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L'UNITÉ DES PREUVES

et indéterminé. C’est de se borner à un argument partiel ou à une conclusion fragmentaire, qui est superstitieux. La notion d’une cause première ou d’un idéal moral, l’idée d’une perfection métaphysique ou d’un acte pur, toutes ces conceptions de la raison humaine, vaines, fausses et idolâtriques si on les considère isolément comme d’abstraites représentations, sont vraies, vives et efficaces, dès que, solidaires, elles sont, non plus un jeu de l’entendement, mais une certitude pratique. Ce que le travail discursif de la pensée rend long et laisse stérile devient donc immédiat et pratique si, dans la multiplicité des preuves, l’on retrouve le moyen de les offrir toutes ensemble. Toutes ensemble sont plus simples et plus directes que chacune séparément : elles ne valent que par leur unité synthétique; car c’est grâce à cet enchaînement même qu’elles reproduisent le mouvement de la vie et qu'elles l’entretiennent, qu’elles viennent vraiment des enseignements de l’action et qu’elles retournent à l’action pour l’enseigner et l’animer.

C’est donc dans la pratique même que la certitude de « l'unique nécessaire » a son fondement. En ce qui touche à la complexité totale de la vie, seule l’action est nécessairement complète et totale, elle aussi. Elle porte sur le tout; et c'est pourquoi d'elle et d’elle seule ressort l’indiscutable présence et la preuve contraignante de l’Être. Les subtilités dialectiques, quelque longues et ingénieuses qu’elles soient, ne portent pas plus qu’une pierre lancée par un enfant contre le soleil. Et c’est en un instant, d’un seul élan, par une immédiate nécessité que se manifeste en nous celui qu'aucun raisonnement ne saurait inventer, parce qu’aucune déduction n’égale la plénitude de la vie agissante; et c’est lui qui est cette plénitude même. Seul le développement total et concret de l’action le révèle donc en nous, non toujours sous des traits qui le rendent reconnaissable à l’esprit, mais de la manière qui en fait une vérité concrète et qui va le rendre efficace, utile et saisissable à la volonté.

Au terme, vite atteint, de ce qui est fini, dès la première réflexion, nous voici donc en présence de ce que le phénomène et le néant recèlent et manifestent également, en face de qui l’on ne peut jamais parler de mémoire comme d’un étranger ou d’un absent, devant celui qu’en toutes les langues et en toutes les consciences il y a une parole et un sentiment pour reconnaître, Dieu.

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