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CAUSALITÉ ET FINALITÉ

comme un moyen d'éclairer et de développer l’intervention réfléchie de l’homme, d'augmenter sa puissance et d'étendre son empire. En étudiant la plus lointaine nébuleuse, ou en scrutant l'organisme d’un insecte, le savant, pour qui sait comprendre, collabore à la solution du problème de la destinée humaine.

Toute question rentre dans cette question. Au fond, les sciences ;

analysent les procédés du vouloir et contribuent à servir ses intentions; leur vraie raison d’être, c’est d’assimiler à la volonté d’autres énergies et d'ajouter à la vie individuelle quelque chose de la vie universelle.

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En se produisant, l’action se transforme. Mais cette transtormation même est ce qu’on cherchait en agissant. L'agent se met dans ce qu'il fait; et ce qu’il fait le façonne. Le centre d'équilibre de la vie individuelle se déplace donc et se transporte dans l’œuvre à laquelle la volonté se consacre. Evepyeix 6 mouñouç To Épyov Sort müx.

Cest à ce point de vue qu'il convient de se placer pour com-

prendre, en même temps que la notion de causalité, le rapport de la finalité externe avec la finalité interne. Toute cause, pour être efficace, suppose une synthèse effective. Comment diverses parties d'un même système organique peuvent-elles coopérer de manière à devenir mutuellement moyen et fin, sinon parce que l’une, cause efficiente, trouve dans l’autre, cause finale, une spontanéité complice de la sienne sous la dépendance d’une même idée directrice? Il en est de même pour les forces qu’on nomme extérieures les unes aux autres, mais qui en réalité font partie d’un même complexus où tout est solidaire et où l'adaptation est partout possible, partout perfectible.

Ainsi le lien causal résulte à la fois d’une disposition subjective et d’une association empirique. Son originalité, c’est d’être à la

- fois analytique a priori et synthétique a posteriori; car dans l'effet produit, chacun des sujets qui y contribuent est un agent principal. L'intention idéale semble tout entière tirée de l’initiateur; la réponse paraît venir tout entière du collaborateur; mais, en fait, il Y a réciprocité de la forme et de la matière, et dans l’œuvre il v a une double opération symétrique : chacua croit tout faire.

D’intention, le résultat appartient tout à chacun, quoiqu'il ne soit

jamais seulement ce que chacun y apporte. Sans doute l’effet n’est rattaché à ses causes que par une relation synthétique (d’où l’impossibilité d’ériger en vérité absolue le déterminisme de la nature). Mais l'effet n’est pas seulement un phénomène juxtaposé à la suite de son antécédent, il suppose l'intervention d’une seconde cause, subjective elle aussi, et naturée si l’on peut dire (d’où l’impossibilité de voir dans la causalité une connexion purement arbitraire). Entre l'agent et ses coopérateurs il s'établit une relation analogue à la finalité qui associe les membres d’un même organisme. Aussi la volonté devient-elle comme l’âme du déterminisme qu'elle fait servir à ses fins. L'homme est vraiment « toute nature », le lien universel.

Puisque l’œuvre opérée est toujours une synthèse différente de l’œuvre projetée, rien ne saurait remplacer l'expérience effective. Et, pour ce qui touche à la science de la pratique, c’est beaucoup de prouver ainsi l’irrémédiable impuissance de la pure spéculation. Dans l’étude, par exemple, des fonctions économiques et sociales, c’est s’exposer inévitablement à l'erreur que de considérer l'expansion de l’activité humaine et d’en construire les conséquences sans envisager directement le mouvement de retour et les réactions naturelles. Qui donne reçoit. Mais le reçu, le donné sert de guide au donnant. Dans l'esprit le plus inventif il y a toujours un fond de passivité : une découverte ne se fait point sans la rencontre d’une occasion avec une curiosité en éveil. Nous ne travaillons pas à l'aventure; dans le vague et l’indéterminé; mais l’ordre des choses dirige notre effort, soutient notre pensée, oriente notre action par d’insensibles contradictions.

Sans doute d’infinies déviations demeurent possibles; mais quelque violence qu'on puisse faire à l’ordre apparent, toujours, même dans les actes les plus déréglés, il subsiste une suite réglée dans la croissance de l’opération voulue. Abstraction faite de cette diversité indéterminable, il nous faut done continuer à étudier le développement nécessaire et l’histoire naturelle de l’œuvre opérée.

Rassemblons les résultats des précédentes analyses.

L'action individuelle s'impose au dehors, ne fût-ce que par l'expression naturelle et par le système organique de phénomènes qui en est le signe.

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