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CHAPITRE IT

Les formes étagées de la morale naturelle.

En agissant, l'homme ne limite pas son regard à la famille, à la cité, à l'humanité. Il jette son intention au delà encore. Il s’insère, comme le disaient justement les stoïciens, à l’univers entier. L'action volontaire intéresse en effet le système total, dans lequel elle a puisé ses aliments, dans lequel elle prétend régner. Aussi n'est-il pas surprenant de voir, en ce besoin de solidarité universelle, converser deux tendances en ‘en apparence divergentes, d’une

part le dessein égoïste > de la volonté individuelle e qui cherche toujours à s’emplir et à se contenter, d'autre part le mouvement infinhnent complexe de la vie ne dont l'immense engrenage semble broy er toutes les fins partielles et les prétentions de l'individu. M

Mais ce n’est qu'un seul et même mouvement. Et, malgré les fluctuations de la liberté humaine, malgré la diversité de conceptions, des théories ou des habitudes morales, ici encore un déterminisine dérivé de l'acte voulu, quel que soit cet acte, développe les inévilables suites des prémisses posées par l’action mème. Comment donc l’homme s’élève-t-il à un caractère de plus en plus désintéressé et moral, sans qu’il cesse, en se perdant en quelque sorte de vue soi-même, de travailler dans le véritable sens de sa destinée, de concourir à son intérêt le plus certain, et de seconder, par l'intention et par la science de ce qu'il fait, le dessein secret qui inspire ses actions volontaires?

Agir, c’est en quelque façon se confier à l’univers. Comme Pavarice qui perd tout en voulant tout gagner, l’égoïsme le plus jaloux ne pourrait tout garder qu’en s’appauvrissant et en s’exténuânt, sans réussir jamais à ne point se livrer. Bon gré mal gré, l'action est à sa manière une spéculation; et c’est pour cela que l’homme d'action ressernble souvent à un joueur, qui, à travers les calculs les plus circonspects, ne fait que hasarder un coup. Pour oser agir, il lui faut comme un amour du risque et un détachement forcé, même à ne point parler encore de libre désintéressement ou d’abnégation sincère.

Conséquent à la loi nécessaire de son développement, l’utilitarisme est donc forcé de se dépasser en quelque façon : en fait, la volonté individuelle ne peut se rechercher qu’à travers une infinie complexité où elle semble se perdre elle-même. Ainsi, par le sentiment que la vie nous donne de l'ampleur immense et obscure où elle se déroule, l'action revêt inévitablement un caractère qu’on peut nommer déjà moral. Car il n’est pas utile, il n’est pas possible que notre conduite soit un pur calcul; elle

enveloppe un champ plus vaste que toutes les combinaisons

réfléchies. Aussi, après que la volonté toujours élargie à transporté son centre de l'intention dans l’opération organique, de l’opération dans l’œuvre extérieure, de l’œuvre dans l'intimité d’une volonté alliée, d’un cœur uniquement aimé dans l’amour de la famille et de la cité, des affections exclusives et jalouses dans l’assemblée nivoiele des générations bumaines, faut-il encore, par un nouveau progrès, chercher cet équilibre da dans le système total du monde. Agir est la fonction du tout. Il n’est plus question d'insérer notre opération personnelle dans le déterminisme général : il s’agit au contraire de nous y insérer nousmêmes; de vouloir et d'admettre l’action de ce déterminisme en nous; d'accepter et d’embrasser ce qui dépasse notre prévision, notre compréhension, notre libre disposition; de reconnaitre, sous le jeu des phénomènes, les forces inaccessibles qui les pro-

duisent; et de consentir à recevoir de cette mystérieuse puissance que les sciences positives avouent sans l’entamer, les dictées.

obscures et les inspirations de l’expérience morale.

Ainsi, même dans ce qui semble moralité volontaire, il faut.

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