LE DISCERNEMENT DE LA VÉRITÉ PROPOSÉE
prêts à reconnaitre l’action divine dans les événements et les actes les plus habituels. La nature est si ample et si diverse qu'elle est partout équivoque; et, en frappant sur les âmes, elle rend le son qu’on veut qu’elle rende.
Ce n’est donc pas de la révélation même (dans l’hypothèse où elle est), ni des phénomènes naturels (dans l’hypothese où elle n'est pas), que peut venir à l’homme l'idée de préceptes ou de dogmes révélés. C’est d’une initiative interne que jaillit cette notion. Mais comment cette disposition toute subjective sauraitelle reconnaitre au dehors s'il y à en effet un aliment préparé pour calmer cet appétit du divin? et, après qu'on a senti l'inévitable tourment de l'infini, après qu’on a sommé Dieu de soulever les voiles du monde et de se montrer, comment discerner cette présence, si elle est réelle? comment reconnaitre cette réponse authentique, si elle est vraiment prononcée”?
On demande bien à Dieu de se révéler. Mais, la plupart du temps, l’homme commence par y mettre ses conditions, Comme s’il ne cherchait qu'à décerner l’apothéose à ses propres désirs : souhaitant de suivre à l'écart un plus doux sentier, il exige que ce sentier même soit la vraie voie. Toujours, quand on ne se livre pas à la volonté divine, on veut que Dieu veuille ce que l’homme veut.
Et pourtant croire en Dieu, le désirer, l'appeler, tout cet aveu nécessaire de la consci®nce n’a de raison, pour nous, qu'autant que nous attendons de lui ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne pouvons être ni faire seuls. Si on ne le veüt pas où il est, c’est qu'on le voudrait où il ne peut être. Où donc le trouver, sinon où la volonté, par une sorte de dépossession, est poussée au-dessus d'elle-même? Et, comine celte abnégation ne va pas sans une secrète souffrance, comme cette opération, pour être surnaturelle, a besoin de crucilier les complaisances de l’amourpropre, comme elle tend, selon le langage de saint Paul, à la division de l’âme avec l’esprit jusqu'aux dernières jointures et à la moelle des os, c’est donc un mêrine caractère qui fait repousser le divin aux esprits pleins de soi ou aux courages défaillants, et qui le révele aux âmes dévouées dont on peut dire qu’elles ne
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voudraient pas d’un Dieu qui n'aurait pas à leur égard ces jalouses prétentions. Car le grand effort du cœur, c’est de croire à l'amour de Dieu pour l’homme. Et qui a compris pourquoi l’homme peut et veut être divinement aimé comme s’il était le Dieu de Dieu mème, ne s'étonne plus que la voie de l’anéantissement et de la mortification soit la route de l’amour -plein. Qui est bon exige qu'on soit exigeant ehvers lui.
C’est donc seulement dans le vide du cœur, c’est dans les âmes de silence et de bonne volonté qu’une révélation se fait utilement écouter du dehors : elle n’est digne d’accueil que par ce qui la rend méprisable et odieuse aux autres. Le son des paroles et l'éclat des signes ne serait rien sans doute, s’il n’y avait intérieurement un dessein d'accepter la clarté désirée, un sens déjà préparé à juger la divinité du verbe entendu. Toujours les hommes ont tendu l'oreille et le regard, pour recevoir ce que les homimes.ne peuvent voir et entendre sans mourir. Et, s’ils ont cru «démèler cette parole meurtrière et vivifiante où elle ne retentissait pas encore, s'ils lui ont fermé l'accès quand elle a prétendu résonner, c’est peut-être qu’ils ne portaient pas, épuré en eux, ce sens d’une vie plus haute. L'homme de désir est rare; et c’est le seul qui soit la mésure de la vérité donnée, le seul qui ait la compétence et le discernement de son origine. Pour la reconnaitre, il faut s'attendre à ce qu’elle soit, non telle qu’on la voudrait, mais telle qu’elle est.
Et que peut-elle être, que faut-il qu’elle soit en effet, si, d'accord jusqu'au bout avec nous-mêmes, nous essayons de formuler, contre nous, l’ultimatum de notre propre volonté?
Si elle est, il faut que la révélation divine se propose comme
. indépendante de l'initiative humaine. Il est nécessaire qu’elle
La: ou Rs à ,exige un acte de soumission, une substitution de pensée et de
‘volonté, un aveu de la raison impuissante ; en sorte que la raison même l’estimerait fausse dès lors qu'elle ne réclamerait pas de nous ce sacrifice inévitable. Mais ce n’est pas au seul effort de la volonté humaine qu'il est possible de rapporter cette salutaire disposition d'obéissance; car ce n’est pas de nous que peut-pro-
- céder le mouvement surnaturel. Il faut donc que même l'élan de la recherche qui nous porte à Dieu soit, en son principe, un don. Sans cette indispensable médiation, nous ne sommes et nous ne pouvons rien. Il n’y a donc de révélation, donnée ou reçue, que par un médiateur : premicre et essentielle exigence.