COMMENT S'EXPLIQUE LE BESOIN D'UN CONCOURS
qu’elle est déjà, elle n’est qu’un moyen; par ce qu’elie veut être, elle est la véritable cause finale. Et entre ces deux termes de son développement, se place, comme un intermédiaire qui semble d’abord une fin mais qui n’est qu'un moyen, le concours étranger, ( l’allergie ».
L'action d’autre chose, voilà donc ce qu’exige notre action personnelle, pour permettre et parfaire notre synergie expansive. Mais c'est aussi ce qui la modifie profondément, et c’est ce qui complique le problème de l'efficacité ou du succès de nos efforts. On ne produit rien, qu’on ne l'extraie en même temps de puissances souvent indociles ou traitresses. Aussi est-il ordinaire, dans l’action la mieux préparée et la plus caressée, de ressentir le dégoût, la surprise ou la colère, parce que nos résolutions sont mal exécutées, nos rêves décus, nos soins mal payés de retour. L'impénétrabilité, l'insuffisance, l’inintelligence de nos alliés trompent nos projets autant que l’hostiite d'obstacles conjurés : ils font leur ce que nous voulions nôtre. À la vue du peu que nous pouvons, en présence de cet infini lont nous avons besoin pour agir, que nous devons manier à tâtons, et qui corirarie, détourne ou précipite notre infirme opération, n'est-ce point un sentiment d’effroi qui surgit en nous”? Ce que nous avons à redouter, c’est en même temps l'impuissance de l’effort refoulé, et la fécondité imprévue d'une intervention trop secondée. Tantôt plus, tantôt moins, et jamais juste ce que nous voulions. Cest la raison pour laquelle une déception suit d'habitude toute satisfaction convoitée; dans ce qu’on souhaitait, derrière la fin apparente du désir, se dissimulait un vœu infiniment plus ample.
Aussi est-ce un dessein naturel à l’homme que d'obtenir, avec toute la précision possible et par contrainte, le concours des forces étrangères. S’effaçant pour ainsi dire lui-même, il cherche à épargner son effort, afin de leur laisser produire ce qu'il a prédéterminé rigoureusement et d’être, lui seul, la volonté de ce qui n'en a pas. Par où cette coaction est-elle possible? car ce mot, outre l’idée de contrainte qu’il évoque, doit conserver le sens de son étymologie : convergence et union d’activité. [I ne s’agit plus à présent de noter des tendances ou de considérer des projets; il s'agit de déterminer un concours effectif et une intervention de fait. Comment donc l'opération humaine réussit-elle, selon son besoin et son vœu, à employer et à soumettre, à s'assimiler et à s’incorporer ce qui semble lui être extérieur?
Nous n'agissons jamais seuls. De quelle manière notre action peut-elle provoquer et même contraindre l’action d'autre chose; et qu'est-ce que suppose cette possibilité même”? La question est délicate; car au lieu de regarder le phénomène sensible ou l'œuvre produite comme l'expression de l’agent, il faut y voir maintenant la part de l’agi. Dans ce phénomène même, ce n’est donc plus le sensible qui importe; c’est ce qui le rend sensible. Le déterminisme physique était sans doute dépassé déjà et vaincu. Mais il reste à mieux voir encore comment la production victorieuse de l’acte n’est possible que par ce qu'il y a de subjeclif hors de l’agent même.
Pour pénétrer dans le système universel des phénomèents, l’action, en se produisant, doit devenir comme l'aliment du milieu où elle parait. Afin de se faire objet et de se manifester sensiblement, notre vie subjective évoque des sujets encore étrangers à elle. Il faut donc, pour aider l'imagination du secours de l’analogie, nous replacer au point où l’on considérait les conditions élémentaires et les sources inconscientes de l’action en nous : ainsi se représentera-t-on plus aisément comment notre opération volontaire, descendue dans le domaine des faits bruts, devient à son tour l'invisible source et le stimulant nécessaire d’autres énergies et d'actions parties d’ailleurs que de nous. Nous rentrons dans le déterminisme de la nature pour le solliciter à notre gré et l’orienter vers nos fins. Nous le sollicitons comme il nous sollicite.
Aussi, pour agir et pour réussir en quoi que ce soit, faut-il savoir s’y prendre. Qu'on ait à travailler le granit et la glaise ou à manier les honimes, toujours même besoin d’un tact instinetif ou d’une suggestion inapercue. En se répandant dans le dynamisme ambiant, l’action y porte, par le mécanisme du signe, une intention ct une idée. Elle conserve, enfermés dans le symbole expressif qu'elle vient grâce à la contrainte du déterminisme proposer et même imposer au système total, un sens et une physionomie individuelle; c’est une virtualité subjective capable d'organiser d'autres spontanéités et de les faire servir à ses desseins. Ainsi se découvre de mieux en mieux la finalité et l'efficacité de celte première œuvre produite qui est l'expression immé-
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