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LA CRITIQUE DE LA NOTION DU SURNATUREL

qui prétendent ignorer ce qu'ils nient en effet, a nécessairement

un résultat très positif. Établir qu’il est impossible de porter, en

ce sujet, une négation valide, c’est en effet maintenir, non point

.que «c’est » (la foi étant, par hypothèse, un don gratuit), mais que « c’est possible », puisqu'il n’est pas possible de prouver que c’est impossible.

Ilne faut d’ailleurs pas considérer que la supposition du surnaturel est purement arbitraire; si elle l’était, on serait, par le fait, autorisé à la négliger comme une fiction évidemment chimérique. Mais tout ce qui précède a pour résultat de nous amener à la conscience d’une incurable disproportion entre l’élan de la volonté et le terme humain de l’action. Aussi, en étudiant les conditions de la sincérité complète, en essayant de déterminer les dispositions d’une volonté entièrement bonne et conséquente, n'a-t-on pas cru deviner qu'il y avait un perpétuel sous-entendu ? preuve, non pas que cette enquête dissimulait une arrièrepensée et d’arlificielles intentions, mais qu’elle répondait au secret mouvement d’une conscience qui, devançant la lente marche de l’investigation, en sait déjà plus qu’elle ne feint de

‘savoir, et qui s’étonnerait volontiers de vivre au milieu de vérités, de dogmes, de traditions anciennes dont elle avait perdu le sens et qu’elle retrouve comme des nouveautés.

Ce n'est pas tout : car cette disposition que la pratique sincère de la vie fait naître dans la solitude de la conscience, on en rencontre encore le vivant témoignage autour de soi. Oui, il reste des témoins, magsrupges, peut-être importuns et indiscrets, mais dont pourtant l'état d'âme réclame un peu de cette curiosité sympathique qu'on accorde à tant d’autres. Car,-vivant parmi cette civilisation historique et scientifique qu’on leur oppose, en cet àge de critique et de naturalisme, plusieurs au moins savent ce qu’il en est. Ils entendent les reproches, ils connaissent les dédains des esprits forts. Ils disent, eux aussi, le mot qu’on leur dit : Stultilia el scandalum. S'ils passent outre, ils ont peut-être des raisons qu'il est scientifique de connaître autant qu'un rite bouddhique. Et qu’on se demande seulement si les motifs qu’on pense avoir pour nier, ne sont pas ceux précisément qui devraient faire affirmer et vouloir ce qu’on repousse et ce qu’on hait!

Il serait donc étrange qu'il fût scientifique d’exclure ce qu'il n'est pas scientifique d'admettre : comme si la preuve négative n’était point, par elle-même, plus difficile à établir que la preuve

à PT

| LES OBJECTIONS INCOMPETENTES ET PARTIALES. no positive. Car c'est d’une impossibilité de fait qu'il faudrait se prévaloir, pour nier la simple possibilité logique du surnaturel. Nous ne comprenons en son fond le moindre détail du moindre des faits coutumiers. Nous ne savons même ce que nous faisons. Et nous prétendrions dire : Voilà qui est possible, voici qui ne l'est pas. Tout, en un sens, est surnaturel el rien ne l’est, parce qu'en tout acte, bien plus, en tout phénomène il subsiste, dans ce qui est connu, un irréductible mystère. Mystère que l'expérience sensible; et tous y croient, et l’on consiruit une science sur l'autorité des sens; puis l’on ne veut plus qu'il y ait d'autre mystere que celui-là; comme si, par ce qu'on en connait, on avait déterminé et limité ce qu’on en ignore!

[1 serait étrange qu'il fût scientifique d'étudier la lettre et l'esprit de tous les cultes sauf d’un. A-t-on estimé que critiquer, comme on l’a fait, toutes les formes superstitieuses et toutes les fictions qu’'invente l’action humaine pour se donner l'illusion d’être achevée, c'était outrepasser les droits de la philosophie” non. Pourquoi donc ne serait-elle pas en droit de regarder s’il n’y à aucune forme religieuse qui échappe à ces critiques mêmes et sur laquelle elle cesse d’avoir prise? Non qu'il soit légitime de prétendre découvrir, par la raison seule, ce qu’il faut qui soit révélé pour être connu. Mais il est légitime de pousser la recherche jusqu’au point où nous sentons que nous devons désirer intimement quelque chose d’analogue à ce que, du dehors, les dogmes nous proposent. Il est légitime de considérer ces dogmes, non point sans doute d’abord comme révélés, mais comme révélateurs: c’est-à-dire de les confronter avec les profondes exigences de la volonté, et d’y découvrir, si elle s'y trouve, l’image de nos besoins réels et la réponse attendue. Il est légitime de les accepter, à titre d’hypothèses, comme font les géomètres en supposant le problème résolu et en vérifiant la solution fictive par voie d'analyse. Peut-être, à les considérer ainsi, serait-on surpris du sens humain d’une doctrine que beaucoup jugent indigne de plus ample examen, et qu’on confond (reproches opposés dont la contradiction même devrait provoquer un peu de réflexion) avec un sec formalisme de pratiques, avec une onction d'émotions mystiques, avec une routine de cérémonies sensibles, avec une jurisprudence casuistique, avec une discipline mécanique. Il faut bien en interpréter l'esprit avec le soin qu'on apporterait à l’étude d’un texte sanscrit ou d’une coutume mongole.

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