‹ L'actionChapitre 106 sur 273 · L'ORGANISATION SUBJECTIVE DU SIGNE SPONTANE · texte numérisé non relu

L'ORGANISATION SUBJECTIVE DU SIGNE SPONTANE

négligeable; en aborder l’étude, n’est-ce pas entrer dans une impasse où les curieux seuls ont intérèt à s'engager”? [l va sans doute apparaitre au contraire que c’est le passage naturel et nécessaire par où le vouloir se répand dans l'univers et tend à l’absorber.

Si l’on ne considérait que le matériel du sigre qui manifeste l’action, l’on retomberait dans l’étude des phénomènes que les sciences positives soumetlent à leurs lois générales et au déterminisme mécanique. Mais ce qui fait précisément que l’action, tout en étant un fait ou un phénomène, n’est plus un phénomène comme ceux-là, c’est, en elle, la valeur expressive, c’est le sens subjectif, c’est le système organisé auquel elie doit sa physionomie toujours singulière. En se produisant au dehors, elle garde le caractere cohérent et ordonné de la synthèse individuelle dont elle est le prolongement. Dans toutes nos productions subsiste une image et comme une âme de vie intime et d'organisation subjective. C’est en ce sens profond que produire, tixteuw, c’est enfanter un être animé et détacher de soi une créature nouvelle qui continue à croître ainsi qu’un organisme séparé.

Aussi la première œuvre de l’homme c’est de se façonner comme sa propre matière, et de produire par cette opération une trace immédiate qui, à son insu d’ordinaire, organise, hors de l'enceinte individuelle, une image ou mieux une expression de l'acte, une expression qui est la marque propre de tout l'agent et comme sa signature inimitable. Ce qu’il y à d’unique et d’incomparable en chaque signe, voilà le point précis où doit porter l'effort de l'étude présente. Le singulier et le concret, c’està-dire ce qu’ignorent les sciences positives nécessairement bornées à l’abstrait et au général, tel est toujours l’objet de la science de l’action.

Un geste, par exemple, est la construction matérielle d’un sentiment dont l'infinie complexité se révèle par les détails infinis d’une structure originale. Une parole est une pensée vêtue de sons rythmés et nuancés. Une pensée même est un système de Vibrations qui, produites par le travail cérébral, offrent sans doute un type aussi distinct qu’un timbre de voix ou que Flair d’un visage. Qu'on songe au paradoxe du phonographe : il y

Page 1