L'ALTERNATIVE
Il est impossible que le développement de l’action volontaire n’aboutisse pas à une alternative. Car l'option est la forme nécessaire sous laquelle une volonté, imposée à elle-même, prend possession de soi, afin de vouloir ce qu’elle est en étant ce qu’elle veut. Cette nécessité est donc la conséquence d’une libre initiative. Et la façon toute simple dont la conscience populaire conçoit le problème de ia destinée comme un choix, personnel à chacun, entre le bien et le mal, entre l’ordre de Dieu et l’entrainement de l’égoisme, répond au drame le plus profond de la vie intérieure.
Mais ce que la conscience populaire ne réussit pas à déterminer, ce que la science de l’action a servi à mettre en lumière, ce sont les termes précis de l’alternative. Par son inévitable expansion, la volonté humaine, même à son insu, a de divines exigences. Son souhait, c’est d'atteindre et de conquérir Dieu; elle tâtonne aveuglément pour le toucher. Et pourtant Dieu n’a de raison d’être, dans notre pensée et dans notre action, qu’autant que, inaccessible et inviolable en son mystère, il demeure hors de nos prises. Qu'y a-t-il donc à faire? Est-ce qu’on voudra mourir à soi, pour vivre à lui? mais comment? Ou bien ne réussira-t-on pas enfin à se passer de lui, ou, s’il le faut, à le mettre au service de l’homme, pour l’avoir à soi sans être à lui?
Et ces questions, n'est-il pas étrange qu’on puisse même les poser? Si, dans nos actions voulues, «l’unique nécessaire » est toujours présent, quelle latitude reste donc à l’homme pour opter?