BP EE EE TC PP
semble que l’œuvre belle ait une suffisance absolue, qu’elle vive}
qu’elle soit non pas seulement le reflet d’une idée, mais une idée réelle, qu’elle ait vraiment la puissance d’être, d'agir et d'aimer. La beauté a un charme qui va bien au delà et bien au dessus de qui la sent ou de qui en est revêtu : comme dans les œuvres du génie est recélée une signification beaucoup plus ample qu’on ne le comprenait d’abord, ainsi dans la beauté réside une expression impersonnelle qu’on goûte mieux à mesure qu’on a l'âme
plus noble. C’est là un sentiment qui par sa largeur même et son ! rayonnement devient une angoisse et un mystère; comme si, dans !
ce que nous aimons, notre admiration s’attachait à un lointain et plus puissant amour, dont la beauté connue ne serait qu’un infirme symbole.
Dans toute œuvre humaine il y a donc un mysticisme naissant. À l'origine il semble qu'on ait attaché une intention superstitieuse à la représentation des figures et des ornements, comme si l’image avait une réalité par elle-même en accaparant la vie intérieure de l’objet qu’elle dépeint. On dirait qu'exprimer par des signes la pensée dont l’âme est grosse ce soit mettre au jour plus que cette pensée même, et faire un dieu. Aussi l’art est-il, comme par une vue anticipée, le résumé mythique de tout le développement futur de la volonté en quête de son parfait achèvement : dans l’œuvre sensible, dans le phénomène, il insère fictivement le réel, le vivant, l'humain, le divin; il enveloppe d’instinct et découvre par intuition l’équivalent symbolique de toutes les aspirations encore implicites du vouloir. )
Ne retenons ici de cette tendance à l'esthétique dans l’action même la plus égoïste et la plus intéressée, que cette vérité : c’est que l’œuvre achevée acquiert une indépendance relative; c’est qu'elle tombe à sa maturité comme un fruit couvert de sa fleur et plein de semences; c’est que, du moment où on y a mis une intention et une pensée, elle dépasse singulièrement la vie individuelle où elle avait pris racine.
Si l’art est la nature même de l’homme ou du moins le symbole du déploiement total de son activité, c’est donc parce que, dans la beauté qu’il exprime, il fait de l’œuvre belle une vérité détachée et impersonnelle; il tend à l’affranchir du temps et de l’espace pour qu’elle domine la diversité des goûts particuliers. En raison de cette impersonnalité même, l’œuvre d'art n’est pas plus pour Pauteur que pour le spectateur; il faut la refaire en soi-même
do
amet dont
pour la sentir et la comprendre. Aussi, dans toute action vraiment humaine, y a-t-il ce que Kant nomme « une finalité sans fin », c'est-à-dire une réalité indépendante des occasions immédiates qui en ont été le prétexte et des agents qui l'ont produite, une virtualité indéfinie. Engendrée par la puissance impersonnelle de la raison, cette œuvre est prolifique à son tour en gardant de son origine un besoin d'expansion et de propagande.
. Voilà comment, en fait et sans dépasser les relations des phénomènes entre eux, se réalisent d’elles-mêmes les formules où la Critique de la Raison pratique cherchait la pure expression du devoir. On ne peut, on ne veut pas enfermer sa vie en soi : en agissant, on agit comme pour tous et en tous. C’est la raison pour laquelle naturellement nous sommes portéstous à maximer aotre conduite. Au moment même où nous avons conscience de faire une exception en notre faveur et de nous traiter comme personnage incomparable, hors des lois communes, nous nous posons en exemple vivant par la force brute du fait accompli. Si nous sommes amenés à incarner l'intention dans le corps d’une œuvre qui est là devant nous et devant les autres comme un nouvel agent, c'est donc parce que dans la résolution initiale était déjà compris ce désir de fa re de l’acte une sorte de création distincte de son auteur, participant à la réalité commune, subsistante à tous les yeux, douée de ce caractère d'universalité que recèle tout ce qui à place dans le déterminisme objectif de la science. Ne faut-il pas qu'il y ait proportion entre l’impulsion de la force et l'effet qu'elle produit? Si, pour s’exprimer par un signe et par une œuvre, l'intention a soulevé ce déterminisme, il est clair que c’est afin de marquer l’œuvre même du sceau de sa puissance, afin d'en faire une vérité réelle et générale. we. Et C’est cette fin, implicitement poursuivie, qui a soutenu l'effort; c’est elle qui procure l'efficacité. du vouloir. On ne réussit à agir volontairement dans l'univers que parce que l’action doit avoir une portée virtuellement universelle. ;
Ce qui est vrai de l'apparence matérielle l’est donc d’abord du sens qu'elle exprime et dont le signe est le véhicule. Si l’acte réalisé à un caractère impersonnel et une évolution indépendante, c’est là le fait littéral dont il fallait retrouver l'inspiration intérieure. L’intention, l'opération qui l’exécute, l'expression naturelle qui la manifeste, la coaction qui édifie l’œuvre, l'influence qui s'en dégage par attrait ou par enseignement, tout cela s’en-