COMMENT L'ACTION CONSTITUE LA SOLIDARITÉ UNIVERSELLE
Or ce signe, qui recèle une tendance vers une fin ultérieurement voulue, ne se manifeste, ne se constitue, et à plus forte raison, n'opère son effet que si déjà il intéresse à sa production quelque chose d'étranger à la vie individuelle. Il faut qu’il soit; et, pour qu'il soit, il faut qu'il y ait coaction.
Cette coaction d’où résulte le phénomène de l'acte, si élémentaire qu'il soit, n’est possible que par une correspondance du milieu où il se déploie; la continuité mécanique des faits déterminés et solidaires implique un dynamisme externe. Nul besoin de recourir à la métaphysique pour établir la vérité de ce dynamisme. Qu'il y ait des sujets étrangers à l’agent, c’est un phénomène de même ordre que l’existence du sujet lui-même : la liaison de ces phénomènes est nécessaire; et l’on ne peut en faire la science qu’en reconnaissant ce déterminisme.
Il y a donc un double mouvement dans toute opération extérieure; le premier, par lequel le signe expressif s'impose au déterminisme environnant; le second, par lequel à travers ce signe la réaction d’où naîtra l’œuvre souhaitée, est sollicitée, exigée, obtenue.
Ainsi le phénomène de l’action suppose la convergence de deux séries de phénomènes, l’une partant de l’agent, l’autre suscitée d'autre part. Toute production exige le concours de deux acteurs; et l’acte extorqué, procédant par la médiation du signe de l'agent qui a l'initiative de l’œuvre, vient en quelque sorte se réunir au signe ou au phénomène dont il a subi la suggestion. L'opération extérieure de la volonté constitue donc une synthèse de phénomènes qui enveloppent entre eux une énergie interne, une Coopération forcée.
De cette facon se constitue le terrain commun où ont lieu les échanges inévitables et où se fixe la solidarité universelle. Il ne dépend pas de moi, par exemple, d’avoir entendu une parole; et cependant dans le son qui m’a frappé il y a une part de spontanéité, une réaction naturelle de mes sens. Ma réceptivité est active. Et c’est ainsi que les phénomènes perçus ont un double appui ou, pour ainsi dire, une double réalité, en ce qui les produit et en ce qui les subit. Ce qu'ils ont de consistance vient d’un concours de puissances, puissances isolées dans leur intimité, mais dont ils sont le nœud et le trait d'union. Si les sciences positives sont suspendues à l’action, c’est donc parce que, d’abord, l’action fournit aux phénomènes qui en sont l’objet, la cohésion et
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la solidité. Et par là, le déterminisme universel, domaine de ces sciences, rentre, avec la coaction qu’il permet, dans le développement plus large de la volonté.
Montrer comment l’action peut exercer une influence sur des agents difrérents de son auteur et solliciter leur coopération en respectant leur initiative et leur indépendance, mais toutefois en tendant à une union aussi intime que possible, tel est le dessein du prochain chapitre. — J’indique d'abord comment le résultat de la coaction, se détachant de ses causes. forme une créature distincte qui a une évolution propre et une efficacité naturelle. — Je montre comment elle ressuscite dans les consciences où elle est reçue comme aliment; comment elle y est interprétée et admise avec plus où moins de réflexion. — Je détermine ce qui, dans la coopération, revient à chacun des associés. Et toute cette recherche est dominée par la pensée que, de plus en plus, l'intention profonde de l’agent est d'obtenir une conformité réelle avec ceux qu'il atteint, une unité effective, une communaulé de pensée, de vie et d'opération. L'étude de ce prosélytisme spontané nous.amènera à comprendre le besoin d’une communion plus étroite des consciences et des volontés entre elles,