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CARACTÈRE NÉCESSAIRE ET VOLONTAIRE DE LA SOCIÉTÉ

de soi. Sincère et désintéressé, ces deux sentiments n’en sont qu un, tant la première réflexion condamne l’égoïisme exclusif!

« L’altruisme » n’est donc pas moins naturel, nécessaire et volontaire que l’égoïsme même; il lui demeure concentrique. Il est conforme au vœu intime de ma volonté; et il semble que je ne puisse être moi, comme je le veux, qu’à la condition de me mettre en autrui. Les formules où l’on a prétendu voir la pure expression du devoir sont donc, quoi qu’on fasse, réalisées en fait. Elles le sont, en fait, comme des lois naturelles, sinon en acte comme des fins voulues. Car c’est l’accord du fait nécessaire et de la volonté spontanée qui seul encore, pour être voulu dans la mesure où il est volontaire, exige cet effort moral dont la science élimine les variations infinies. Si la vie sociale est une nécessité, parceque la nature commande les sympathies et parce que la raison com mande l’accord des forces et des intérêts, elle est donc, plus profondément encore, une œuvre de liberté : nous voulons qu'elle soit. Et ici, comme partout ailleurs, la forme spontanée, le caractère inévitable de notre action n’est que la traduction extérieure d’une volonté foncière et originale, sortie du fond le plus intime de notre personne.

Ainsi, dès qu’on se porte volontairement à agir, on exige implicitement du même coup qué la société soit, parce que la société est le terme de déploiement et la garantie même de l’action. Nous ne pouvons nous reposer que sur le concours effectif et affectueux de volontés, capables de nous répondre avec la liberté et la confiance dont nous usons à leur égard. Et quoiqu’en somme ce soit encore et toujours une volonté, — ma volonté personnelle, — qui se recherche elle-même, il faut, pour être conséquente, qu'elle se défende d’un retour immédiat à l’égoïisme. Le même mouvement qui me porte à vouloir qu'un autre soit comme moi, me conduit à vouloir qu'il reste autre pour moi, parce que précisément je souhaite de lui ce qu'il a d'incommunicable. C’est ce mystere, cet infini de sa vie qui m'attire d'autant plus que je le pénètre moins. Je n’admets vraiment qu’il est en lui comme je suis en moi qu'à la condition de ne pas rapporter son opération, sa vie, sa personne à mon individualité, à la condition de les respecter dans leur intégrité, ou plutôt de me subordonner à lui selon la mesure où je le subordonne lui-même à notre commune action.

Comment en effet obtenir que, dans ce respect réciproque qui semblerait d’abord tenir en suspens et garder sur la défensive les

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