LA PHILOSOPHIE DE L'ACTION. XXII
c'est faute d’avoir su reconnaitre l'unique question où elle est. Il s’agit du tout de l’homme; ce n’est donc pas dans la pensée seule qu'on doit le chercher. C'est dans l’action qu'il va falloir transporter le centre de la philosophie, parce que là se trouve aussi le centre de la vie.
Si je ne suis pas ce que je veux être, ce que je veus, non des lèvres, non en désir ou en projet, mais de tout mon cœur, par toutes mes forces, dans mes actes, je ne suis pas. Au fond de mon être, il y a un vouloir et un amour de l'être, ou bien il n’y a rien. Cette nécessité qui m'était apparue comme une contrainte tyrannique, cette obligation qui semblait d’abord despotique, il faut qu'en dernière analyse je voie qu’elles manifestent et exercent l’action profonde de ma volonté; sinon, elles me détruiraient. La nature entière des choses et la chaine des nécessités qui pèsent sur ma vie n’est que la série des moyens que je dois vouloir, que je veux en effet pour accomplir ma destinée. L’être involontaire et contraint ne serait plus l'être : tant il est vrai que le dernier mot de tout, c’est la bonté; et qu'être, c'est vouloir et aimer. Le pessimisme s'est arrêlé trop tôt dans la philosophie de la volonté : car, en dépit de la douleur et du désespoir, nous aurons encore raison d'avouer la vérité et l'excellence de l'être si nous le voulons de nous-mêmes en toute sincérité et en toute spontanéité; pour souffrir d’être, pour haïi mon étre, il faut que j'avoue et que j'aime l’étre : le mal et la haine ne sont qu’en devenant un hommage à l'amour.
Aussi, quelque apparente disproporlion qu'il y ait entre ce que je sais, ce que je veux et ce que je fais ; quelque redoutables que puissent être les conséquences de mes actes; même si, capable de me perdre, mais non de m'échapper à moi-même, je suis, jusqu'au point où il serait meilleur pour moi de n'être pas, il faut que toujours, pour être, je veuille être, dussé-je porter en moi la douloureuse contradiction de cè que je veux et de ce que je suis. Rien d’arbitraire ni de Lyran-