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LE CARACTÈRE NÉGATIF DE LA PREUVE CONTRAIGNANTE

sation, il s'offre, il s’impose à la conscience humaine « un unique nécessaire »; et c’est la science de cette langue connue de tous qu'il est souverainement important de déterminer.

Non qu'il faille s’en tenir à un indéfinissable sentiment du mystère, ni désespérer d’en rien étreindre par la pensée, ni s’interdire d’en chercher aucune preuve nécessitante. Loin de là. Une preuve qui n’est qu’un argument logique demeure toujours abstraite et partielle; elle ne conduit pas à l'être; elle n’accule pas nécessairement la pensée à la nécessité réelle. Une preuve qui résulte du mouvement total de la vie, une preuve qui est l’action entière aura, elle au contraire, cette vertu contraignante. Pour en égaler, par l'exposition dialectique, la force spontanée, il faut donc ne laisser à l'esprit aucune échappatoire. C’est en effet le propre de l’action de former un tout; c’est donc par elle que vont s’unir en une synthèse démonstrative tous les arguments partiels : dans leur isolement, ils demeurent stériles; par leur unité, ils sont probants. C’est à cette condition seulement qu’ils imiteront, qu'ils stimuleront le mouvement de la vie. Sortis du dynamisme de action, ils en garderont forcément l'efficacité.

Dans la rigueur des mots, rien n’est scientifiquement démontré dont on n'ait pas établi la nécessité. Il ne suffit pas, pour fonder une vérité réelle, de supposer qu'elle est, en montrant que rien n’empèche qu’elle soit; il faut supposer qu’elle n’est pas, en montrant qu'il est impossible qu’elle ne soit pas. Après qu’on a fermé toutes les issues, la conclusion s'impose.

Aussi a-t-il été nécessaire, dès le principe de cette recherche, d’obstruer sans retour la voie du néant. Cette idée du néant n’est pas sans l’idée d’autre chose. Et l'argument que peut-être l’on pourrait le mieux nommer ontologique, c’est cette contre épreuve qui prouve l’impossibilité du non-être absolu, en se fondant sur insuffisance de l’être relatif.

Sous quelle forme en effet s'offre à la conscience cette pensée du néant? sous la forme d’une négation. Et que nie-t-on pour l’affirmer? tout ce qui est objet immédiat de connaissance et de désir. C'est-à-dire que la grandeur de tout le reste ne sert qu’à faire ressortir l’incomparabie excellence de ce prétendu néant. En

y aspirant, en l’avouant, ce qu’on veut et ce qu’on affirme, c’est, non plus ce qu'on fait et ce qu’on pense, mais ce qu’on ne peut ni faire ni penser, et ce qu’on ne peut pourtant s'empêcher de vouloir et d'affirmer. Notre science, notre action n’est jamais telle que la ferait une volonté bornée aux seuls phénomènes. Voilà pourquoi, en face des œuvres faites, des mots et des pensées définies, 1l semble que le vrai nom de cet inconnu soit «mort et néant » plutôt qu'être et vie. Afin de ne le point réduire aux déterminations et aux symboles qui le nieraient en quelque façon, on indique ce qu’il n’est pas, et non ce qu'il est, en disant avec vérité qu'il n'est rien, rien de tout ce qui est : tant l’homme est plein de l’'impérieux sentiment que, dans son action, l'essentiel dépasse la réalité perçue ou produite!

Ici donc l’affirmation est moins juste, et la négation plus vraie : la négation, elle, pénètre plus avant dans la nature de ce mystère présent à nos actes. Aussi n’est-ce pas sans raison que les mystiques ont parlé magnifiquement au néant, comme de la source profonde d’où jaillit la vie; que des âmes religieuses ont gardé le silence de l’adoration devant l'ineffable, pour ne le point dénaturer par leurs paroles, car nul n’est capable ni digne de l'appeler par son nom secret; que les plus grands esprits ont craint de nier cette mystérieuse réalité en essayant de l’enceindre par une définition positive; et que des cœurs aimants ont cru voir, dans lathéisme, une forme, la plus respectueuse à leur gré, de la piété pudique et profonde. Sous tous ces voiles se cache un hommage à l’être; c’est le néant qui forcément le confesse. De quelque côté qu’on se tourne, on le rencontre; et le fuir, c'est encore une façon d'aller au-devant de lui et de tomber entre ses mains. Solus est qui frustra nunquam quaeri potest, nec cum inveniri non potest.

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Mais cet aveu nécessaire n’a tout son sens et sa précision que par le complément d'une autre leçon. La preuve de l'être, fondée d’abord sur la totalité de « ce qui paraît n’être pas », n’est décisive que si elle s’appuie en même temps sur la totalité de « ce qui parait être ». Comment, en effet, la plénitude du néant et la nécessité de l'être qui s’y dissimule, saurait-elle être mise en évidence,

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