LA CRITIQUE DE LA NOTION BU SURNATUREL
Il serait étrange enfin d’opposer au surnaturel ce qüi en est la seule raison d’être et la propre définition. Est-ce qu'il serait, s’il n’était qu’uh objet d'étude, une Conquête de Peffort humain, s’il ressortissait de la philosophie même? Est-ce qu’il serait, sil n’exigeait de l’homme rien qui surpasse, déconcerte et meur-trisse sa nature? Est-ce qu’il serait, si ke don éminent que, par hypothèse, il apporte à notre conscience n’était point tellement conforme aux impérieuses exigences de la volonté, que ce don même, loin d'être facultatif et surérogatoire, nous fût imposé comme un devoir?
A-t-on réfléchi à ces inconséquences accumulées? — On avouerait bien encore que l’ordre naturel ne suffit pas à l’homme. Mais on voudrait que le surnaturel rentrât dans l’ordre naturel lui-même. — On prétend que la seule notion de révélation ne supporte pas la discussion rationnelle. Et l’on ne supporte pas: que cette conclusion négative soit discutée : sous prétexte de respect, le libre examen refuse même l’examen. — On s’impose à l'égard du dogme une muette réserve que le dogme ne demande pas, que le dogme condamne. Et ces respectueux qui ne veulent pas qu’on le critique sont ceux mêmes aux yeux de qui il est d'invention tout humaine. — On reconnait, avec la clairvoyance d’une critique aiguisée, l’absolue inanité de toutes les inventions superstitieuses, parce qu’elles font venir de l’homme seul ce qui ne peut venir de l’homme seul. Et, en présence d’une doctrine qui condamne toutes les superstitions en se donnant comme d’origine supérieure, on tire de cette prétention qui la met hors de pair un grief nouveau : on lui reproche d’être ce qu’on reprochait aux autres de n’être pas. — On prête aux superstitions mêmes queique chose de la valeur intime qu’on dérobe à la religion, comme si au fond tous les cultes étaient équivalents; sans remarquer que les hommes qui ne se contentent d'aucune forme purement naturelle de l’action, sont ceux-là mêmes qui savent se contenter de la foi et s’y tenir. Car c'est par un même sentiment qu’on s'élève à en sentir le besoin, à y trouver la satisfaction convoitée et à en aimer les exigences : ceux qui attendent et qui reçoivent la vérité sont ceux qui n’en attendent et n’en reçoivent plus d’autre. — On semble « prêt à mourir de ne pouvoir nommer ce qu’on adore ». Et, s’il se nomme, on déchire ses vêtements en criant au blasphème; boulimie singulière qui, sous l'apparence d’un appétit dévorant, cache une satiété, un dégoût, une absence de toute