‹ L'Acropole de SuseChapitre 99 sur 171 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Définition et utilité de la place forte. — Attaque et défense des places. — Mines, contre-mines. — Agger.

Tours mobiles. — Échelles. — Blocu^.

« La place forte n'est autre chose que le résultat d'un mode d'occupation permanent d'une position, et cette occupation est telle que le corps de troupe chargé du soin de la défense peut y résister sans désavantage à des forces d'un effectif supérieur au sien '. )>

Cette définition technique s'applique aux ouvrages de tous les temps.

Les places fortes d'un État tendent à plusieurs fins.

Elles défendent les routes que sont forcés de suivre les envahisseurs.

1. J'emprunte cetle définition au colonel du f^énie Hennebert, qui a lonyleuips professe le cours de fortification à l'École supérieure de yuerre et à l'École des ponts et chaussées.

UTILITÉ DE LA FOHTII ICATION. 139

Elles servent de point d'appui à Tarmée nationale.

Elles divisent les forces de l'adversaire.

Elles empêchent l'ennemi d'occuper les positions stratégiques importantes.

Dans l'antiquité elles offraient un dernier refuge aux troupes vaincues. Aujourd'hui tout corps d'armée mobile qui vient s'abriter sous les canons des forteresses est perdu sans retour.

Toute place peut s'investir et s'assiéger.

Toute place peut être prise. On dit maintenant « doit être prise ».

Malgré l'issue fatale tl'un siège» bien conduit, une forteresse aura rempli sa destinée, qui aura contraint les ennemis à conquérir pied à pied les ouvrages défensifs.

Forcer l'assaillant à gaspiller ses forces et le temps, l'arrêter à chaque pas, le condamner à franchir péniblement les étapes d'un siège, le fatiguer et l'user avant l'heure des opérations décisives, c'est ouvrir la porte aux plus heureuses chances : c'est immobiliser des troupes qui décideraient de la victoire si elles tenaient la plaine. Localiser les efforts de l'ennemi, c'est permettre à l'armée nationale de prolonger la lutte, peut-être même de violenter la fortune des armes. L'avenir est l'arme des faibles, à la guerre surtout, où l'imprévu nivelle parfois succès et revers antérieurs.

On peut mesurer aux services rendus l'importance de la fortification ; importance majeure à tous les âges de l'humanité, mais souvent décisive dans les temps antiques.

Avant l'invention des canons et surtout avant l'emploi de l'artillerie névrobalistique ouàcontrepoids, nul ne pouvait dire qui l'emporterait des deux adversaires, si la ville assiégée, munie de vivres, entourée de remparts solides, était défendue par un chef énergique et vigilant. Aux avantages communs à toute place de guerre se joignait alors la ressource qu'elles offraient aux peuples faibles , d'atermoyer indéfiniment une catastrophe fatale si la défense eût été reportée en rase campagne.

Une différence d'un autre ordre, entre les forteresses anciennes et modernes, tient à leur superficie.

De nos jours une ville, pour répondre à l'artillerie ennemie et diminuer à son profit le rapport entre les rayons des cercles assaillis et assaillants, doit étendre au maximum le périmètre de ses lignes de feu.

Quelques siècles avant .Jésus-Christ les fortifications étaient des masses inertes qui valaient par l'épaisseur et la hauteur des murs et par la multiplicité des enceintes. Au lieu de disperser les l'essources du budget sur des fronts immenses, mieux valait les consacrer à renforcer un périmètre réduit. Une place de guerre petite mais bien défendue, un château fort étaient des refuges aussi sûrs qu'une grande cité.

Moins on donnait prise à l'assiégeant, moins on lui pernictlait de inulliplier ses attaques, plus la défense gagnait en énergie.

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D'ailleurs il était bien autrement facile au commandant d'une citadelle qu'au gouverneur d'une grande ville de déjouer les surprises et les trahisons si fatales aux forteresses antiques. Le chef embrassait les ouvrages d'un regard, surveillait luimême les postes, inspectait les remparts et la garnison.

Certes il y eut dans les temps anciens des places de guerre immenses, mais Babylone et Memphis constituèrent des exceptions.

D'ailleurs, aucun exemple ne montre mieux que celui de ces villes gigantesques la vanité des enceintes trop étendues; peu de cités furent plus savamment et plus fortement défendues que la capitale de la Chaldée, et je ne crois pas que les Assyriens ou les Perses aient jamais éprouvé d'échec devant la ville d'ilou, tandis que Tyr, Sidon, Samarie, Hatra bravèrent les plus belles armées de l'Asie et île l'Europe. Mais c'est encore à la citadelle de Suse et aux forts échelonnés sur les marches de l'Elam que s'applique surtout cette remarque.

Les monarques de l'Anzan-Sousounka furent redevables aux villes frontières d'avoir pu résister à Ninive pendant plus d'un siècle (p. 76). Le Memnonium, ce chef-d'œuvre des ingénieurs de l'antiquité, s'enveloppa vierge dans son linceul de terre. Quand les rois d'Assyrie et de Macédoine y pénétrèrent, il avait été déserté par les princes, les chefs et la garnison commis à sa défense (p. 82).

« La fortification moderne se compose de deux éléments : le rouvert et \ obstacle.

« Le couvert doit être tel que le défenseur, lorsqu'il combat, fasse aisément usage de ses armes et soit le moins possible exposé aux coups de l'adversaire. 11 faut aussi que le couvert puisse abriter les troupes de réserve ainsi que ses approvisionnements.

K L'obstacle doit arrêter l'assaillant dans sa marche et l'exposer à découvert aux coups du défenseur.

« Le couvert et X obstacle seront d'ailleurs organisés de manière à résister le plus longtemps possible aux engins de destruction que l'on peut employer contre eux. »

Tels sont, formulés par les ingénieurs militaires de la lin du dix-neuvième siècle, les principes fondamentaux de la poliorcétique.

La première fortification consista en un mur d'enceinte. On le fil d'autant plus épais et d'autant plus haut que la sécurité des défenseurs dépendait de sa solidité. Il était épais pour défier le choc des machines percutantes et l'effet des sapes ou des mines ; il était haut pour déjouer les tentatives d'escalade et augmenter la pénétration et l'action destructive des projectiles lancés par la garnison assiégée.

Quand le mur était construil en briques de terre, ou extrayait les matériaux d'une chambre d'emprunt creusée devant lui.

Le fossé augmentait d'autant la hauteur du retranchement et la difficulté de l'esca-

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