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CHAPITRE I

Famille, patrie, humanité.

Nous n’avons pas besoin seulement du concours et des œuvres des autres : qu'est-ce que tous leurs dons, s’ils ne se donnent et si nous ne les avons eux-mêmes? Où nous aspirons, c’est à leur affection, à leur volonté, à leur action dévouée et aimante, comme à la source capable de rafraîchir une ardeur qui ne peut se concentrer toute en n'us, comme au foyer qui réchauffe une activité. menacée de s’éteindre sans aliment.

Là, dans ce besoin et cette volonté, réside le secret du mystère de l’amitié. Ce n’est point assez d’un vague et général désir d'union avec les hommes : il faut un point de départ précis et un choix tout concret : c’est par un amour très unique que l’homme est entré dans la vie, et qu’il y rentre à son tour. Mais comment s’attacher très particulièrement à un être qui n’a rien de particulier? comment faire survivre l’affection à la perte de toutes les qualités qui nous avaiént liés à l’aimé? C’est que deux vies se sbnt unies, non pas seulement en ce qu’elles connaissent l’une de l’autre ou d’elles-mêmes, mais jusqu’au principe de leurs actions communes et de leurs sentiments indivis; et voilà pourquoi, selon une belle parole d’Aristote, une amitié qui a pu finir n’a jamais: été véritable. Voilà pourquoi, dans la plus commune n ature d'homme, toujours il y a quelque chose d’unique qui mérite d’être aimé uniquement.

S'aimer soi-même en aimant sincèrement un autre; se donner et se redoubler par ce don; se voir autre en soi-même, et se voir soi-même en autrui; n’être point solitaire et être seul; s'unir et s'embrasser en se distinguant; avoir tout en commun sans rien confondre, et rester deux pour se fondre sans cesse comme en un tout unique et dans un seul être plus parfait et plus fécond; réduire cent mille rayons de gloire en l’estime amoureuse d'une âme; en préférer une qui aime entièrement à un million qui aiment beaucoup, c’est le cri naturel du cœur. Ne semble-t-il pas que de ce rapprochement l’on attende une vie nouvelle, et que toute affection pleine soit destinée et comme suspendue au dessein d’enfanter une œuvre commune à ceux dont elle consacre et justifie et scelle l'union? Toute action sociale est donc comme une génération; car elle procède du besoin que nous sentons d'étendre notre volonté en autrui et de redoubler notre vie. Nous voulons que de ce don résulte autre chose que ce que nous étions déjà, un enrichissement, un gage propre à encourager, à resserrer et à sanctionner le lien-de la mutuelle affection.

Ce mouvement d'expansion et de reprise s'arrête, dans l’enceinte de l'humanité, à trois principaux termes progressifs, la famille, la patrie, la société humaine tout entière. Comment la volonté engendre-t-elle chacune de £es synthèses définies où s’incorpore son action, et comment passe-t-elle de l’une à l’autre en s’élargissant?

Tout ce qu’il touche, tout ce qu'il sait, tout ce qu’il obtient du concours d'autrui, toutes les fins finies qu’il poursuit au dehors et qu'il atteint, n’ont pu rassasier l’appétit qui a jeté l’homme hors de lui à la quête d’une réponse égale à son appel. L’immensité de cette satisfaction qu'il ne peut attendre que d’un autre lui-même — d'un autre, incommunicable et impénétrable comme lui, — elle s'offre à lui dans l’unité intime et fermée d’une vie étrangère à la sienne. Elle lui est étrangère : il veut y entrer pour former avec elle un monde séparé et pour s’enclore comme en un univers total et indépendant. C’est l'amour, l'amour exclusif, jaloux, passionné, égoïste souvent en son fond. Mais qu’on en suive le développement, qu’on en démêle les secrètes aspirations ; on retrou-

vera, sous les fascinations de la volupté stérile, le sérieux dessein de la volonté féconde.

N'est-ce point d’abord un premier attrait et un mouvement sincère que celui qui nous porte à vivre doublement par autrui et pour autrui? Ce que l’égoïsme solitaire est impuissant à se donner de tendresse et de dévouement, l'amour de l’un le veut et le-fait pour l’autre : égoïsme à deux, d'autant plus délicat et récompensant qu'il se perd de vue lui-même et qu’il s’imagine être devenu tout son contraire. Sans doute, si l’on allait au fond de toutes les prévenances, sollicitudes-et générosités de l'affection mutuelle; si des actes l’on remontait, par le fil tenu des raisonnements enveloppés, jusqu’au principe des sentiments inaperçus, on demeurerait surpris, comme l’ont été la plupart des moralistes, de l’amour-propre déguisé qui se joue sous une surface de bonté et d’abnégation. Ainsi, en pleurant une séparation, c’est soi qu'on pleure. Mais l’amour-propre est plus clairvoyant encore que les moralistes; il devine que l'affection vraie qu’on sent pour un autre est plus rassasiante qu'un égoïsme trop pressé de jouir de lui-même. Comme la fin sciemment cherchée n’épuise pas le désir, comme l’action dépasse d'ordinaire l'intention définie, il en résulte que les causes profondes de l’acte et ses effets mêmes peuvent paraître soumis à la loi de l’intérèt, sans que l’agent même soit intéressé.

On aime donc naiïvement à être aimé, et l’on aime à aimer. Car il y a dans l'amour donné une activité libérale qui seule prépare le cœur à goûter un don réciproque; il y a dans l’amour obtenu et reçu une louange, une confiance, une abondance qui rend, et au delà, tout ce que l’amant avait paru sacrifier à l’aimé. Quand l'enfant qui parle de soi avec une candide tendresse s'étonne de ne pouvoir s’embrasser, il est l’image de cet égoisme désintéressé qui attend le baiser d’un autre égoïsme et s’échange avec lui. Chacun ainsi a le mérite de sa renonciation totale et douce; chacun, en même temps, a le bienfait d’une vigilante tendresse dont le plus odieux égoïsme n’égalerait pas la noble sollicitude; chacun a la joie généreuse de goûter et d'admirer le dévouement dont il profite : jouir et de son désintéressement et du désintéressement de l’amant, tout en recueillant ce que les raffinements de l'intérêt le plus avisé et le plus subtil ne sauraient procurer, n'est-ce point la merveille de l’amour ?

Mais pour atteindre à cette intimité parfaite, quel art, on pourrait dire quelle science de la vie commune, ne faut-il point

acquérir et exercer! Si pour suborner et régir les puissances de la nature le savant ou le praticien ont besoin d’un tel effort de pensée et d’énergie, pour entrer dans un cœur, pour s’y maintenir, pour concerter vraiment l’unanimité durable de deux consciences fondues en une, quelle ingéniosité de tendresse, et quelle diplomatie du dévouement mutuel deviennent nécessaires! Afin de sceller cette union qui semble la fin convoitée et qui n’est pourtant qu'une halte provisoire, rien ne parait coûter; et, pour cette vie à deux, chacun parait prêt à sacrifier tout ce qu’il a de vie individuelle.

Et comment aussi ne voudrait-on pas que cette intimité fût, à elle seule, plus que tout l'univers extérieur? Si pour chacun de nous la moindre pensée qui brille au dedans à plus de charme et de vérité que tout le rayonnement du dehors, s’étonnera-t-on qu’en goûtant la vie intérieure d’un autre soi-même, l’on sente une plénitude et comme une ivresse? Par une extraordinaire abstraction qu’opère l’amour, l’être aimé est mis entièrement à part du reste du monde; seul, il semble avoir, aux yeux de l’amant, une vie réelle; il devient pour lui la mesure de ses impressions et de ses jugements. Et de même que nous n’admettons pas qu’un autre que nous le recherche et le possède, nous n’admettons pas, dans le sincère élan du cœur, que nous puissions rechercher un autre que lui. On trouve les amoureux bien ridicules : mais c’est comme par représailles; car ce sont eux d’abord qui semblent mettre les autres à la porte du monde, prêts à sacrifier tout le reste à ce rien qu'ils sont dans l'immensité des âmes, pour que ce rien leur soit tout le reste.

rien donc d’analogue en tout l’homme. Même qui aime ne peut comprendre l’amour en autrui. Entre deux amours, nul rapport, parce qu’au fond il n’y en a qu’un; et chacun croit tout épuiser sans croire qu'il s’épuisera jamais. En lui, rien de général ni de commun; tout y est particulier, propre à qui le sent et à qui l’inspire, incomparable, infini : prestige incompréhensible du cœur épris, prompt à diviniser la pauvre réalité qu’il croit tenir seul et toute pour l'éternité, mais qui lui échappe encore à l’instant même; tyrannique et volontaire aveuglement qui transfigure l’obscure idole, pour la voir, pour la mieux voir en fermant les yeux! C'est une étrange solitude que les corps; et tout ce qu’on a pu dire de l’union n’est rien au prix de la séparation qu'ils causent. Vous dont les bras sont las avant d’avoir mêlé les eœurs, ce que vous

cherchez encore, quand vous pensiez déjà l’atteindre, c’est l'unité parfaite, c’est la perpétuité exclusive et indissoluble. Et voilà pourquoi, quand la raison et la passion parlent, elles conspirent ensemble pour exiger à la fois, au nom même de la grandeur et de la sincérité de l'amour, l’indivisible, l'indéfectible, la parfaite union. Le divorce est contre nature. Et cette unité que l’infirmité de la nature semble rendre impossible, cette unité que l’effort de la mutuelle tendresse, ingénieuse à masquer ses intermittences et ses défaillances par le renouvellement de ses témoignages, ne réussit pas à obtenir, il faut qu’un lien invisible et permanent le consacre entre les conjoints, afin de les joindre encore et de les enserrer avec toute la force de leur intime désir.

Ainsi c’est justement parce qu’elle a un immense besoin d'amour que la volonté aspire à l’unité, à la totalité, à l'éternité du nœud qu’elle forme de l’un à l’autre, toti tolus, unus uni. Si elle est pleinement conséquente à son souhait, elle aspire à la monogamie; elle attend comme une consécration de l’indissolubilité nuptiale. Car ce qu’elle aime de l’être aimé, ce n’est pas seulement ce qu’on en peut voir, toucher, connaître et comprendre; c’est cela, et c’est aussi l’obscure, l’inconsciente, l’impénétrable réalité, l'infini fécond qu'il recèle et qu’il manifeste en tout luimême. Amour malsain que ce fétichisme étrange qui s’aftache à un détail pour en faire l’objet abstrait d’un culte; l'amour vrai enveloppe la personne entière, la considérant comme une vivante unité de parties qui tiennent leur beauté de leur rapport intime avec le tout. Il est, si l’on peut dire, monothéiste. Car il ne lui suffit pas de dire : un cœur en deux corps. Il unit non seulement les volontés aimantes, les intelligences qui se comprennent et se pénètrent, mais il fond les parties ténébreuses et ignorées, celles d’où naissent les actes, celles où la volonté s’est incarnée et enrichie. En respectant la distinction des consciences qui continuent à jouir de leur propriété et de leur union voulue et sentie, il mêle les substances; il associe intimement les actions; il identifie les sources de l'être et de la vie; il scelle à jamais, jusqu’en leurs assises primitives, les pierres de l'édifice commum : duo in carne una unum sunt.

Cen est donc fait, il semble qu’unis par les corps pour ne former qu’une âme, qu’unis par les âmes pour ne former qu’un corps, les conjoints aient trouvé leur tout. Tenui eum nec dimittam. Et pourtant, lorsque par un mystérieux échange deux êtres ne for-

ment plus qu’un même être plus parfait, est-ce que leur mutuelle présence, est-ce que leur commune action ferme le cercle de leur volonté? est-ce la pleine possession, est-ce le terme où s'arrête l'élan du désir? Non. Deux êtres ne sont plus qu’un, et c’est quand ils sont un qu'ils deviennent trois. Ce prodige de la génération marque par un fait ce que doit être, ce qu'est la volonté profonde de ceux mêmes qui espèrent rencontrer dans leur instable unité un moment de repos, de rassasiement et de suffisance. En poursuivant une fin aimée, c’est moins cette fin qu'on aime que le fruit dont, fécondée par l’amour, elle enrichira ceux qui se dépensent pour elle. Ainsi toujours la volonté semble se dépasser elle-même, comme si de nouvelles ondes venant du centre poussaient sans cesse les cercles, toujours agrandis, de l’action, — de l’action qui parait, à chaque instant, la fin et la perfection d’un monde, mais qui est perpétuellement l’origine d'un monde nouveau. Elle ne se ferme et ne se concentre que pour ouvrir de plus amples horizons à l’insatiable ambition du désir.

Cette perpétuité qu'exigeait l'amour, cette unité indissoluble et survivante, la voilà donc dans l'enfant. L’élan même de la passion brise le cercle magique où elle espérait peut-être s’enclore pour jamais. Dans cet absolu, cette suffisance et cette éternité d’un moment qu’elle cherchait infiniment, la volonté, à l'instant même, est déjà au delà d’elle-même; elle veut l’âme de l’aimé pour produire un corps. Un tiers parait, comme pour suppléer à l’infructueux essai de l’unité; il n’est plus l’amour, osculum; il est né de l'amour; il en manifeste la puissance et l’infirmité; il le scelle dans une tombe, — le berceau, — qui ne rend plus ce qu’il a pris aux parents. Ils sont plusieurs, c’est la richesse. Ils sont plusieurs, c'est la pauvreté, ils ne sont plus un. Une aube étrangère s’est levée : il faut qu’en grandissant la famille s'ouvre et se disperse, que l'affection commune se multiplie en se divisant. Les deux unis ne peuvent plus, ne veulent plus être tout l’un pour l’autre : souvent leur tendresse détournée ne se rejoint que sur la tête de l'enfant; et dans leur vie désormais parallèle, ils ne rencontren plus parfois qu'habitude, indifférence, hostilité mème. Aussi la fin de l'amour n'est-ce pas l’amour, mais la famille, premier groupe naturel et nécessaire où la vie prend naissance et accroissement, comme dans un sein réchauffant à l’abri de l’immensité de l'univers.

Où l'homme trouve done à s'exprimer, à se livrer, à se sur-

vivre tout entier, où il rencontre la perfection de son acte et la première réponse achevée qu’il souhaite, c’est dans la génération. Sa première œuvre vivante, c’est l’enfant, synthèse merveilleuse : deux et un et trois, non hi tres unum, sed hoc unum tres sunt. Telle est la raison secrète de l'attrait qui livre deux êtres l’un à l’autre, corps et âme; car ce que la volonté poursuit, c’est au delà des satisfactions égoistes et voluptueuses, au delà même de l’insondable sujet aimé qui échappe au sujet aimant, l’œuvre commune de leur puissance et de leur amour incarné, l’image visible et réelle de leur double et unique vie, l'expression de ce qui en chacun semble inexprimable et inaccessible.

Le progrès des ambitions du vouloir est manifeste. Tantôt on avait voulu l'ouvrage utile, le concours extérieur d’autrui : égoïsme encore solitaire. Puis c’était à l’ouvrier même que le désir s'était pris : égoïsme à deux. Maintenant c’est l’œuvre vivante, et, dans cette œuvre, ce qui en chaque ouvrier est impénétrable et infini, que l’on veut et que l’on fait être : égoïsme à trois. L'enfant est l’action substantielle de puissances qui ne se connaissent bien qu’en lui; qui ne sont une que par lui; qui se consument comme un feu de tendresse devant lui. Et c’est en lui, comme à sa fin naturelle, que se transporte la volonté, conséquente à sa propre loi et conforme au vœu sincère de l’amour.

C’est donc lui qui fonde l’indissoluble unité, et qui révèle l’infirmité dissolvante du lien nuptial, — l’infirmité dissolvante, car on ne veut se survivre que parce qu’on passe et qu'on meurt, parce qu’on ne peut capter entre deux l’élan infini du vouloir : — l’indissoluble unité; car l’enfant reste là, dans son individualité même, comme le gage de l’irréparable et indivisible union. Il est le signe indélébile de ce qu'a voulu, de concert avec la passion sincère qui ne souhaite que d’être exclusive et perpétuelle, la raison amoureuse d'unité et d’éternité: elle a marqué de son sceau l’œuvre engendrée. Et, comme l’enfant a en soi l’infinie puissance de développement qu’il tient de ceux mêmes dont il est un premier achèvement, il demeure pour eux le moyen permanent, par l'éducation qu’ils lui donnent, de s’acheminer vers leur destinée. Ils ont, vis-à-vis de lui, un devoir illimité, une responsabilité imprescriptible, un lien indestructible, puisqu'il s’agit de former sa raison et de réaliser en lui, à l'infini, ce qu’ils ont de meilleur en eux : c’est encore eux-mêmes qu'ils élèvent en l’élevant au-dessus d’eux, supérieurs qu'ils sont et subor-

donnés de l’enfant sur qui ils gardent autorité, mais à qui ils se doivent; car c’est d'eux qu'il reçoit ce qu'il faut parfaire en lui; et c’est à lui, comme à leur fin, qu’ils rapportent leur propre perfectionnement.

. De cette étude il ressort que l’amour procède de la volonté individuelle, ‘bien qu’il dépasse l’individu; qu’il exige une générosité et une abnégation parfois héroïque, mais qui n’est pas pour cela contraire au dessein de qui s’y sacrifle, qu’il a pour raison et pour justification une fin plus haute et plus éloignée que le but apparent du premier désir, sans que pourtant l’attrait dont il est paré soit comme une ruse décevänte et un cruel artifice de la nature. Sans doute, si c'était « le génie de l’espèce » qui, par la fascination d’une fragile volupté, trompait l'individu en cachant, sous une réponse immédiate de vie et de bonheur, une réalité de douleur et de mort, le pessimisme serait fondé. Tout ce qu’on a dit des profonds calculs de l’instinet de la race est juste. Mais cet impétueux mouvement part de plus loin pour aller plus loin qu’on ne l’a vu. C’est de la volonté la plus intime, en chacun, que procède le flot de l’amour; et alors même que cef écoulement, par son impulsion propre, est emporté au delà du terme d’abord convoité, c’est toujours cette volonté primitive qui demeure coextensive à tout son déploiement, même imprévu. L’amour va au delà de la personrie, au delà de l’espèce, à l'infini. Mais ce n’est point parce qu’il porte la vie individuelle à des fins ultérieures, sans en clore jamais l’expansion, qu’il faut, avec le pessimisme, se retourner contre le mysticisme de l’amour comme s’il n’était qu’un piège.

Il ne s’agit donc pas d’un vouloir impersonnel et obscur qui non seulement serait étranger et inconnu à ceux qu'il meut par une fatalité instinctive, mais qui leur serait contraire et meurtrier. Il s'agit d'une volonté profondément personnelle, que la réflexion peut éclairer sans en changer la nature et sans en désavouer le sens, d'une volonté qui ne se borne pas à travailler aveuglément pour l'espèce seule, mais qui sert à la fois les intérêts de l’individu et de l'espèce parce qu'elle ne s’arrête pas même aux limites de l'espèce, et qu'au terme suprême de son expansion elle aspire à confondre ses fins personnelles avec les fins universelles. Aïnsi y a-t-il continuité et Conséquence dans son développement : la volonté solitaire a embrassé une autre volonté; elle fonde la famille ; elle la veut, et la veut une, fixe, permanente. Rien donc

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