COMMENT PEUT-ON SUSCITER UN CONCOURS ETRANGER
diate de l'opération même : elle devient l'instrument du règne croissant de la volonté. Là même où il semble que nous violentons la matière brute, notre intervention n’est encore qu’un signe, en ce sens que nous faisons appel à une réaction et que nous escomptons une aide.
Ainsi donc, confrontée avec la cause efficiente qui lui apporte par le véhicule du phénomène sensible et sous forme d’aliment subjectif une intention et comme une $uggestion déterminante, le terme de déploiement de la volonté fournit les moyens, et, avec plus ou moins de spontanéité, de résistance ou d'intelligence, il devient, pour sa part, cause efficiente de la fin commune qu'il n’eût sans doute pas obtenue tout seul et que pourtant il recélait en soi. Toute œuvre faite suppose deux causes efficientes qui se correspondent et se complètent : l’une et l'autre sont mutuellement la condition nécessaire de leur succès commun. Et l’âme de cette coaction, c’est une intention initiale, une volonté qui se propose, non pas seulement l'objet où elle tendait d’abord, ni même le concours de cette fin objective, mais une communauté d’action et d'effet. On ne domine les phénomènes qu'en se servant d’eux comme de signes pour remonter à ce qui les détermine et les produit; c’est-à-dire que nous aussi nous leur servons de signes, afin de stimuler les forces dont ils procèdent.
L'opération mécanique qui s'accomplit dans ce monde des phénomènes en se guidant d’après les apparences sensibles, implique donc une action plus cachée et plus efficace, la confrontation des aptitudes dynamiques, l'épreuve ou le calcul des affinités profondes, tout ce que les métaphysiciens avaient prématurément nommé la communication des substances. L'efficacité de l’acte dans le monde des phénomènes repose, en dernière analyse, sur un Concours de spontanéités perçues à travers leurs sÿmboles naturels. Quand l'ingénieur, à l’aide du calcul, détermine la résistance des inatériaux qu’il emploie; quand le physicien fixe par ses expérimentations la conductibilité d’un corps; quand le praticien applique à ses constructions les connaissances empiriques qui lui permettent de faire du bon ouvrage, tous, à leur insu sans doute, essaient de pénétrer le quid propraum et, si lon peut dire, la nature subjective et active des éléments bruts dont ils attendent une conforinité au but proposé.
En toute vérité nous ne faisons rien, même dans larrangement des matériaux; nous faisons faire par d’autres ce que la pensée a
conçu et la résolution décidé. Et de même que, dans la vie individuelle, c’est le concours d’énergies subalternes qui opère en nous sous la médiation de l'intention initiale, de même, hors de nous, le rôle de la volonté, c’est moins d'agir que de susciter et d'orienter, en les assimilant à l’acte, les puissances extérieures. Jusque dans les cas où la provocation de l’auteur qui a l'initiative de l’œuvre paraît nécessitante, il n’agit pas sans faire agir : du dehors il réunit les conditions; du dedans seulement répond la cause déterminante et opérante. Comme le remarquait déjà Bacon, nous nous bornons à mettre en présence les forces naturelles : natura intus cetera transigit. Et même pour les mettre en présence, il faut déjà qu’un signe ait été éveiller en elles une énergie endormie et stérile: qui se prête à ses sollicitations. Tout n'est donc pas absurde dans les prétentions de la magie ou de l’occultisme : il y a une incantation naturelle, qui, encore qu'inefficace dans les conditions normales, peut devenir le principe de merveilleuses ou miraculeuses opérations.
Sans doute il semble étrange de dire que, pour agir sur une pierre, il faille par une sorte de suggestion, s'adresser à des énergies virtuelles qui sommeillent en elle. Mais il semble étrange aussi que dans l’hyperesthésie somnambulique, l’hypnotisé perçoive, sans se rendre compte des intermédiaires, les signes les plus imperceptibles et les états même inconscients de son magnétiseur. Ce qui est produit obscurément par une activité intelligente ne peut-il être aussi obscurément reçu et interprété? Tel est bien le mécanisme ordinaire de l'interprétation des signes même les plus distincts. L’harmonie interne d’un symbole expressif et vivant jusqu’en ses plus infinies parties n'est jamais sentie qu’en gros; et c’est le caractère arbitraire de l'expression qui finit par prévaloir. Mais si la convention artificielle éclipse, elle ne supprime pas cette histologie expressive du signe naturel. Il subsiste un langage inconscient qui parle à des sens inconstients; et, comme tout autre langage, il peut être appris et perfectionné par l'usage. Ainsi le magnétiseur prend de mieux en mieux possession de son sujet et se fait plus nettement comprendre à mesure qu'il lui parle plus souvent en son mystérieux idiome. Ce qu’on a nomimé la lecture de la pensée n'est peut-être que la perception délicate et l’interprélalion secrète de ces traces imperceptibles, sèw2x. Ainsi encore conçoit-on au moins la possibilité d'expliquer la bizarrerie des sympathies ou des antipathies instinctives, et l'étrangeté de