‹ L'actionChapitre 193 sur 273 · LA TRANSCENDANCE NÉCESSAIRE DE L'ACTION · texte numérisé non relu

LA TRANSCENDANCE NÉCESSAIRE DE L'ACTION

toute heure, Dieu c’est la certitude immédiate sans laquelle il n'y en a point d'autre, la clarté première, la langue connue sans qu'on l’ait apprise. Il est le seul qu’on ne puissse chercher vainement, sans qu'on puisse le trouver jamais pleinement. Nemo te quaerere valet, nisi qui prius invenerit : vis igitur inveniri ul quaeraris, quaeri ut inveniaris, potes quidein quaeri et inveniri, non tamen pracventiri.

Au moment donc où l’on semble toucher Dieu par un trait de pensée, il échappe, si on ne le garde, si on ne le cherche par l’action. Son immobilité ne peut être visée comme un but fixe que par un perpétuel mouvement. Partout où l'on reste, il n’est pas; partout où l’on marche, il est. C’est une nécessité de passer toujours outre, parce que toujours il est au delà. Sitôt qu’on ne s’en étonne plus comme d’une inexprimable nouveauté, et qu’on le regarde du dehors comme une matière de connaissance ou une simple occasion d'étude spéculative sans jeunesse de cœur ni inquiétude d'amour, c’en est fait, l’on n’a plus dans les mains que fantôme et idole. Tout ce qu’on a vu ou senti de lui n’est qu'un moyen d'aller plus avant; c’est une route, l’on nes’y arrête donc pas, sinon ce n’est plus une route. Penser à Dieu est une action ; mais aussi nous n’agissons pas sans coopérer avec lui et sans le faire collaborer avec nous, par une sorte de théergie nécessaire qui réintègre dans l’opération humaine la part divine, afin de mettre l’action volontaire en équation dans la conscience. Et c’est parce que l’action est une synthèse de l’homme avec Dieu, qu’elle est en perpétuel devenir, comme travaillée par l'aspiration d’une infinie croissance. Assise en elle-même et contente de soi, la pensée est un monstre : sa nature, c'est d'introduire, dans le déploiement de la vie, un dynamisme progressif. Elle n’est un : fruit de la vie que pour devenir un germe de vie nouvelle. Voilà pourquoi la pensée du transcendant impose inévitablement à l'action un caractère transcendant.

Et qu’on ne s’imagine pas que, pour insérer dans notre vie ce caractère de transcendance, il faille toujours discerner la présence ou reconnaitre distinctement l'action de Dieu en nous. Pour l'avouer, pour en user, il n’est pas indispensable de le nommer ou de le définir : nous pouvons même Île nier, sans ôter à nos actes « leur portée nécessaire. Car, en le niant, on ne fait que déplacer l'objet de l'affirmation; mais la réalité des actes humains n’est « point atteinte, dans son fond, par le jeu superficiel des idées et

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