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LA JUSTICE SOCIALE

c’est ia synthèse totale qui s’incarne au moindre de ses éléments et qui lui communique sa propre force et toute sa dignité. Il semblait que le dévouement patriotique faisait de l'individu un moyen, en présence d’une fin commune et supérieure : il se trouve que la relation, au fond, est inverse, et que le tout est un moyen pour chacun de ses membres, Comprend-on désormais à quel vœu secret du vouloir personnel répond l’immense accrue qu’il trouve dans la vie sociale, puisque ce qu’elle est, il le devient? Et ce qui prouve que la société n’est pas un mécanisme artificiel, c’est que, loin de créer un antagonisme entre le tout et les parties, le progrès de la vie sociale doit étendre à la fois l’action de l’État et l'initiative individuelle. Dans la société, chacun a en lui ce que sont tous ensemble. Ici encore, l’idée de l’ensemble détermine la nature des éléments. Mais, en même temps, le principe de la synthèse est tout entier au fond de chaque volonté personnelle : nul n’a besoin de sortir de soi pour en découvrir la présence et l’efficacité. La force qui actualise la société et, par elle, chaque citoyen, est en chacun.

De cette vérité concrète ressortent, comme corollaires nécessaires, les conditions mêmes de la justice sociale et de l’organisation politique. Sans doute la liberté introduit, ici comme partout, des perturbations infiniment variées : mais il est encore possible d'éliminer la variable pour ne considérer, dans ce qui peut être violé, ce qui ne l’est pas, et, dans ce qui l’est, ce qui demeure conforme à la logique de la volonté humaine. Sous les aberrations les plus révolutionnaires, il subsiste une règle latente et un principe: ! d'ordre. C’est ce déterminisme de l’action voulue qu'il faut ressaisir dans le développement distinct de la justice sociale et du pouvoir politique.

— Du moment où pour être mieux moi-même et pour devenir plus un, je ne puis rester seul, j’exige qu’à la coopération sociale préside un principe de paix et d'harmonie. Qui veut la fin veut les moyens. En évoquant l’action collective, j'institue donc, quelle qu’en soit la forme vague ou précise, une force centrale capable de représenter la communauté entière dont elle est comme la conscience. Puisque dans la société tous sont pour chacun, il me faut une expression, quelle qu’elle soit, de cette sollicitude universelle pour moi seul. -L’idée d’une protection pénale, le sentiment d’une sanction sociale, le besoin d’une puissance, armée de

juridiction et de force coercitive, est essentiel à la vie commune.

Et la nécessité en est fondée sur les exigences mêmes de la volonté personnelle. La société ne paraît se constituer sous l’action d’une fin transcendante à l'individu que pour procurer à l'individu la garantie de cette puissance supérieure dont chacun a tout le bénéfice.

Mais il faut prendre garde de ne point dénaturer cette justice

sociale et de ne point pervertir le caractère, inévitablement relatif, de la pénalité humaine. Quoiqu'il soit impossible d’y réussir, rien

de plus périlleux et de moins justifié que de prétendre établir

une exacte proportion entre le châtiment et la faute morale. Il y a une facon de légitimer, par exemple, la peine de mort qui, sous prétexte de justice et de moralité, la rend sanguinaire et barbare. Aussi est-il important, pour déméler la confusion des idées courantes, de ne point compliquer maladroitement 1e problème et d'écarter toute considération étrangère à l’ordre où la juridic juridiction hüumainerse. doit rentermer. (y US ON SU ao

7 Sans doute à côté du fait brut et du préjudice matériel que la faute a causé, il faut tenir compte d’un autre élément, que, par opposition, on peut déjà qualifier de moral. Mais c’est cette épithète même qui prête à l’équivoque. Car il ne s’agit d'apprécier la valeur absolue ni de l’acte ni de l'intention; il s'agit de la défense publique, ,de qi intérêt général, de la vie comme Or l’intérêt collectif ne tient pas seulement au matériel des faits, justement parce que la société n’est pas ur simple système de phénomènes économiques ou politiques Aussi, quand on parle du caractère moral que doit revêtir la pénalité, faut-il entendre uniquement que la culpabilité n’est ici qu’une fonction du danger social; que les circonstances atténuantes, aggravantes ou absolutoires ne peuvent être estimées qu’au point de vue de la protection commune; et qu’au lieu de se préoccuper d’une justice absolue, d’une liberté idéale et d’une responsabilité parfaite, l'on a simplement à déterminer dans quelle mesure l’action incriminée, procédant d’une décision réfléchie et tenant par là à ce qui fait le lien des volontés, prend un caractère contagieux, imitable, dissolvant pour la vie collective. Ce qui est essentiel et légitime ici, c’est donc le besoin qu’a la société de se conserver. Nulle utilité à poser devant le juge la question métaphysique de la liberté; car s’il est autorisé à condamner, ce n’est pas au nom d’une équité supérieure qu'il n’est point chargé de faire régner : ici surtout le mieux serait le pire. Non, on n’estime pas la valeur intime de

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