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L'ÉTAGEMENT DES FORMES DE LA MORALE

ment paraissait malgré son ampleur croissante demeurer toujours concentrique, devient pour ainsi dire excentrique à elle-même; comme si la circonférence, dépassant sa limite, qui est la ligne droite, allait se former autour d’un autre point infiniment éloigné.

9% Non qu'il faille se leurrer de la vaine chimère d’une « conscience universelle », ni prêter une âme de vie et de raison au « Grand Tout ». C’est mal interpréter le désintéressement nécessaire de l’acte humain que d'imaginer qu'il doit profiter à d'au-

‘tres. Sans doute, il y a de la grandeur à se livrer aux forces de

l'univers, avec le sentiment qu’une même loi gouverne le mouvement des étoiles et les secrètes dispositions du cœur; sans doute il est généreux de se résigner à la raison cachée de la nature; il est beau de consentir à absoudre ses apparentes cruautés et d’aimer toute son œuvre à cause de la magnanimité qu’il y a, pour l'homme, à y jeter en pâture sa propre vie; sans doute le sage stoïcien, prêt à périr pour une vertu qui ne doit pas être récompensée, peut trouver cette joie de bien mourir, ne durât-elle qu’un éclair, préférable à la médiocrité d’une longue et plate existence; sans doute, pour rassasier des cœurs nobles et tendres et fiers, c’est déjà une sanction que le plaisir orgueilleux d’un quiétisme renouvelé qui ne veut point de sanction. Illusions pourtant que tout cela. Le plaisir d’être dupe, de savoir qu’on l’est, de vouloir l’être n'empêche pas qu'on le soit. Le désintéressement moral ne gravite pas autour de toutes ces belles, subtiles et prétentieuses chimères. Ce n’est point hors de nous que nous en trouvons la raison, c’est dans la volonté personnelle et par elle que s'opère, en chacun, l’immense synthèse qui aboutit à ce détachement inévitable. Mais le sens, mais le terme de ce mouvement désintéressé n'est point encore trouvé.

10° Ainsi se dévoile peu à peu l’aspiration profonde de l’homme; ainsi se déroule la série des moyens par lesquels il recherche sa fin. L'ordre entier de la nature rentre dans le champ de son expérience. Tout ce qu’il en reçoit a posteriori, il le sollicitait déjà a priori. Ce qu’il cherche, c’est la définition même de son propre intérêt; oui, que doit-il entendre par son intérêl? il traverse l'univers sans le rencontrer. Il se désintéresse donc de l’univers. Le monde a un caractère ambigu; la conscience ne s’y trouve pas chez elle : il faut quelque chose, au-dessus, pour l'expliquer et pour y ajouter un sens. La morale naturaliste, utile pour marquer la continuité du progrès de la vie et l’éveil de la conscience, est

done suspendue à une forme nouvelle de la pensée et de l’action, à une morale métaphysique. Par ‘une initiative originale, Pesprit humain, au delà du monde actuel, en suppose tout naturellement un autre, un monde idéal.

Comme dans H moindre sensation l’on est porté à chercher, au delà, ce qu’elle est, toujours aussi, sous une forme ou sous une autre, nous attribuons un sens ultérieur à notre propre vie : ce que ne donne pas l’expérience, nous prétendons l’y trouver ou l'y. mettre. [Il semble que nous empruntions à tout le réel de quoi voir qu'il n’est pas ce qui doit être, qu'il n’est pas ce que nous voulons qu'il soit. Du fait donc l’homme s’élève forcément au droit, même quand il paraît identifier ou subordonner l’un à l’autre. C'est cette génération nécessaire d’une métaphysique au moins implicite qu'il faut maintenant expliquer. Même dans ce dont on a la plus complète expérience possible, il y a toujours quelque chose qui, pour éclairer et régler l’action, dépasse Pexpérience même.

D'où naissent ces conceptions métaphysiques? comment interviennent-elles dans l’organisme de la vie humaine? quel en est le rôle et la portée? — C’est en effet le propre de l'homme de créer des notions universelles pour y conformer ses sentiments et sa conduite, pour y adapter les faits. Mais cette métaphysique dont ordinairement l’on prétend faire ur ordre à part, un ordre souverain et absolu, un ordre peut-être chimérique, il faut, si l’on peut dire, la forcer ici à rentrer dans le rang. Cest l'originalité de sa position d’être, non pas un terme plus ou moins définitif ou fictif, mais un échelon dans la série des fins poursuivies

volontiers l’idolâtrie de l’entendement en ferait le tout, le dieu;

la métaphysique n’est pas toul; elle est quelque chose dans le

progrès dynamique de la volonté; elle forme un degré du déter-

minisme de l’action et comme un phénomène nouveau qui, lié

aux autres, a son efficacité propre. C’est un passage, qui permet le mouvement de la vie, en se mouvant lui-même,

Ce qu'il y a de vrai, d’original et d’efficace dans la métaphysique se résume donc en ces trois propositions qu’il sera nécessaire de justifier brièvement : 1° La métaphysique a un fon-

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