L'UNITÉ VOLONTAIRE ET L'ACTION FÉCONDE DE LA VIE
cité vivante. En lui résident virtuellement la puissance et l’action de tous; c’est pour cela que réellement chacun aspire à être, lui aussi, la tête et le cœur du grand corps dont il porte en soi toute la substance. Si le concours dés volontés l'élève à l’autorité, il ne reçoit point de mandat impératif, il n’est pas le total abstrait d’une opération arithmétique; il devient en acte ce qu'il était en puissance. Par une sorte de naturelle grâce d’état et par le retentissement de la vie générale en lui, le chef, en ayant conscience d’être l’aboutissement de tout un peuple, semble élevé au-dessus de lui-même. Et pourtant son autorité a toujours une autre source que l’addition des suffrages populaires; son rôle est de prendre une initiative personnelle; d'autant que l’homme le plus médiocre est capable d’une vue plus nette, d’une décision plus éclairée, d’une continuité d’action plus réelle que cette somme des volontés individuelles dont on prétendrait à tort faire l’expression de la conscience sociale.
Ainsi la volonté du citoyen anime et absorbe en elle tout l’organisme social : elle en détermine le caractère toujours concret; elle en forme une synthèse originale comme le sont les espèces vivantes et les races distinctes dans le monde animal; et, quelle que soit l'unité d’origine ou les lois générales des sociétés, chacune est une nation singulière. C’est la patrie, parce qu’elle procède d’un amour personnel à chacun de ses membres et parce que l’amour s'attache toujours à ce qui est unique. Sans doute la vie nationale a ses prolongements au delà de la frontière; pour elle, comme pour tout organisme, les fonctions d’assimilation et de désassimilation sont un principe de renouvellement perpétuel. Elle n’en reste pas moins une individualité définie, même en face des synthèses ultérieures et des extensions nouvelles de l’action humaine.
La volonté de l’homme et son action ne s'arrêtent pas aux frontières de la patrie. En essaimant, la cité est le symbole de cette vie intérieure de la volonté qui se répand, sans qu'aucune enceinte en borne-l’expansion. La loi de l’égoïsme actif et conquérant, c’est de se contredire et de se raviser en quelque sorte, pour s'étendre à ce qu'il semblait d’abord repousser. Ce n’est plus assez de porter