‹ L'AcropoleChapitre 2 sur 7 · FE ES OR A I ETE · texte numérisé non relu

FE ES OR A I ETE

Fig. 18. Ancien moulage de la plaque VIII, frise Ouest.

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aspect d’une femme merveilleusement belle et lui ordonna d’appréter sa maison: «La maitresse d’Athénes, dit-elle, désire rester auprés de toi.»

Le sort de la ville et de la citadelle depuis la fin de l’antiquité jusqu’a la conquéte par les Turcs a été décrit par Gregorovius dans son «Histoire de la ville d’Athénes au Moyen Age». Malgré la compassion que nous éprouvons en suivant les pénibles destinées de la cité tombée dans |’indigence et presque oubliée durant des siécles, il y a un charme romantique dans les fantastiques changements que subit l’Acropole jusqu’a sa libération du joug ottoman. Le Parthénon et |’Erechthéion furent transformés en églises chrétiennes. Aprés la croisade latine de 1204, ils passérent au rite romain et les Propylées furent transformés en chateau des ducs francs. Les ducs de la Roche, des mercenaires catalans, la famille florentine des Acciaioli gouvernérent successivement la ville. Une branche des Médicis habita également Athénes et devint grecque. Le Moyen Age et |’antiquité se retrouvaient dans un étrange cote 4 cOte, quand, devant le Parthénon, se déroulaient les tournois de chevalerie dont témoignent des dessins gravés sur les fits de ses colonnes.

Un vestige de l’époque franque, la haute tour érigée a coté des Propylées, resta debout jusqu’aux années 1870. C’était un symbole du Moyen Age qui donne son cachet a toutes les images anciennes de l’Acropole. Cette tour qui, forte et solide, s’élevait au milieu du front de la citadelle devint le point central d’aprés lequel se réglérent toutes les autres batisses. I] est étonnant de voir avec quel sentiment infaillible les constructeurs de cette tour donnérent a |’Acropole le caractére d’un chateau du Moyen Age. II est facheux que sa destruction ait effacé une époque captivante, mais ce sacrifice était nécessaire pour faire renaitre ]’Acropole classique. Sur les images de ]’époque, cette tour continue a nous rendre intelligible, par contraste, l’esprit de l’antiquité.

Aprés la conquéte turque de 1458 le commandant de la citadelle s’installa dans le palais ducal, l’Erechthéion devint un harem et le Parthénon une mosquée. A ses cétés s’éleva un svelte minaret. L’admirable construction des édifices de marbre tint bon contre tous ces changements jusqu’au moment ou, au 17éme siécle, de terribles catastrophes leur portérent des coups douloureux. En 1645 la foudre tomba sur1’Erechthéion transformé en poudriére. Lorsqu’en 1687 les Vénitiens commandeés

par le comte Kénigsmarck assiégeaient |’Acropole, les Turcs mirent a l’abri au Parthénon les person-

‘ nages de qualité et y transportérent leur provision de poudre, dans l’espoir que les chrétiens épargne-

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raient cet édifice. «Mais un lieutenant lunebourgeois, est-il dit dans le rapport d’un régiment de Hesse, se laissa porter a jeter des bombes contre le temple.» Par l’explosion qui amena la reddition de la citadelle, le milieu du Parthénon, le toit entier et une partie des sculptures des frontons furent détruits. Plus tard, les Turcs batirent dans les ruines du temple une petite mosquée. Des maisons

et des rues recouvraient le reste de |’Acrople comme jadis, avant les Guerres médiques.

En 1833 les Turcs évacuérent l’Acropole. Un an plus tard, Schinkel était chargé de composer le plan d’un chateau royal pour la citadelle. L’Acropole classiciste resta heureusement a l’état de projet. Mais elle aussi, tout comme le chateau du Moyen Age, offre un pendant instructif a la forme classique. Schinkel ne voulait pas toucher aux édifices antiques. Il transféra les habitations du

chateau dans la partie Est, plus basse, et les prévit si peu élevées que le Parthénon devait les domi-

ner. Mais il amenait le temple a l’axe du logis et l’entourait d’une place symétrique. Finalement

il chercha a mettre tous les édifices en rapport organique par leurs axes et fit entrer dans son plan des groupes d’arbres et des jardins. Schinkel ne se doutait pas qu’avec cette composition romanobaroque il aurait détruit le caractére des édifices classiques dont chacun se dresse, isolé, sans rapport avec l’entourage.

Apres le départ des Turcs la forteresse fut déclassée et la citadelle remise aux archéologues. Ceux-ci ont rempli depuis une double tache, celle de l’étudier et celle d’en faire a nouveau un sanctuaire. Les vestiges des usages postérieurs et profanes furent éloignés. Des fouilles ont fait connaitre l’histoire de la citadelle et ’Acropole archaique. Peu aprés la libération un savant allemand fit reconstruire le temple d’Athéna Niké en se servant des morceaux qui étaient encastrés dans un bastion turc. De nos jours les doctes conservateurs grecs de ce patrimoine européen ont continué l’ceuvre de réédification avec un zéle scrupuleux et un tact incomparable. Ils n’ont rien complété délibérément, mais se sont bornés a remettre autant qu’il était possible les vieilles pierres qui jonchaient le sol autour des batiments a la place qui leur revenait avec certitude. Rien n’a été remplacé, comme dans beaucoup d’édifices du Moyen Age, mais l’ancien a pu étre relevé; seules quelques parties tout a fait insignifiantes furent complétées. De cette fagon |’Erechthéion retrouva forme et aspect primitifs a la suite de la réédification de ses murailles, l’entablement et une partie du fronton furent rendus a la fagade Ouest des Propylées, tandis que sous le portique occidental se dresse a nouveau une svelte colonne ionique supportant le plafonnage a caissons. Enfin derniérement ont été relevées, a la suite d’un patient travail, les colonnes effondrées du cété Nord du Parthénon et la péristasis est maintenant rétablie en sa beauté premiére.

De nos jours les batiments s’élévent solitaires, le riche péle-méle des monuments qu’ils commandaient a disparu, et la vie qui les entourait est éteinte.

Mais la lumiére joyeuse du ciel attique bannit la nostalgie du passé.

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