DE L'ACTION INDIVIDUELLE A L'ACTION SOCIALE
Génération, fécondation et reproduction des actions humaines.
L'action ne se restreint pas dans l’enceinte de la vie individuelle. Point de cause efficiente en nous qui n’aille à une cause finale et ne soit un aveu implicite d'insuffisance et une demande de secours. Après qu’elle à emprunté au milieu universel de quoi se produire, elle ne se cantonne pas en elle-même : issue de la nature, il semble qu’elle doive retourner à la nature et en recevoir son complément nécessaire. Si au principe de notre activité propre est apparu une sorte d’égoïsme spontané, voici qu’au cours de sa croissance personnelle se révèle un besoin d’expansion, un désintéressement nécessaire, un don de nous-mêmes qui appelle un don réciproque et une intervention étrangère. Nous sommes forcés de donner, parce que forcément nous avons à recevoir. À mesure que l'individu s'adapte davantage à son milieu, il s'enrichit; c’est la vérité qu’enferme la doctrine utilitaire : une vue clairvoyante de son intérêt véritable, un sens exact de l’infinie et universelle collaboration empêche l’homme d’être étroitement égoiste et l’amène à se déprendre de soi.
Ainsi nulle résolution ne peut se réaliser dans l'intimité de la personne sans intéresser le monde environnant, sans y chercher un concours, sans y provoquer une action correspondante. C'est cet entre-croisement ou cette fédération des actes qu'il importe d’examiner à présent, avant d'atteindre à la société et à l’union des agents eux-mêmes. On va donc voir comment la volonté, par la médiation de la vie individuelle, organise au dehors un monde