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LE SENS DE L' ARGUMENT TÉLÉOLOGIQUE

monie, la sagesse que je découvre en moi et dans les choses n’est pas simplement un effet à partir duquel un raisonnement me forcerait à monter vers une cause absente de son œuvre; je ne puis considérer cette harmonie et cette beauté comme constituée et

Ur en elle- même ; je n’en fai is pas les Dee d une

trouve dans cette sagesse imparfaite des choses et de ma es la présence et l’action nécessaire d'une pensée et d’une puissance parfaites.

— Et quoique je trouve en moi cette présence et cette action, je ne Que dire qu’elles soient miennes. Cet « unique nécessaire » n’a de raison d'être que parce que nous ne nous égalons pas nous-mêmes. Pour donner l'équation de notr taire, il faut regarder en nous jusqu'où cesse ce qui est de nous. Comme la clarté d'un regard se voit dans le miroir d’un clair

regard, ainsi la conscience ne se connaît que dans la lumière de la vie intérieure à sa propre a Il y a au fond de ma conscience

un noi qui n’est plus moi reflète ma propre image. ze. Je ne

me vois qu'en lui : son mystère impénétrable est comme le tain qui ui réfléchit en moi la lumière.

— Mais s’il est en moi plus que moi, toutefois il n’est pas plus moi que je ne suis lui. Je ne m’égale pas moi-même parce que

je ne l’égale pas. Il n’est donc pas la face obscure de ma pensée, le revers invisible de ma conscience et de mon action, comme

si je ne devais le voir qu'en moi, et comme si toute sa réalité ne consistait que dans l’idée que j'en ai. Je ne suis nécessairement amené à le concevoir que parce que je suis nécessairement amené

à reconnaître ce qui me manque dans cela même que je fais: l'identité’ absolue du réel et de l'idéal, de la puissance et de la

sagesse, de l’être et de la perfection, voilà ce qu’il est, pour que je sois ce que je suis. Pensée et volonté sans lesquelles il n’y aurait ni pensée ni volonté en moi et qu’en même temps ni ma pensée ni ma volonté ne peuvent comprendre, tels sont les termes solidaires du mystère qui s'impose à ma conscience. Je n’ai de raison de l’affirmer que parce qu’il m'est à la fois nécessaire et inaccessible : il est ce qui ne peut être fait ou pensé par moi, quoique je ne puisse rien faire ou penser que par lui. Et s’il me demeure inac- Cessible, ce n’est pas faute d’être ou de clarté en lui, mais en moi. Il est donc ce que je ne puis être : toute pensée et toute action. Et je ne le connais vraiment qu'autant qu'il m'est incom-

préhensible. N'est-ce point que, par l’abondance d’une clarté dont les rayons brisent les contours des objets, il y a parfois, comme dans la splendeur du mystérieux Orient, plus d’impénétrable profondeur qu’au sein d’une obscurité où du moins l’on peut porter la lumière?

Ainsi encore l’argument ontologique va reprendre un sens et une vigueur nouvelle. Il n’est pas indifférent, dans l’exposé dialectique des preuves, de suivre tel ou tel ordre. Sinon, l’on se trouve exposé à regarder l’idée de perfection comme une fiction arbitrairement construite sans fondement réel, tandis qu’elle est une réalité toute vive dans notre conscience et qu’elle emprunte à notre action totale tout ce qu’il y a déjà de certitude positive en nous. Elle est, pour nous, moins une vue qu’une vie. Elle ne résulte pas d’une spéculation; elle est liée à tout le mouvement de la pensée et de l’action. Elle n’est pas un abstrait, dont on ne pourrait tirer qu’un abstrait, mais un acte, qui fait agir. Elle n’est pas un idéal dont on prétendrait extraire le réel, mais un réel dans lequel on trouve l'idéal. Il ne faut donc pas chercher en elle ce qui seul permettrait de fonder une objection contre elle, une réalité distincte de l’idéal même.

Aussi est-il légitime ici, et ici seulement, d'identifier l’idée à l'être, parce que sous cette identité abstraite nous plaçons d'abord celle de la pensée et de l’action. Il ne faut donc pas dire seulement que nous allons de l’idée à l'être; il faut dire que nous trouvons d’abord l’idée dans l’être et l’être dans l’action. Nous découvrons en nous la perfection réelle, et nous passons à la perfection idéale. Nous allons, si l’on peut dire, de nous en elle, afin d’aller d'elle en elle. Sans doute la preuve ontologique n’a jamais, pour nous, toute la valeur qu’elle a en soi; car elle n’est absolue que là où il y a idée parfaite de la perfection même, là où l’essence est réelle et l’existénce idéale. [Ii est donc vrai que pour atteindre « l'unique nécessaire », nous ne le saisissons pas lui-même en lui-même où nous ne sommes pas; mais nous partons de lui en nous où il est, afin de mieux voir qu’il est en comprenant un peu ce qu'il est. Nous sommes contraints de l’affirmer dans la mesure où nous en avons l’idée : car cette idée même est une réalité. A

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