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LA SUPERSTITION DES ENNEMIS DE LA SUPERSTITION

comme une forme parfaite, à toutes les actions communes qui sont l’étoffe même de la vie humaine. Reste à découvrir com-

- ment, au lieu de se juxtaposer à d’autres actes distincts par un

culte positif, la superstition, plus subtile et moins visible, s’insmue dans toutes les formes de la pratique, de la pensée, de la science, de la métaphysique, de l’art, de la morale naturelle; en sorte que, là même où elle parait morte faute d’objet apparent et

faute de culte positif, elle revit, plus insaisissable et plus impérieuse.

Dans l'effort qu’elle fait pour s'achever et pour donner à son œuvre un caractère de pleine suffisance, la volonté humaine finit par chercher, dans l’action même incomplète, le complément qu’elle réclame : au lieu de recourir à des formules magiques cu à des cérémonies consacrantes, elle se prévaut directement de sa perfection, comme si les actes étaient non pas suffisants et achevés parce qu'ils sont religieux, mais religieux et divins parce qu’ils sont achevés et complets, parce qu’ils sont &« moraux ou humains ».

Ainsi, de ce mystère qui survit au cœur de l’action, dans le plus intime de la conscience, et qui dépasse toute réalité donnée, façonne-t-on un idéal qui semble s'identifier de plus en plus avec l’action humaine elle-même. Par un renversement de perspective, la religion au lieu de paraitre la fin est prise comme un moyen. Au lieu d'apprécier les actes selon qu'ils se suspendent à l'observance rituelle, on prétend juger les formes religieuses d’après la valeur même des actions. Au lieu d'orienter l'homme vers un objet extérieur ou supérieur, on tente de la ramener vers sa conscience et vers sa pensée. Et la conséquence de cette interversion,

c'est, en quelque façon, de réduire à deux les trois termes de

l’action superstitieuse. C'est de supprimer l’objet transcendant du culte, pour mettre l’homme en présence du mystère qu'il porte dans sa propre conscience. C’est de chercher le terme de l’adoration dans l’adorateur même; comme si c'était là le vrai culte en esprit et en vérité et le seul moyen d’arracher de la vie humaine l'étiquette infamante de superstition. Ainsi, laissée seule en apparence et réduite à sa simple expression, l’action désormais va

peut-être se suffire dans sa pleine indépendance. Et n’était-ce point le souhait primitif du vouloir? obtenir que le phénomène soit si ample et si riche qu’il absorbe tout et qu’il subsiste seul. Pour donner à l’ordre moral un fondement solide et pour en faire un tout suffisant, n’a-t-il pas semblé à quelques-uns qu’il suffit de considérer les devoirs comme indépendants à l’origine de toute notion métaphysique ou de tout compromis sensible, mais pourtant comme solidaires de postulats tels qu’en agissant bien l’on accomplisse, mystérieusement sans doute mais sûrement, la volonté présomptive du législateur parfait, tels enfin que la morale même constitue le véritable culte? Tous les devoirs et seuls les devoirs semblent être religieux. En prétendant que Dieu nous a mis dans le monde pour agir suivant sa volonté et non pour lui faire des harangues ou des compliments, on conclut avec Kant : € Tout ce que l’homme croit pouvoir faire, si ce n'est de tenir une bonne conduite, pour se rendre agréable à Dieu, est pure superst superstition ». Qu'est-ce à dire, sinon que Laction-bumaine,

par : Ses prof ropr rétend s'assimiler, jusqu’à l’épuiser, ce

que la connaissance ne réussit pas à atteindre, ni la volonté à embrasser complètement”?

Et quand le métaphysicien, prétendant loger dans sa pensée l’objet infini qu’il poursuit, s’imagine que, par ses conceptions et par ses préceptes, par ses systèmes et par sa religion naturelle, il va mettre sa main sur l’Être transcendant, le conquérir et le maitriser en quelque sorte, n’est-il point idolâtre à sa façon, comme s’il accaparait dans un ténu réseau de pensées la vivante vérité; comme si, par l’honneur qu'il fait à son dieu de l’affirmer et de le définir, il le subornait entièrement; comme si, pénétrant dans l'intimité de la puissance, de la sagesse et de la sainteté infinies, il allait, parce qu'il s’est forgé un idéal de perfection, y participer lui-même et devenir en réalité cela même qu’il déclarait inaccessible, cela qui n’a d’autre raison, dans sa conscience, que d’être incommunicable et mystérieux”? Ne transforme-t-il pas le phénomène métaphysique, dont il dispose au dedans, en une substance, en un Être, dont il croit également disposer au dehors ? C’est donc

là toujours succomber à l'étrange prétention d'attraper et d’emloyer Dieu par rces humaines; c’est vouloir à la fois

$ i our en de enir la conclusion,

et dans l'action pour qu’elle se suffise d'elle- -même. Ce ee. l’homme ne peut ni le mettre, ni l’omettre en ce qu'il fait: et

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