‹ L'actionChapitre 110 sur 273 · A QUOI SERVENT LES TRACES IMMÉDIATES DE L'ACTION · texte numérisé non relu

A QUOI SERVENT LES TRACES IMMÉDIATES DE L'ACTION

dans l’espace. Et chaque fin, dès qu’elle paraît atteinte, n’est déjà plus qu’un échelon pour aller au delà.

Si l'individu, en agissant, semble sortir de lui-même, c’est donc précisément parce qu’il y a en lui insuffisance, pénurie et dénivellement entre l'initiative et les résultats de son opération interne. Par cette expansion, l’agent obéit au besoin que crée le développement même de sa volonté; il cherche son achèvement et son équation. Cet exode ne prouve pas qu’il a déjà superflu et surabondance; loin de là; il témoigne que la vie individuelle ne peut se restreindre en soi, qu’un complément lui est indispensable, qu'entre ce qu’elle est et ce que nous voulons il y a un défaut d'équilibre. C’est pour cette raison que la finalité interne ne doit pas être isolée de la finalité externe; car le système de lindividualité et de l’opération organique qui la manifeste n’est pas un circuit fermé. Cette synthèse de la vie ne s’entretient qu'en se portant à un terme extérieur de déploiement et qu’en l’organisant d’après elle-même tout en s’organisant d’après lui. L’action n’est action qu’autant. qu’elle constitue un organisme, en faisant concourir à une fin unique une diversité de phénomènes. Plus cette finalité est réalisée dans le tout complexe de mañière à en être comme l’âme, plus aussi l’action est manifeste et clairé, plus l'acte est acte. C’est ainsi qu’une belle machine ou une statue sont des idées réelles, des intentions actives à leur tour : image développée de cette première production qui incarne l'acte dans le signe naturel. A

Ainsi, pour retrouver l'accord perpétuellement rompu entre le réalisé et le voulu, nous devons nous faire la cause efficiente d’une cause finale et l’attirer à nous. Comme dans notre petit monde intérieur nous avions trouvé des puissances favorables ou rebelles à notre opération, il faut donc que, dans le monde extérieur, subsistent des forces sans doute étrangères d'abord ou hostiles à nos desseins, mais des forces qui, douées d’une énergie propre, soient capables de se convertir à l’initiative de la volonté pour se soumettre à elle comme les membres dociles d’un même organisme.

Vouloir, agir, opérer, produire : ainsi sommes-nous peu à péu entraînés vers des développements peut-être imprévus, mais sûrement conformes à l'aspiration profonde du vouloir primitif. L'expression de l’acte, si imperceptible qu’elle soit à l’origine, est le germe d’une immense croissance. Ce signe primaire de la vie, qui se produit avee l’infaillible aisance d’une spontanéité incon-

Page 1