nord et de l'est du plateau de l'Iran, où l'on ne rencontre que des populations très mélangées.

J'ai observé les Persans pendant dix-huit mois consécutifs : à Suse, durant deux hivers, et, dans l'été intermédiaire, sur la route de Suse à Chiraz et à Téhéran.

Malgré les difficultés considérables auxquelles on se heurte lorsciu'on veut opérer sur des musulmans, j'ai réussi à recueillir un certain nombre de mensurations, et j'ai surtout concentré mes ell'orts sur les races les moins connues : Bakhtyaris, Loris et Susiens.

Je demanderai d'abord à ne point employer le terme Iranien, qui me semble le point de départ de confusions nombreuses. Pour les uns, il signifie habitant de l'Iran, c'est-à-dire Persan, et il n'a pas en anthropologie plus de sens que n'en aurait le mot Français; il ne désigne point une race, mais plusieurs races d'hommes, qui parlent, à la vérité, une même langue ou des langues voisines et qui ont en commun un grand numbre de traditions religieuses et politiques.

Les autres opposcnl ce nom à celui de Touranien. Ce dernier a une certaine précision et représente des peuples divers, mais tous apparentés aux Mongols. Dans ce cas, Iranien désigne les Aryens de Perse, proches parents des Aryens de l'Inde et de l'Eui'ope. Il est tout aussi simple et bcaucoui) plus précis d'employer toujours cette dernière expression.

A la suite des confusions introduites par le mot Iranien, c'est le ternie Touranien seul (|ui est tombé en discrédit, sans motif. Néanmoins, pour ne pas nous arrêter à une querelle de mots, nous le remplacerons par Mongolique, auquel nous attribuerons le même sens.

Il convient de distinguer parmi les sujets persans plusieurs familles :

1° Les Aryens, représentés par les Farsis et Loris;

2' Les Mongoliques, représentés par les Turcomans et Azerbeidjanis ;

3° Les Mongolo-Aryens, représentés par les Adjémis, Tadjiks, Illiats, Arméniens ;

4° Les Mongolo-Sémites, représentés parles Bakhtyaris;

5° Les Sémites, représentés par les Arabes, Séides et quelques Juifs;

6° Les Aryano-Négroïdes, représentés par les Susiens modernes.

Quant aux Guèbres, contrairement à l'opinion générale, il n'y a pas lieu de les considérer comme les représentants purs de la race antique. Ils forment dans l'Etat un groupe très isolé par la religion, mais depuis l'invasion arabe seulement. Us appartiennent à toutes les races, surtout, à la vérité, aux Tadjiks et aux Adjerais.

Ces hommes d'oi'igines très diverses sont suffisamment localisés, comme on peut s'en convainci'e en jetant les yeux sur la carte.

Jusqu'à ce jour on a mensuré particulièrement les populations touraniennes et touranoaryennes, et c'est sur ces bases que l'on a établi le type dit Iranien.

Le commandant Duhousset* a publié en 18.")9 des mensurations précieuses pour la connaissance de l'homme de ces contrées, et comme il ne s'est pas écarté des faits observés, son livre demeure à l'abri de la critique avec la valeur qu'il a prétendu lui donner.

Khanikofif ^ réunissant les documents précédents à ceux qu'il apportait lui-même, a tenté de les interpréter plus largement et de préciser les fusions qui se sont opérées sur ce sol pendant de longs siècles.

Je ne puis, sur bien des points, adopter sa manière de voir. C'est le sort commun à toutes les théories d'être ébranlées par des faits nouveaux; les hypothèses que j'émettrai moi-même sont peut-être aussi destinées à faire place à d'autres. Néanmoins il est bon de les produire, car, actuellement, elles servent à grouper les faits, et plus tard, avant de disparaître, elles pourront servir de cadres pour les discussions nouvelles.

En s'appuyant sur l'étude du Vetididad et du poème de Ferdouzi, Khanikoff' conclut que « les fertiles vallées situées entre l'Hindo-Kouch, la chaîne de Poughman et du Kouh-i-Iîaba, de même que les plaines de Hérat, du Séistan et de Kirman ont été le théâtre de la première activité de la race iranienne. C'est un territoire où les Persans sont de vrais aborigènes et où, l)ar conséquent, on peut espérer trouver le type primitif de la race. »

Je ne sais quelle autorité il convient d'attribuer à Ferdouzi pour ces questions. J'admets volontiers que cette région fut occupée, dans les temps légendaii'es, par des tribus aryennes très pures; mais ce que je conteste, c'est que l'on puisse y retrouver aujourd'hui le type primitif de la race.

En contact avec les hordes mongoliques, en lutte constante avec elles, les peuples du nord et de l'est de la Perse n'ont pas pu conserver intacts les caractères aryens. Ils ont été pénétrés et profondément modifiés par les Turcomans, pendant la longue période qui va des temps les plus reculés au règne des derniers Sassanides. Ces Tadjiks, comme on les nomme,

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