LA SIGNIFICATION DES SIGNES SPONTANÉS DE L ACTION
est, au moins en germe, une invasion conquérante et une absorption de l’univers par la volonté.
De même donc que, en se répandant dans l'organisme individuel, le vouloir cherchait d'instinct à s'enrichir et à se retrouver plus achevé, de même, en pénétrant dans ce qu’on nomme le monde extérieur el en s’'épanchant dans le signe, il s'assimile de nouveaux aliments. [Il ne se dépense que pour se concentrer et pour recueillir davantage; comme si finalement l'univers entier lui devait devenir immanent et n'être plus qu’un prolongement du corps tout docile à la pensée. N'est-ce point en effet la merveille que permettent chaque jour plus parfaitement les progrès des sciences”? par elles, le monde des phénomènes est soumis à l’homme; il est pénétré par l'esprit; il est ouvert à la circulation de la vie intérieure. Devenu vraiment une dépendance de l'organisme pour transmettre ou. fixer, sans crainte du temps ou de l’espace, la parole et tous les signes de l’activité humaine, il semble se résumer dans l'unité d’une pensée qui le porte en elle et qui lui est partout présente; comme dans un système animé où la vie, malgré son indivisible unité, est partout à la fois. Tout y communique, circule, s’échange, sans qu’on ait même à connaître le comment. Et spontanément les forces de la nature semblent devenues un organe de la volonté : beauté de la civilisation scientifique ! «
Mais le signe primitif de l'opération intime, en projetant devant nous notre dessein spontané, le propose à la connaissance distincte; ilen fait pour la réflexion un objet partiel. Et comme, dans la délibération de l’acte, la fin conçue se détermine toujours sous un aspect singulier, de même, dans l’exécution, la fin voulue et réalisée a toujours un caractère déterminé et partiel. À l'origine de la réflexion et de la décision libre, c’est la disproportion des conditions élémeñtaires et des exigences de l'activité voulante et voulue qui à fait naître l'idée de la finalité : ici, ce n’est plus l’idée d’une fin, c’est la fin elle-même que la volonté opérante continue à poursuivre et commence à s'assimiler réellement en se manifestant au dehors. L'expression sensible de l’acte indique donc une tendance du vouloir vers un but ultérieur : voilà pourquoi l’action apparaît toujours comme transitive; c'est-à-dire qu’elle semble être dans un perpétuel devenir. On ne peut, sinon par abstraction, la considérer comme absolument close; car ses conséquences et ses accroissements sont virtuellement illimités dans le temps et
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