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LES POSTULATS DE L'ACTION VOLONTAIRE

Ainsi, par la croissance du germe que l’acte volontaire a semé, ik se produit une assimilation de plus en plus complète de la nature à la pensée et de la pensée à la volonté. Des phénomènes sensibles qu’étudient les sciences positives, de la vie intérieure de l'individu, de la cité, de la société humaine, de la solidarité universelle, de la république idéale des intelligences, du rovaume moral des fins, il se forme un organisme, où cette volonté s’est répandue pour en être l’âme, et où, pour s’égaler à elle-même, elle s’est élargie au point de devenir coextensive au tout et de placer son centre partout. En sorte qu’au lieu d’être le résultat ou du moins le résumé d’une nécessité antécédente, l’action humaine est, à ce point de vue encore provisoire, la raison de

toute cette belle ordonnance. Le phénomène universel ne semble exister que pour devenir le théâtre de Ja moralité, .ou mieux encore pour être le corps même de la volonté

“L'action volontaire a donc absorbé tout le reste, pour se façonner peu à peu des organes et se faire son univers. Où elle tend de plus en plus, c’est à l’accord du volontaire et du voulu : mentis et vitae, intelligeritis et agentis, volentis et volili adacquatio. En ce sens, les vérités morales en sont plutôt la conséquence que le principe. Comme on a déterminé par l'analyse les conditions

de la connaissance scientifique, on est done conduit à déterminer

les conditions de É activité morale. Infiniment varices, sans doute,

les solutions de ce travail spontané ou: u rélléchi : mais cette diver-

sité même, il faut l’éliminer pour ne considérer que le trait commun à toutes ces tentatives. Quel est-il, en résumé? le voici.

Le terme au ’action réfléchie semble éprouver l’impérieux

bésoin de se suspendre, c’est un absolu, quelque chose d’ indé” pendant et de définitif qui soit hors de l’enchainemen

mènes, un réel hors du réel, un divin. Il semblerait que des phénomènes moraux l’on ne pût, non plus que de tout le reste, tirer autre chose que des phénomènes: et pourtant on postule autre

chose. Postuler, c’est bien le mot; Le postulat est une affirmation nécessaire qui n’est pas de i . D'où naît cette exigence, sinon de ce que, dans l’élan primitif de la volonté, il y a ds qu'on n’a encore employé? n’6 n'être tre point satisfait de l'effet c’est avouer la supériorité de’la cause. : Ne dirait-on pas que, portant en nous-mêmes un fardeau accablant, nous avons hâte de nous en décharger, en le jetant sur le premier support venu? Il semble que, pour feindre de ne pas sortir

des phénomènes et de nous y trouver en suffisance, nous nous retournions vers eux pour en faire quelque chose de-plus qu'ils ne sont. Effort suprême, qu’il est instructif d'étudier; car, la vanité même de cet essai illusoire va manifester la nécessité volontaire d’une autre satisfaction.

Il reste donc à voir comment, pour essayer de se parfaire, l’homme tente d’absorber enfin ce qui lui échappe infiniment, de se fabriquer un dieu à sa façon et d’accaparer par sa seule force de quoi devenir suffisant. C’est le phénomène de la superstition qu'il faut étudier; le phénomène, c'est-à-dire là manifestation nécessaire d’un besoin, sous quelque forme qu’il cherche à se contenter; la superstition, c’est-à-dire l'emploi d’un reliquat de l’activité humaine, hors du réel. S'il semblait étrange de dire tout à l’heure que la volonté façonne ses conditions subalternes, ne l’est-il pas davantage encore et pourtant ne semble-t-il pas plus clair de dire qu’elle prétend, en dernière analyse, s’asservir l’infinie puissance? Ne s’imagine-t-elle pas volontiers avoir fléchi et maitrisé le mystérieux pouvoir dont elle sent le besoin”? Et ne prétend-elle pas produire, par sa propre force, le lien qui la rattache au divin et qui le lui livre captif et docile?

Si ample que soit devenu le phénomène de la volonté, il subsiste toujours un reliquat, dont le sens, dont l’emploi, dont l’équalion n’est pas trouvée. D'où, pour tenter d’égaler l'action humaine au vouloir de l’homme, les formes mulliples de l’activité superstitieuse. Le déterminisme de l’action suscite impérieusement ce besoin : mais afin de déméler à quelles exigences nous devons satisfaire, il est utile de voir quelles satisfactions illusoires il à paru exiger. L'histoire des transformations solidaires de l’objet, du rite et du sentiment superstitieux nous permettra de purifier l’aspiration religieuse de tout alliage. Et loin de redouter ici les audaces de l’analyse critique, il faut seulement craindre d’en arrêter prématurément les coups ; comme si l’homme pouvait enfin se contenter de ce « quelque chose » qu’il s’est donné à luimême pour idole!

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