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L'ACTION IMPLIQUE UN DYNAMISME EXTERNE

ces communications télépathiques dont quelques psychologues s'occupent aujourd’hui à recueïllir le témoignage. Il semble qu’à notre insu nous vivions dans un perpétuel entrecroisement d’impalpables influences.

Si dans l'hygiène de l’organisme animal l’on est amené à tenir un grand compte des infiniment petits, il est sans doute nécessaire également, dans le détail inconscient des opérations mentales, d'attribuer un rôle à tous ces imperceptibles. Ce sont comime des semences qui, cachées sous la lettre morte du phénomène matériel, n’attendent qu’un terrain propice pour germer au sein d’une spontanéité capable de les nourrir. Partout où il y a ébauche d’une vie subjective, c’est-à-dire partout, il est donc possible d'opérer. Nous n’intervenons dans le déterminisme des phénomènes qu’à cette double condition : c’est que nous tirions notre acte propre d’une puissance qui le dépasse; et c’est que nous empruntions notre action utile à une force qui est au delà de ce déterminisme et derrière les phénomènes produits.

Aussi, à vrai dire, n’est-cé jamais sur les phénomènes directement perçus que nous fondons notre science et notre empire. Que suppose en effet le besoin qu’a l’homme d'action des leçons de l'expérience; que suppose linvestigation scientifique; que suppose la puissance de la science sur la nature”? tout cela implique que, pour agir efficacement, il faut découvrir et convertir à nos fins ce qui, dans les phénomènes perçus, en est l’invisible phénomène subjectif et l'iction propre. Et voilà comment, après la subjectivité interne et la subjectivité organique, la subjectivité externe devient, elle aussi, vérité de science.

Entre la question des rapports des phénomènes les uns avec les autres et le problème encore réservé et peut-être chimérique de la communication des substances, il y a donc place pour l’étude de relations qui ne sont ni physiques ni métaphysiques, mais psychologiques. Quoi qu’il semble, ce n’est pas sur les faits positifs, pris comme la seule réalité, que nous agissons; pour opérer en eux, il faut atteindre, à travers les signes qu'ils sont, les forces obscures capables de les produire. C’est à des causes que nous nous adressons par le truchement des phénomènes. Les faits expérimentés ne sont pour ainsi dire que l’écho des résonances profondes, où, en tâtonnant, nous nous efforçons de toucher juste sans y voir. Il y a bien des choses, et quelques-unes des principales, où un manant sait autant et plus de philosophie qu’Aristote.

Cest ici encore qu'apparaît la soudure des méthodes expérimentale et mathématique. Quel est l’objet du calcul infinitésimal et comment expliquer l’adaptation paradoxale et réciproque des nombres à l’observation et de l’expérience au calcul? Le calcul infinitésimal suppose précisément une virtualité vivante et infinie dars la nature; il suppose, en face de notre pensée, d’autres énergies, d’autres sujets, des monades, un dynamisme sous le mécanisme apparent. Cest pour cela justement qu’il s’applique aux apparences et qu'il permet de les gouverner. Agir, c’est pénétrer par tact et par divination dans l'intimité fermée d’autres : sujets et les intéresser à soi. Calculer, c’est représenter symboliquement cette infinitude de la vie et ces relations des forces concourantes. Voilà pourquoi le calcul, on l’a montré, supposait l’action, et pourquoi l’action est apparue comme la médiatrice naturelle entre les nombres et l'expérience ‘.

Ainsi enfin s'explique mieux comment les sciences positives | répondent à une secrète inspiration de la volonté. Car ce désir encore extérieur et pour ainsi artificiel de connaître qui était apparu déjà comme une raison solide du savoir humain se fonde, on le voit, sur un besoin plus profond : l’action, intéressant hors d’elle d’autres agents, cherche, pour être efficace, à pénétrer par. un double travail d'approche, « priori, a posteriori, l'univers invi- .Sible d’où procèdent les faits qu’elle prétend susciter. Et de même que, pour gouverner nos membres et nos désirs, nous réglions les démarches brutes afin de prendre comme entre deux feux (entre la volonté supérieure et l’obéissance passive des actes matériels) les rebelles du dedans, ici encore, par une tactique analogue, nous usons de la connaissance empirique et de la déduction mathématique comme d’un étau, pour contraindre à notre service les insaisissables forces de la nature.

C'est donc l’action qui constitue le domaine de ces sciences positives : car, de part et d'autre, elles ont pour objet d'étudier le contenu de l’opération, le concours de notre connaissance avec les conditions internes des phénomènes, la coaction dans le déterminisme universel. Aussi n’ont-elles paru se relier entre elles que dans l’action. C'est pour cela encore qu'elles sont voulues

4. Non qu'il s'agisse d’affirmer la réalité substantielle de ces sujets étran-

gers à l'agent, non plus que celle de l'agent mème. Il s’agit simplement de

| déterminer les mutuelles relations de l’ordre subjectif et de l’ordre objectif. | ou d'adapter entre eux tous les aspects du phénomène universel.

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