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COMMENT L'ACTION COMPOSÉE EST-ELLE POSSIBLE

faut retrouver le mouvement des volontés ; comme si chacune à part, épousant toutes les autres, s’aliénait à toutes sans cesser de trouver en elle seule le principe de la vie collective. Tâche délicate de montrer comment, la volonté individuelle demeurant coextensive au développement total de l’action commune, chacun des divers groupes sociaux se constitue, se ferme, s’ouvre, pour passer au suivant et se refermer encore. — Et c’est une première difficulté de savoir comment nous arrivons à vouloir, à connaitre, à atteindre d’autres vies humaines : de quelle façon le sujet peutil donc toucher à d'autres sujets et se fondre avec eux ?

Il ne s’agit plus en effet de ce que des étrangers et des inconnus peuvent apporter à l’égoïisme individuel; il n’est plus question de toutes les contributions que la volonté exige et exploite au profit de son œuvre. Cela, c’est encore « l’objet »; et ce que nous voulons maintenant du sujet, c’est le sujet lui-même, — non ce qu’il manifeste et ce qu'il produit, mais son intimité, ce qu’il a pour ainsi dire d’infini et d’incommunicable. Jusqu'’alors on ne l'avait pris que comme moyen; on ne sollicitait de lui qu’un concours, en vue d’une œuvre qui semblait la fin principale et dont il n’était qu'un instrument. À présent, on le traite comme « une fin en soi »; on le sollicite et on le désire pour lui-même; on attend de lui moins ce qu'il fait que ce qu’il est; et ce qu'on veut, semble-t-il, c’est avant l’œuvre, l’ouvrier même, afin de s’allier à lui, non plus comme fin à moyen ou comme tout à partie, mais comme principal à principal et comme partie à partie, dans un tout auquel l’individualité de chacun se dévoue, dans une vie vraiment unique, et dans une communion réelle.

Comment ce mouvement qui nous porte vers d’autres volontés, réussit-il à franchir le seuil fermé des consciences? Si nous croyons tout spontanément à l'existence de nos semblables, c'est que nous avons besoin, nous voulons qu'ils soient. Il ne s’agit point des signes de sensibilité ou d'intelligence que nous trouvons à interpréter autour de nous; quiconque s’en tient là (s’il est possible de s'y tenir), peut bien exploiter la vie apparente des hommes; mais dans la rigueur des termes, il reste isolé en face d’eux, il n’est pas entré en eux, il ne se met pas à leur place. [Il n’a devant lui que des instruments dont il joue avec l’habileté et l'égoisme de sa passion, des bêtes de somme plus intelligentes et des machines plus précieuses, voilà tout. C’est une erreur foncière de prétendre fonder la vie sociale sur l'échange des phénomènes, sur le contact

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