LA CITÉ IMMANENTE A CHAQUE CITOYEN
ensuite un moyen : si chacun doit vivre et agir pour tous (forme ébauchée de la cité que le socialisme offre à tort comme la perfection de la vie politique), c’est que chacun veut que tous s’emploient et se concentrent en chacun. De même que, dans le système organique, une cellule est une fin pour tout le reste, au point qu’une piqûre suffit à émouvoir la machine entière, il y a, dans une société ordonnée, une solidarité telle que le plus humble citoyen porte en lui toute la dignité, toute la puissance, tout l’égoisme multiple du corps social.
Et, comme la volonté sociale est toute en chacun, il en résulte que toutes les formes politiques peuvent également s'organiser et également se justifier : la différence des mœurs, des climats et des circonstances rend inévitable la variété même, et on ne forme pas un concert avec un seul son. Qu'il réside effectivement en un seul, en plusieurs ou en tous, le pouvoir a toujours pour rôle d’assurer dans la nation la solidarité et la communion la plus intime des parties; toujours il doit être, il peut être en un ce qu’il serait en tous. Toutefois, en raison même de cette multiprésence du principe social dans chaque volonté, les besoins longtemps secrets se font peu à peu jour : à mesure que la conscience collective s’éveille plus clairement en chacun, il s'opère dans les masses populaires un profond travail de croissance.
Sans doute c’est d’abord dans la tête de l’organisme politique que parait la conscience commune, avant qu'elle se répande par tout le corps. Quel immense dévouement des cœurs à un seul, et quel frisson d'amour traverse parfois les bons peuples sous le regard du chef aimé! De quel prix semble être la moindre parole du tzar tombant sur un pauvre moujik! mais aussi comme le sentiment de la dignité, l'estime du rôle, la hauteur de la puissance étendent le regard, élargissent les affections, contribuent à la clarté d'une intelligence comme à la chaleur d’une âme qui sait être le cerveau et le cœur d’un peuple immense! Et comme si le chef à lui seul aimait plus hautement, plus profondément que tous ensemble, de cette élévation, l’affection la plus simple et la plus calme semble descendre avec une force souveraine.
Mais ce sentiment de dévouement mutuel, ce n’est pas un homme seulement qui peut l’inspirer et le recevoir; c’est aussi chaque citoyen, quand, dans le membre du corps social, on sait voir et aimer l’âme commune qui vit en tous. La conscience nationale n’est donc pas une somme de fractions; le citoyen c’est la