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LE PRINCIPE DE TOUTE VIE COLLECTIVE

des sensibilités, ou le commerte des intérêts. Non, la société humaine, si restreinte ou si ample qu’elle soit, ne repose pas sur un jeu de signes, sur un Calcul des forces utiles, sur un équilibre compensateur des lois économiques, sur l'extérieur des faits : elle a une réalité tout autre, parce qu'elle implique l'union active des sujets eux-mêmes. les énergies et les vies mises en commun.

Car l’œuvre commune échappe toujours plus ou moins à nos prises et à nos précautions : dans ce que nous faisons, il y a toujours ce que nous faisons faire; et dans ce que nous faisons faire, il subsiste toujours un fonds latent d'énergie qui se dérobe à notre prévoyance et à notre gouvernement. Dans tous les calculs les plus avisés de l'homme pratique ou de l’économiste, il faut compter avec une inconnue qui sans doute n’est rien d’appréciable aux sens ni même à l'entendement, mais qui recèle l'infini d’une force ou d’une volonté. Ce sujet mystérieux et indéfinissable, qui semble

.d’abord réfractaire à ma connaissance comme à mon initiative,

cet infini qui déconcerle mon action solitaire en la modifiant sans cesse, cet égoïsme que je devine dressé en face du mien et aussi inaccessible en son fond que je le suis pour lui, je souhaite d’y pénétrer, de me l’adjoindre; je suis tenté de me le soumettre et d’en jouir. Je veux et que cette force inconnue qui collabore avec moi soit un sujet analogue à moi et que ce sujet me soit allié, auxiliaire, ami. Je veux le tenir en quelque façon, l’avoir à moi, être lui sans cesser d’être moi, et, pour être mieux moi-même, me l’attacher comme je m’attache à lui par cette mutuelle affection où Aristote a vu le fondement et la première vertu de la société. Il n’est vraiment, à mes veux, que s’il est pour moi comme 1l est pour soi.

- Afin de reconnaitre, hors de moi, une vie subjective toute pareille et égale à la mienne, il faut donc que, par un acte de volonté implicite, je place sous les signes sensibles et sous les œuvres apparentes l’invisible présence d’une autre volonté. Voilà pourquoi l'amour avide et besogneux est un organe de connaissance. Car si tout sujet, en ‘son fond, est réflexion, raison, liberté, il ne peut être connu vraiment que comme tel; et il ne l’est en effet que dans la mesure où il est voulu. La seule manière de le comprendre, c’est de l'aimer : amour encore plus égoïste que ne l’imagine d'ordinaire l’apparente générosité et le prétendu dévouement de qui aime ainsi, mais amour qui n’en est pas moins une tendance au désintéressement et qui, sincère, amène Findividu à se détacher

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