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LE CALCUL DE LA RESPONSABILITÉ

dévouement. 7 — 13 — — 6. Il a semblé que j'avais quelque chose en goûtant 7; et c’est pour cela que la vie la plus vide et la plus endettée a encore comme un vain sentiment de plénitude et d’abondance. Mais, en réalité, ce que j'ai, c’est — 6; terrible et surprenante et juste banqueroute de l’action défaillante! À ceux qui n’ont pas il leur sera encore ôté même ce qu'ils ont.

Eten vérité, si je choisis ou 13 ou 7 par réflexion, j'y puis mettre quelque chose de plus : il est d'expérience certaine et quotidienne que, dans un acte qui nous apparaît comme bon, comme obligatoire pour nous, il y a autre chose que ce petit bien relatif. Car, si je l’aime et si je le veux comme il faut, je suis prêt à le sacrifier à un meilleur, mais non point pour l’agrément que j'y trouve, puisque ce qui semble meilleur en soi est plus difficile souvent et plus pénible pour nous. Ce n’est donc pas ce bien que je veux et que je fais; c’est ce qu’il représente; quelque chose qui est indéterminé, qui n’a point de place dans le monde ét point d'influence naturelle ni d’attrait sensible; un néant, qui dans la langue des mathématiciens pourra si l’on veut s’appeler l'infini (l’infini, qui n’a point de signe, et c’est pour cela qu’il faut qu’il s'offre à nous par la médiation d’un motif particulier d’où dépendra le caractère positif ou négatif de l’acte); quelque chose qui dans la conscience de tous n’a pas même besoin d’être nommé pour être le devoir. J'ai pris 7; sous ce symbole fini, j'ai compromis tout ce que je suis, tout ce que je devrais être. En reprenant une route condamnée, j'ai à répondre pour ce que j'ai refusé de connaître, négligé d’expérimenter, dédaigné ou redouté de pratiquer. Le voluptueux estime qu'il n’est pas vide de toute générosité, qu'il ne s’endette pas : 7 — 13 © — — . 11 faut donc lui dire et qu’il a quelque chose et qu'il perd tout. Et plus il sent le misérable néant de ce qu’il aime, ou plus il y met l’ardeur passionnée de son amour, plus aussi il abuse de ce qu’il a de force indestructible et de lumière. À ceux qui croient avoir, il leur sera ôté même ce qu’ils n’ont pas.

Sans doute l'alternative ne s'offre pas à tous ni toujours avec

une égale clarté ou avec une même gravité. Si, dans l’objet que la |

volonté se propose pour fin, elle subit l'attrait du mobile qui :

l’entraine, plus encore qu’elle ne songe ou qu’elle ne consent à l’abus de son infinie puissance, l'option, même perverse, demeure vénielle. Mais faute lourde, réflexion meurtrière lorsque, dans ce bien particulier qu'on méprise, on a le sentiment de repousser

en même temps ce dont il n’est que l'expression, ce qu'il est bien d'aimer et de faire. S'il paraît plus coupable de voler un million qu’un sou, c’est parce que d’instinct l’on sent que, du moment où la réflexion morale est éveillée, la violence de la tentation et l'attrait naturel du motif n’est rien au prix de la puissance qui gouverne l’action.

Jl est vrai que, par l’insensible progrès de la perversion, l’homme peut en venir à aimer ce qu’il nomme le mal, pour le mal même. Plaçant dans le plaisir de la révolte ou dans le dépit de la passion exaltée par la conscience de son illusion l'équivalent de tout ce qu'il devrait vouloir, il sent ce qu’il y a de faux et de voulu dans l’action indépendante : et il s'y endurcit d'autant plus, avec l'opiniâtreté du superbe qui ne consent point à s’infliger un démenti ni à s’avouer même secrètement son tort. Mais il n’est pas fréquent, il n’est pas nécessaire, pour que l'action soit frappée de mort, d’en venir à cette science abstraite ni à cet amour formel du mal.

Et n'est-ce pas le scandale de la pensée que la seule hypothèse d’un mal moral et d’un mal infini que commettrait l’homme ignorant et borné, d’un mal inexcusable, tandis que, par l’infirmité de l'esprit, par la brièveté de sa vie, par la défaillance de son énergie, il a tant d’excuses? Qu'est-ce donc quand on ajoute que, si l’homme se refuse à dépasser ce qui est de l’homme purement homme, c’est une dette qu’il contracte et une dette qu’il est à jamais impuissant à acquitter? Qu'on entende pourtant cette double assertion. — La vertu tout humaine, quoique bonne en ellemême, n’a pas un prix infini; elle ne vaut pas pour le complet bonheur; elle n’achève pas la destinée de l’homme. — La faute tout humaine et la seule prétention de ne point dépasser l’ordre humain enferme un mal tel qu’il justifie, non point seulement la privation du bien, mais l'éternité du malheur. Combien il est pressant d'éclaicir ce mystère, puisque tant d’âmes assombries et téméraires se persuadent les deux erreurs toutes contraires à ces deux vérités! “

S'il est possible d'appliquer à un terme borné l’infinie tendance de la volonté, il reste impossible d’y détruire ce caractère d’infinitude; impossible de supprimer la force du mouvement, alors

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