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XXIV LA CRITIQUE DE LA VIE HUMAINE

nique en ma destinée; car la moindre pression extérieure suffirait à dénuer l'être de tout prix, de toute beauté, de toute consistance. Je n'ai rien que je n'aie reçu; et pourtant il faut en même temps que tout surgisse de moi, même l'être que j'ai recu et qui me semble imposé ; il faut, quoi que je fasse et quoi que je subisse, que je sanctionne cet être et que je l’engendre pour ainsi dire à nouveau par une adhésion personnelle, sans que jamais ma plus sincère liberté le désavoue. C'est cette volonté, la plus intime et la plus libre, qu'il importe de retrouver en toutes mes démarches, et de porter enfin jusqu’à son parfait achèvement : le tout est d’égaler le mouvement réfléchi au mouvement spontané de mon vouloir. Or c'est dans l’action que se détermine ce rapport ou d'égalité ou de discordance. Aussi importe-t-il souverainement d'étudier l’action; car elle manifeste à la fois la double volonté de l’homme; elle construit en lui, comme un monde qui est son œuvre originale et qui doit contenir l'explication complète de son histoire, toute sa destinée.

Le dernier effort de l'art, c’est de faire faire aux hommes ce qu'ils veulént, comme de leur faire connaitre ce qu'ils savent. Là est l'ambition de ce travail. Non pas qu'on y puisse violer les obscurités tutélaires qui assurent le désintéressement de l'amour et le mérite du bien. Mais, s’il y a un salut, 1] ne saurait ètre attaché à la savante solution d’un problème ténébreux, ni refusé à la persévérance d’une rigoureuse recherche : il ne peut être que clairement offert à Lous. Cette clarté, il faut la porter à ceux qui s’en sont détournés, peut-être à leur insu, dans la nuit qu'ils se font. à eux-mêmes, une nuit où la pleine révélation de leur obscur état ne les changera plus s’ils ne contribuent d’abord à se changer volontairement. La seu! supposition qu'on ne fera point d’abord, c’est de croire qu'its s’égarent, le sachant et le voulant,.qu'ils refusent la lumière en sentant qu’elle les. enveloppe, et qu'ils maudissent l’être en avouant sa bonté.

LA PHILOSOPHIE DE L'ACTION. XxXV

Et pourtant il faudra peut-être en venir à cet excès même, puisqu'il n’y a rien, dans loutes les attitudes possibles de la volonté ni dans toutes les illusions de la conscience, qui ne doive rentrer dans la science de l’action : fictions et absurdités si l’on veut, mais absurdités réelles. 11 y a dans l’illusoire, dans l'imaginaire et le faux même, une réalité, quelque chose de vivant et de substantiel qui prend corps dans les actes humains, une création dont nulle philosophie n’a tenu un compte suffisant. Combien il importe de recueillir, d’unir et d’achever, comme des membres périssants par leurs divisions, tant d’aspirations éparses, afin d’édifier, à travers l'infinité des erreurs et par elles, l’universelle vérité, celle qui vit dans le secret de toute conscience et dont aucun homme ne se déprend jamais.

Mais qu'on oublie maintenant cette vue anticipée de la route à suivre. Qu'on s’abandonne sans arrière-pensée et sans défiance, justement parce qu'aucun parti n’est pris, ni aucun acte de confiance demandé. Mème ce point de départ « il n’y a rien » ne saurait être admis, parce que ce serait encore une donnée extérieure et comme une concession arbitraire et assujettissante. Le déblaiement est complet.

RRCEPIEOUN

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