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LA NÉCESSITÉ DE SORTIR DE L'INDIVIDUALITÉ

apparente abdication; elle tend à des fins impersonnelles et inconscientes. Pour agir, il faut en quelque facon s’aliéner à d’autres, se livrer à des forces que nous ne dominerons plus. À peine paraissions-nous, au sortir de lentes formations, nous élever à la réflexion et la liberté que nous voici ressaisis dans un engrenage capable, ce semble, d’émietter l’individualité naissante : déterminisme peu remarqué, que celui qui reprend les actes à l’instant où ils surgissent pour les entrainer loin de nos prévisions et de nos intentions, mais dont pourtant ont eu un vif sentiment les grands hommes d’action, presque tous persuadés que le souffle de la fatalité passait en eux et emportait leur destinée.

Ainsi notre vie, c’est le concours de tout le reste; notre personne, c’est notre expansion et notre dévouement à tous; notre action, c’est la collaboration de l’univers et le triomphe de l’impersonnalité. Est-ce qu’en s’aliénant ainsi la volonté se prépare à s'enrichir; et cet implacable déterminisme est-il encore la voie de l’affranchissement et de la conquête?

Parcourir le chemin qui va d’une conscience à une autre conscience; suivre le progrès de l’action depuis l’enceinte de l'individu jusqu’au point où la volonté qui anime toujours ce mouvement d’expansion attend ct réclame intime concours d’autrui; transporter le centre d’équilibre de l'activité humaine au delà de la synergie individuelle, dans une communauté réelle de vie et d’action, tel est mon dessein actuel. — D'abord, en se répandant dans le milieu ambiant, l’opération volontaire y constitue un phénomène expressif et y poursuit une fin, — Dans cette cause finale elle-même, nous cherchons une réponse efficiènte et une coopération : la volonté essaye done de se soumettre et de s’assimiler l’univers extérieur, comme elle avait déjà tenté de conquérir et de pénétrer l'organisme. — Par cette collaboration même, la volonté initiale s'enrichit et se répand : considérée comme une synthèse d'énergies concourantes et comme une créature féconde à son tour, action deviendra ainsi le ciment d’une fédération sociale. — Non qu'il s'agisse déjà des œuvres nées de l’union intime des volontés et issues des vies fondues ensemble; il s’agit des œuvres qui font naître cette union et qui permeltent une plus étroite coopération. Comment en venons-nous à atleindre et à vouloir d’autres nous-mêmes? C’est donc l’entre-deux des consciences et des actions humaines qu’il faut maintenant étudier.

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