GUERRES
ne sauraienl servir de point de départ pour une étude des iiabitanls de la Perse. C'est une race métisse ottrant les caractères des deux peuples (pii ont contribué à la former.
Au reste, les faits justifient cette manière de voir : les crânes tadjiks mesurés par M. de Ujfalvy portent bien la marque du type tiircoman'.
KbanikolTvoit ses idées confirmées par la ressemblance qui existe entre les tribus de l'est de la Perse et les Guèbres, adorateurs du feu. Ceux-ci en ellet, d'après lui, par le fait qu'ils ont conservé, à travers les révolutions, l'antique religion mazdéenne, ont dû aussi perpétuer sans mélange les traits des premiers ignicoles. Ce nouvel argument rpii consiste à prendre la religion comme caractère ethnique est. lui aussi, bien fragile.
Lorsipie, par droit de conquête, les Arabes imposèrent aux Persans une religion nouvelle, les mélanges tourano-aryens étaient déjtà en grande partie accomplis au nord et à l'est de l'empire. Il n'y avait à ce moment aucune difVérence de race, de mceurs ou de religion entre les ancêtres des Persans musulmans et ceux des Guèbres actuels. Séparés aujourd'hui par leur foi aussi sùnnuent que par de grands espaces, ils ne se mélangent plus; mais, issus des mêmes parents, n'ayant pas été modifiés ni les uns ni les autres depuis cett; épo({ue, on les retrouve aujourd'hui semblables dans la même région. C'est trop naturel pour qu'il soit permis d'en rien conclure.
Le seul apport ethni(|ue qui aurait pu s'introduire chez les mahométans de Perse et point chez les Guèbres serait l'élément sémite, dû aux Arabes vainqueurs. 11 n'en est point ainsi. Les soldats de l'islam étaient assez fanatiques et assez vaillants pour imposer leurs lois et leur Dieu : ils n'étaient pas assez nombreux pour modifier le peuple. Prati(pieinent, il est exact de dire que cette invasion n'a pas laissé de traces en dehors des familles des Séides. Le langage seul s'en est ressenti; tous les mots ayant trait à la religion ou au gouvernement sont arabes.
Les Guèbres doivent d'autant moins être considérés comme les descendants purs des Aryens, qu'ils ressemblent à leurs voisins musulmans et que, d'autre part, ils n'ont pas tous le même type. Ceux de Yezd ont, d'après Khanikolf, des caractères aryens. Ce n'est pas parce ([u'ils sont Guèbres, mais parce qu'ils habitent un pays voisin du Fars. Ceux de Téhéran ressemblent aux autres Téhéranis. Les Parsis de l'Inde, dont les ancêtres préférèrent l'exil à la conversion, se rapprochent des Farsis de Perse et diffèrent de leurs coreligionnaires du nord. Depuis leur exode ils ne se sont point mélangés aux jteuples qui les ont accueillis; ils sont tels qu'ils étaient à cette époque. Donc à la conquête arabe il n'y avait pas une race unique ; la distribution ethnique que l'on observe encore aujourd'hui existait déjà. Les Guèbres qui restèrent en Perse étaient des Tourano-Aryens ; les émigrants, partis surtout du midi du royaume, étaient Aryens.
Une précieuse observation de M. E. Chantre -nous permet de constater les mélanges qui se passèrent dans le nord, et d'en suivre les progrès. Il s'agit des Ossèthes du Caucase. Les crânes, un peu déformés par l'usage des bandelettes dans le jeune âge, ont un indice céphalique qui varie de 80 à 84. Ceux d'une nécropole datant du commencement du siècle donnent le nombre 80,30. Une autre nécropole, du moyen âge, renferme des crânes sans aucune dt'formation et qui ont pour indice 82,7rj. Enfin les plus anciens, recueillis dans une nécropole (|ui date du premier âge du fer, ont un indice de 7(j,48. 11 faut donc les rapprocher des crânes persans et afghans, dont les indices sont inférieurs à 78.
Ces différences pour une même race, dit l'auteur, montrent deux faits, « d'abord le développement de l'usage de la déformation artificielle, ensuite le mélange de cette race avec les autres peuplades du Caucase, presque toutes brachycéphales ».