L'EXPRESSION NÉCESSAIRE DE L'ACTION
caractère original pour les envisager à un point de vue qui ne soit ni physique, ni métaphysique. C’est de la génération sensible de l'action, non du phénomène qu’il s’agit. Avant toute réflexion et toute fin délibérément poursuivie, il y a une expression immédiate et totale de l'opération actuelle, une action de l’action, qui en est comme le signe primaire ou la trace spontanée. Elle en constitue la production initiale et la première œuvre, origine et moyen de toutes les autres.
C'est un fait : nous marquons perpétuellement notre empreinte dans le milieu où nous vivons. Toute impression sur notre machine provoque un état de réaction systématique dans les organes. Nous sommes comme un appareil vibrant qui résonne au moindre choc, à tout vent qui passe. Mais ce n’est pas un simple appareil enregistreur. Le courant de force qui nous traverse n’en ressort que modifié et organisé : c’est de cette transformation interne qu'il y a conscience plus ou moins claire; c’est cette organisation nouvelle et ce système de mouvements qui constitue le fait apparent de l’action. Aussi n'est-ce plus des mouvements:mêmes, mais de leur coordination et de leur sens qu'il importe à présent de faire l’étude.
Et qu’on ne regarde pas seulement aux signes les nee apparents du langage d’action, ni à l’expression spontanée ou intentionnelle des émotions et des pensées : c’est d’une vérité plus générale, plus précise et plus profonde qu'il s’agit. Point d'état mental qui n'ait sa trace déterminée. Les Grecs distinguaient mpärreiv et rouiv selon que l’acte faconne une matière ou conserve un caractère en apparence tout idéal. Or, même dans la forme la plus « contemplative » de l’activité, 0swsetv, il y a une matière façonnée : et cette matière qu’en pensant ou qu’en voulant nous sculptons, ce sont nos membres, et par eux le milieu où ils s’impriment. Tout acte issu de l'organisme humain est, même hors de nous, un organisine de signes et un symbole expressif de la vie subjective.
Ainsi non seulement l’homme, au sein du déterminisme universel, agit comme tous les corps bruts par sa masse; non seulement il exerce autour de lui l'influence d’une source de chaleur