LA TRANSCENDANCE NÉCESSAIRE DE L'ACTION VOULUE
rieur à ma pensée et à mon action, c’est une nécessité aussi que je sente le besoin d’y égaler ma pensée et ma vie. L’idée de Dieu (qu’on sache ou non le nommer) est l’inévitable complément de l’action humaine; mais aussi l’action humaine a pour inévitable ambition d’atteindre et d'employer, de définir et de réaliser en elle cette idée de la perfection. Ce que nous connaissons de Dieu est ce surcroît de vie intérieure qui réclame son emploi : nous ne pouvons donc connaître Dieu sans vouloir le devenir en quelque façon. La pensée vive que nous avons de lui n’est et ne reste vive que si elle se tourne à la pratique, si on vit d'elle et si l’on en nourrit l’action. Ici, comme partout, la connaissance n’est jamais qu'une suite et qu’une origine d'activité. | Mais en quel embarras ne sommes-nous pas jetés? L'homme éprouve un invincible besoin de capter Dieu. C’est parce qu'il ne le-peut pas qu’il croit en lui et l’affirme; il ne croit en luiet ne l’affirme vraiment qu’en usant de lui et qu’en le pratiquant en effet. Dieu n’a de raison d’être pour nous que parce qu’il est ce que nous ne pouvons être nous-mêmes ni faire par nos seules forces ; et cependant nous paraissons n'avoir d’être, de volonté et d’action qu’en vue de le vouloir et de le devenir. Il semble qu’il se mette entre nous et nous, qu’il nous divise jusqu’en la jointure des os, et que nous ayons, si l’on ose dire, à lui passer sur le corps; et pourtant nous n'avons point d'action sur lui : notre volonté meurt où il naît en nous; notre œuvre cesse où commence la sienne, et, pour mieux dire, la sienne semble absorber tout ce qu'il y a de réel dans la nôtre. Ce qui nous appartient donc, c’est d’être sans être; et toutefois nous sommes forcés à vouloir devenir ce que nous ne pouvons atteindre ni posséder par nous-mêmes. Quelle étrange exigence! c’est parce que j'ai l'ambition d'être infiniment que je sens mon impuissance, je ne me suis pas fait, je ne peux ce que je veux, je suis contraint de me dépasser; et, en même temps, Je ne puis reconnaitre cette foncière infirmité qu’en devinant déjà le moyen d’y échapper, par l’aveu d’un autre être en moi, par la substitution d’une autre volonté à la mienne. Ainsi, par le mécanisme de la vie intérieure, nous voici conduits en face d’une alternative qui résume tous les enseignements de la pratique. L'homme, par lui seul, ne peut être ce qu’il est déjà malgré lui, ce qu’il prétend devenir volontairement. Oui ou non, voudra-t-il vivre, jusqu’à en mourir si l’on peut ainsi parler, en consentant à être supplanté par Dieu”? ou bien prétendra-t-il
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