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L'ORGANISATION POLITIQUE

l'accusé : justice téméraire et coupable et qui serait odieuse puisqu’elle ne saurait pardonner même au repentir le plus sincère et le plus purifiant.

Ce qu'il y a d’absolu dans la justice Ho c'est donc qu’elle

est relative aux exigences de la conscience et de la vie commune, dans un Honaon et à une époque déterminées. En chaque Torme de l'état social, il se détermine un type de l’honnête homme, il se produit des nécessités particulières de défense générale; c’est cette norme vivante et souple qu'il convient d’appliquer à la mobilité des phénomènes sociaux, et qui, quoi qu’on fasse ou quoi qu’on veuille, s’y applique plus ou moins.

— Tout semblablement, ce qu’il y a d’absolu dans l’organisation politique, c’est qu’elle est relative au développement historique et aux traditions particulières, d’ailleurs toujours perfectibles, d’une société concrète. À quel besoin profond répond l'ambition politique du citoyen, et comment le pouvoir civil peut-il être constitué, perdu ou transmis ?

La volonté, par son expansion nécessaire et consentie, suscite la vie sociale. Or point de société possible sans une autorité qui soit comme le moteur et le régulateur de cette grande machine. Société et autorité sont donc au-dessus des atteintes de l’arbitraire humain. Mais justement parce qu’elles correspondent à une foncière aspiration de l’homme, l’homme détermine l'exercice du pouvoir public; il en désigne, ou il en accepte, ou il en devient le titulaire. L’investiture politique est de droit national. Et c’est ici le point délicat. Car si l'autorité est nécessaire à toute société, il est nécessaire que le pouvoir soit constitué : le peuple n’en a point le libre dépôt; il faut qu’un gouvernement se détermine. Et si la constitution du pouvoir repose sur un fond de libre option, il demeure vrai à la fois que l’autorité reste nécessaire même soùus sa forme arbitraire, et que ce pouvoir est toujours perfectible, quoique intangible en son fond.

Voici donc les conséquences qui s’enchainent, malgré d’apparentes oppositions. La société est voulue et nécessaire. L'autorité est voulue et nécessaire. Elles sont au-dessus de toute volonté humaine. C’est au concours des volontés humaines de reconnaître ou de ratifier le pouvoir. Il est impossible que le concours des volontés humaines ne reconnaisse ou ne ratifie pas un pouvoir. Le pouvoir est à la fois supérieur et subordonné à la nation. Il est fait pour elle, non elle pour lui. Comme l'autorité n’a de

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raison d’être que pour le bien commun, la nation peut transférer en d’autres mains un pouvoir qui manque à ses obligations : ce droit théoriquement est certain. En fait, comme le trouble social est le pire des maux; comme le droit de déterminer ou de transmettre l’autorité réside non point partiellement dans chaque individu, mais indivisiblement dans l’unité du corps social; comme toutes les générations sont solidaires, la tradition est une hérédité nationale contre laquelle les protestations brusques et les décisions soudaines sont dangereuses et souvent perverses. Dans le droit publie, comme dans le droit privé, la prescription est respectable; et, en dehors de l’élection qui est la manière innocente d'établir le pouvoir, lusurpation même, perdant son.caractère odieux, devient légitime par la suite des temps et le consèntement des peuples.

Ce n’est pas la loi du nombre qui crée la loi et le droit. Erreur donc de penser, avec Rousseau, que « le souverain par cela seul qu'il est, est toujours ce qu’il doit être ». Et c’est parce que le besoin de l’autorité jaillit de chacun qu’elle est supérieure à tous. Dans un corps, la tête est faite pour les membres sans cesser d’être le chef. Dans la vie politique, le pouvoir, à cause de son origine, est au-dessus de ceux mêmes qui l’ont constitué; car il n’est pas la somme des volontés individuelles ou l’expression des forces communes; il n’est pas révocable ad nutum; point de simple délégation, mais une puissance réglée et régulatrice qui « demeure une propriété personnelle à chacun, même quand elle est exercée par un seul. Et, demême qu’une volonté conséquente exige l'unité et l’indissolubilité de la vie domestique, de même encore elle maintient le fait toujours singulier des institutions publiques, réformables sans doute et perpétuellement en mouvement, mais au-dessus des atteintes légitimes de chacun de ceux qui les animent de leur vouloir. Ainsi le pouvoir n’est ni une somme de volontés arbitraires, ni une formule abstraite indiffé- | remment applicable à tous les peuples : toujours il a pris forme concrète, toujours il demeure fondé sur une volonté antérieure aux conventions artificielles et mobiles.

Ainsi l’organisation politique et la justice sociale qui composent et assurent la vie nationale ne font, elles aussi, que manifester un vouloir intime et tout personnel. Car, par elles, toute la force du corps public est à la disposition de chaque membre le plus infime. L'État n’est une fin d’abord au regard de l'individu que pour être

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